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S'abonner maintenantUne ferme laitière de Saguenay envisageait le démantèlement, mais voilà qu’elle mise le tout pour le tout en faisant plutôt naître une nouvelle étable lumineuse et moderne, construite avec une structure en bois lamellé-collé peu commune dans la région et pouvant être facilement agrandie pour profiter de la croissance de la production laitière.
Ce virage majeur est celui des deux frères Grenon, qui ont décidé de reprendre la ferme familiale, mais à leurs conditions. « On a analysé la situation, et on a dit qu’on voulait faire le transfert tout de suite et d’un coup [sans rachats de parts échelonnés sur plusieurs années], car on savait que les plus vieux ne seraient pas d’accord avec toutes nos décisions », indique Alain Grenon, qui s’est endetté de 7 M$ avec son frère Guillaume. La moitié de la somme a servi à payer la part de leurs deux oncles et de leur père et l’autre 3,5 M$ a été investie pour construire l’étable neuve.

C’est tout un changement de situation, notamment pour Alain, 44 ans, qui avait quitté la ferme il y a 25 ans pour gagner sa miche dans différents domaines. Il a levé la main, en 2023, pour reprendre la ferme familiale, tout comme son frère de 34 ans, qui y était déjà responsable du troupeau laitier depuis plusieurs années. Les deux frangins hésitaient cependant à reprendre la Ferme C.P.R. Grenon, car la routine de travail, incluant la traite des 85 vaches et la culture de 400 hectares, étaient très peu automatisées et nécessitait pratiquement le travail de six personnes. Les équipements de l’étable devenaient obsolètes et le bâtiment ne pouvait être allongé en raison des distances d’éloignement avec un ruisseau et d’autres bâtiments. « Mon frère a beaucoup de talent en génétique laitière, mais on savait qu’on ne pourrait pas reprendre la ferme et faire à deux ce qu’ils faisaient à six tout en ayant une vie sociale en dehors du travail agricole. On s’est donc construit une étable flambant neuve et on va essayer de l’intelligencer et de l’automatiser pour avoir la routine de travail la plus simple et efficace possible », détaille Alain.

La copie d’une étable coup de cœur
Les frères Grenon ont parcouru le Québec pour s’inspirer des meilleures idées des autres producteurs agricoles. En arrivant à Saint-Félix-de-Kingsey, dans le Centre-du-Québec, leurs yeux se sont mis à cligner devant l’étable de la Ferme bois mou 2001 (voir l’encadré). « Une construction en bois massif, c’est écœurant. Quand on est rentrés, on est tombés en amour. On s’est dit : « C’est ça qu’on fait! » Aussi, mon frère n’en démordait pas; il voulait que les vaches soient sur un bed pack [litière accumulée compostée]. C’est mieux pour le bien-être animal et ça sent bon dans l’étable. Ça ne sent pas l’ammoniaque. Alors, on a fait une copie de leur étable », dit Alain.
Après des mois de planification et de construction, les vaches rentreront dans leur nouveau bâtiment la première semaine de décembre, et les Grenon sont satisfaits de leur construction. « On a été surpris de voir qu’on a rentré dans les mêmes prix avec notre structure en bois massif qu’avec une structure conventionnelle. Notre fournisseur a pris du bois de l’extérieur du Québec. C’était moins cher, et avec le plancher de béton et le toit, le prix de la coquille nous revient à 55 $ le pied carré. Au final, ça fait une super belle construction. C’est extrêmement grand », souligne-t-il. La hauteur du plafond cathédrale aidera à garder les vaches au frais lors des chaudes journées d’été. « Mais c’est plus difficile à ventiler, un plafond cathédrale. C’est un gros volume d’air à gérer. On a mis des ventilateurs pour brasser l’air et sortir l’humidité dehors, mais ça nous a coûté plus cher de ventilation », nuance-t-il.

