En faisant visiter la ferme familiale à son petit-cousin et sa copine, tous deux sourds, Nathalie Tremblay Pauzé a appris le signe désignant la vache en langue des signes québécoise. Photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-PAUL – Nathalie Tremblay Pauzé ne s’attendait pas à vivre une expérience si enrichissante en accueillant son petit-cousin et sa copine, un couple de jeunes sourds, à la ferme familiale de Saint-Paul, dans Lanaudière. Bien que la productrice maîtrise certains rudiments de la langue des signes, faire visiter une ferme laitière comporte certains défis de communication.
« On a tellement ri. Ç’a été animé parce que moi, je suis émotive. Je parle et enweille par-là [les signes] », dit la productrice en faisant de grands gestes avec ses mains.
Et eux autres, le signe se fait en tout petit. J’ai dit à ma cousine [qui accompagnait son fils] que j’avais l’impression de crier et elle m’a répondu : “Effectivement.” Les deux jeunes étaient crampés.
Nathalie raconte que son petit-cousin de 20 ans, Vincent Forest, est sourd depuis sa naissance. Il porte toutefois un implant cochléaire, un appareil qui lui permet d’entendre légèrement, et il lit sur les lèvres. Sa copine Merisa Reinholde, une Écossaise de 19 ans rencontrée par l’entremise d’un site de rencontre pour malentendants, est totalement sourde. Élevée dans une famille de personnes sourdes, elle n’a pas appris à lire sur les lèvres. Durant la visite de la ferme, Vincent et sa mère, Marie-Pierre Pauzé, faisaient office de traducteurs lorsqu’ils ont approché les vaches, ont nourri les veaux, ont ramassé les œufs, et ont flatté les chats et les chiens. En les regardant, Nathalie a appris que le mot « lait » se disait en mimant une corne, c’est-à-dire en rabattant les trois doigts du centre vers la paume de la main et en collant le pouce sur le côté de la tête. En ajoutant le même signe avec l’autre main de l’autre côté de la tête, elle leur parlait alors de vaches.


Une première fois
La jeune Écossaise, qui en est à sa troisième visite au Québec en deux ans, n’avait jamais été en contact avec des vaches ou des veaux avant le début octobre. « Des fermes laitières, ils n’en ont pas vraiment en Écosse. Ils ont des moutons, des bœufs Highland [pour la boucherie], mais de la Holstein à grand déploiement, elle n’en avait jamais vu. Elle s’attendait à voir une dizaine de vaches. Tu aurais dû lui voir les yeux quand elle est entrée dans l’étable », soutient Nathalie, dont le bâtiment abrite 55 vaches en lactation.
Selon la mère de Vincent, Marie-Pierre, les jeunes ont adoré leur visite. « Les yeux de Merisa étaient illuminés à la vue des veaux », dit-elle.
Barrière de la langue
Le couple est confronté à une barrière linguistique. Merisa parle la langue des signes américaine et communique à l’écrit en anglais, alors que Vincent a grandi avec la langue des signes québécoise et écrit le français. « Mais ils réussissent à se comprendre et à apprendre le langage de l’un et de l’autre », souligne Marie-Pierre.
Les jeunes vivent la relation à distance, mais Merisa a passé un mois au Québec cet été, puis est revenue en septembre pour assister au mariage de sa belle-mère. Vincent sera le prochain à partir. Il ira rejoindre son amoureuse en Écosse durant le temps des Fêtes.