Lait 5 décembre 2025

Un producteur laitier allemand heureux de ses profits

HANOVRE, ALLEMAGNE – À la sortie d’une conférence économique au salon AgriTechnica, La Terre s’est entretenue avec un producteur laitier allemand, Ulrich Westrup, pour discuter de l’état de la production laitière dans son pays, qui ne compte plus de gestion de l’offre depuis 2015. Selon lui, le groupe des 25 % des meilleurs producteurs gagne présentement beaucoup d’argent dans ce secteur, bien qu’il spécifie qu’autant les petites que les grandes fermes peuvent connaître du succès. « Les deux dernières années ont été les meilleures que nous n’avons jamais eues dans le secteur laitier. Les prix étaient vraiment hauts. Présentement, ils diminuent un peu, mais ça va encore très bien », dit M. Westrup, qui exploite une ferme de 600 vaches en lactation, dans la région de Lange Lichtsweg, au nord-est de l’Allemagne. 

L’alimentation des bêtes est au cœur de l’entreprise. Les coûts et rendements sont constamment analysés. Des tests sont aussi effectués, dont celui d’alimenter les veaux avec des granules, un concept qui a été modifié avec une texture plus fine, ce qui a fait passer leur consommation de 3 à 4,5 kilos par jour.
L’alimentation des bêtes est au cœur de l’entreprise. Les coûts et rendements sont constamment analysés. Des tests sont aussi effectués, dont celui d’alimenter les veaux avec des granules, un concept qui a été modifié avec une texture plus fine, ce qui a fait passer leur consommation de 3 à 4,5 kilos par jour.

Concentration et efficacité

Le nombre de fermes laitières en Allemagne connaît un déclin constant depuis 2005, alors qu’il y en avait 110 400, contre 47 000 aujourd’hui. Toutefois, le nombre de vaches par ferme affiche une croissance inverse, passant d’une moyenne de 38 vaches, en 2005, à 75 vaches, en 2025. 

La fin de la gestion de l’offre en Allemagne a entraîné des prix du lait à la baisse, mais de l’opinion d’Ulrich Westrup, la suite s’est révélée positive. « Les prix du lait deviennent cycliques. Il faut comprendre cela et ne pas dépenser son argent en achetant un tracteur après l’autre quand les prix sont bons. Aussi, il ne faut pas paniquer quand les prix sont bas. Quand tu as ce raisonnement, tu peux bien gérer le marché libre », exprime-t-il, ajoutant qu’il ne retournerait pas en arrière.

Avec la gestion de l’offre, faire croître l’entreprise était très coûteux. Si tu investissais dans des infrastructures ou avec des robots, tu pouvais seulement croître un peu par année, mais le robot n’était alors pas rentable, car il peut prendre 60 vaches. Aujourd’hui, c’est plus rentable. Si tu veux ajouter un robot, tu ajoutes 60 vaches et il fonctionne déjà optimalement.

Ulrich Westrup

Une plus grande taille d’entreprise lui permet d’être plus efficace, en ayant plus de systèmes automatisés et de technologies d’analyse pour son entreprise. Des capteurs d’ensilage lui permettent, par exemple, d’offrir une qualité d’alimentation plus constante à ses vaches. D’ailleurs, les données sur l’alimentation sont évaluées chaque semaine, car il s’agit d’un élément stratégique prioritaire, autant pour les coûts de production que pour la performance du troupeau. Il utilise l’indicateur économique IOFC (income over feed cost), ou revenu après coût d’alimentation, afin de valider la rentabilité de son programme d’alimentation, spécifiant que ce n’est pas forcément la ration la moins chère qui offre les meilleurs profits, mais celle qui maximise l’IOFC. 

Le salon de traite double 20 sera éventuellement remplacé par des robots afin d’accroître notamment le nombre de traites. Les vaches ont une moyenne de production de 13 749 kilos par année avec 4,21 % de gras et 3,52 % de protéines.
Le salon de traite double 20 sera éventuellement remplacé par des robots afin d’accroître notamment le nombre de traites. Les vaches ont une moyenne de production de 13 749 kilos par année avec 4,21 % de gras et 3,52 % de protéines.

Bien vendre son lait

Selon M. Westrup, les producteurs de lait allemands disposent de bonnes organisations et d’universités qui offrent des formations de pointe, ce qui peut aider à optimiser la gestion et l’efficacité de la ferme. Lui, qui est président du conseil de surveillance d’un organisme d’insémination artificielle et membre de différents comités en gestion et production laitière, indique que le marché libre offre des possibilités de commercialisation. « Nous vendons notre lait à des crèmeries. Certains producteurs, comme en France, préfèrent avoir des contrats qui leur garantissent un prix du lait pour un an, mais pour cette sécurité, les crèmeries te donnent moins. Je préfère un prix au mois, c’est plus payant. Aussi, je profite des primes. [L’acheteur] nous donne 5 cents supplémentaires par litre si les vaches ont plus d’espace, si elles ont accès à une brosse, si leur alimentation est sans organisme génétiquement modifié, etc. C’est 390 600 $ par an que nous empochons en plus ainsi. »

Cette ferme allemande cultive 795 hectares, dont 145 en plantes fourragères.
Cette ferme allemande cultive 795 hectares, dont 145 en plantes fourragères.

Sa ferme, qui se nomme Westrup-Koch Milch Gbr, reçoit environ 0,83 $ par litre de lait présentement, avec un coût de production de 0,59 $ le litre, pour une production de sept millions de litres annuellement. L’évolution du marché du lait lui apparaît positive, lui qui prévoit la construction d’une nouvelle étable de 300 vaches qui misera sur des robots de traite, lesquels devraient accroître sa production de 10 % avec près de trois traites par jour, en plus d’aider à résoudre les problèmes de main-d’œuvre. Il remarque que certaines fermes laitières de plus petite taille sont également rentables, mais qu’elles ont dû diversifier leur modèle d’affaires en misant sur d’autres productions animales, sur l’agrotourisme, etc.  

Ce reportage en Allemagne a été rendu possible grâce à la participation financière de DLG.