Les échanges de crédits se feront chaque mois au coût de 3 $ du kilo de matière grasse. Photo : Martin Ménard/Archives TCN
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S'abonner maintenantSAINT-HYACINTHE – Les producteurs de lait ont voté pour l’instauration d’un programme qui permettra aux fermes d’offrir temporairement du quota à d’autres, contre de l’argent, lorsqu’elles peinent à le remplir. Les transactions passeront par un nouveau mécanisme centralisé d’échange de crédits.
« L’objectif est de vous donner un outil additionnel, plus de flexibilité pour les producteurs qui ne seraient pas en mesure de produire tout leur quota ou encore qui voudraient produire plus de lait », a résumé la directrice de la recherche économique aux Producteurs de lait du Québec (PLQ), Florence Bouchard Santerre, lors d’une présentation faite avant la tenue du vote, le 16 avril, dans le cadre de l’assemblée générale annuelle de l’organisation, à Saint-Hyacinthe.

Le système, qui s’inspire de ce qui se fait déjà dans la plupart des provinces canadiennes, donnera plus de marge de manœuvre aux fermes qui traversent une période de baisse de productivité, peu importe la raison, pour leur éviter d’accumuler trop de journées non produites et d’être pénalisées. Le programme inclura les cas de force majeure, comme les incendies, mais pourra aussi servir pour toute autre situation, par exemple si des vaches sont malades, ont des problèmes de reproduction, ou lorsque la réalisation de projets à la ferme a une incidence sur la production. De leur côté, ceux qui veulent faire plus de lait pourront payer pour acquérir du quota, sous forme de crédits.
Les échanges de crédits se feront chaque mois au coût de 3 $ du kilo de matière grasse. Pour les cas de force majeure, le prix sera de 5 $ du kilo. Les participants pourront céder ou acquérir un maximum de 25 journées de production, sur 12 mois mobiles.
Un changement qui ne fait pas l’unanimité
À l’instar du vote de l’an dernier pour permettre la répartition du quota par itération, c’est-à-dire à parts égales, par l’entremise du système centralisé de vente de quota, celui sur l’instauration d’un programme d’échange de crédits n’a pas fait l’unanimité dans la salle. C’est après de longs échanges au micro et quelques amendements que la résolution établissant les principaux paramètres du mécanisme a finalement été adoptée à la majorité.

« Moi, j’ai un questionnement par rapport au débalancement qu’il pourrait y avoir entre les acheteurs et les vendeurs de crédits. De ce qu’on a vu [dans la présentation des PLQ], c’est qu’il y a peut-être 3 000 fermes qui vont vouloir obtenir des crédits et qu’il reste 1 000 fermes qui vont vendre des crédits », a notamment soulevé un producteur du Centre-du-Québec, Frédéric Beaudet.
Yvan Champagne, de Chaudière-Appalaches, s’est aussi dit craintif à l’idée qu’il n’y ait pas assez de crédits disponibles pour répondre à la demande, surtout si les grands troupeaux se mettent tous à en acquérir. Car le contenu de la banque sera réparti au prorata du quota détenu par les demandeurs, jusqu’à un maximum établi. D’autres producteurs ont soulevé la peur que des fermes gardent du quota pour la vente de crédits et que cela génère de la spéculation.
« C’est juste un petit pourcentage du quota qui va être transigé, donc la spéculation, je ne suis pas sûr qu’il va y en avoir tant que ça », a répondu Richard Genet, de la Capitale-Nationale.
« Il y a plusieurs dénigreurs qui disent que notre système est trop rigide, que produire le lait, c’est cadré, et qu’on n’a pas de souplesse. Un système comme ça vient amener un peu de souplesse », a-t-il plaidé. S’il a admis que le mécanisme proposé n’est pas parfait, le producteur croit qu’il est pertinent et qu’il sera possible de l’améliorer, une fois qu’il sera instauré.

Le président des Producteurs de lait d’Abitibi-Témiscamingue, Michel Robert, a raconté qu’un producteur qu’il représente se retrouve dans une situation où il fait beaucoup trop de lait par rapport à son quota actuellement, ce qui l’oblige soit à payer pour que les surplus soient livrés ou à jeter du lait. « Je lui ai parlé de ce système-là [d’échange de crédits] et il a hâte que ça arrive », a-t-il témoigné.
Maintenant que les producteurs ont voté en faveur du règlement, celui-ci doit être approuvé par la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec. S’il est adopté, un délai de programmation est à prévoir dans l’optique où le mécanisme sera actif vers 2028.