Des tuyaux remplis de glycol ont été positionnés dans le plancher de l’étable pour récupérer la chaleur du fumier accumulé. « J’ai tenté très fort d’aller chercher des subventions d’Hydro-Québec et autres, mais ils ne comprennent rien à la chaleur générée par le compostage et leurs frais d’ingénieur étaient trop élevés. On a donc fait cette installation à nos frais. Ça nous a coûté un peu moins de 10 000 $ et ça devrait nous faire économiser environ 7000 $ par année en énergie pour l’eau chaude et chauffer deux pièces », calcule Alain.
Après des années à nourrir les vaches avec un chariot, l’alimentation s’effectuera en tracteur avec un système qui misera dorénavant sur l’ensilage de maïs et non uniquement sur les plantes fourragères. Une autre stratégie pour sauver du temps et optimiser les surfaces en cultures.
Le seul stress concerne l’incontrôlable : les vaches. Elles étaient habituées de vivre attachées. Leur passage au monde libre, dans quelques jours, ne se fera pas sans effort. « On va commencer par en transférer 25 pour les habituer à aller aux robots et quand ça ira bien, on en rajoutera 5, et ainsi de suite. Il ne faut pas aller trop vite. On connaît une ferme qui a perdu 15 vaches quand elles sont passées en stabulation libre; des vieilles qui n’ont pas supporté la compétition avec les vaches dominantes une fois en liberté », explique Alain.

Les deux frères voient grand, eux qui viennent d’obtenir le permis environnemental pour atteindre leur objectif de monter à 250 vaches à la traite. « On fait ce projet aussi pour les prochaines générations. Le potentiel du site est bon jusqu’à 800 kilos [ils ont présentement un quota de 120 kilos]. Dans 20 ans, on va finir les paiements, mais dans 20 ans, j’arriverai à la retraite. Je me dis que ça va avoir fait prospérer l’agriculture. Pour moi, c’est un projet excitant. On va essayer que ce soit un succès. Notre capacité de remboursement est accotée, alors il faudra qu’on s’organise pour être performants et rentables plus que nécessaire », dit celui qui incarne maintenant la 4e génération de Grenon à cette ferme située dans le secteur Laterrière, à Saguenay.
Alain souligne que leur projet n’aurait pas pu se réaliser sans l’aide de la troisième génération de Grenon. « Ils nous ont fait un rabais. C’est une grosse concession de prix pour eux. Et c’est eux qui nous financent », spécifie-t-il.
Son oncle Pierre leur souhaite bonne chance. « Les jeunes veulent avoir quelque chose à leur idée. Notre étable se faisait vieille, [datant de] 1989, et les vaches attachées ne vont plus trop avec le bien-être animal. Investir dans la production laitière, c’est ça le plus rentable. Et sur accumulation de paille, on avait déjà l’étable froide comme ça. Les vaches se tiennent propres et sont accoutumées. Ça va fonctionner. »

Deux frères copient la ferme de deux sœurs
Les frères Grenon, de Saguenay, ne se cachent pas pour dire qu’ils ont copié l’étable des sœurs Lefebvre, de la Ferme bois mou 2001, dans le Centre-du-Québec, qui se sont elles-mêmes inspirées du modèle d’étable de la ferme Swisskess, à Clarenceville, en Montérégie! « On avait visité des fermes en bois lamellé-collé et on a flashé là-dessus », dit Patricia Lefebvre, qui reprend la ferme de ses parents avec sa sœur. La rapidité de construction de la structure en bois lamellé-collé, qui s’assemble comme de gros morceaux de casse-tête, s’est révélée un avantage, affirme-t-elle. En opération depuis 2023, les Lefebvre ne regrettent pas leur choix. « Il y a beaucoup de luminosité naturelle, c’est toujours plus le fun de travailler dans une étable quand c’est beau. Et la litière compostée, on le voit, c’est mieux pour les vaches. Ça nous permet de les garder plus longtemps, de faire vêler nos vieilles vaches une fois de plus », plaide-t-elle, disant avoir eu le plaisir de faire visiter leur construction à une dizaine de producteurs. Avec les robots qui ont augmenté le nombre de traites et d’autres améliorations propres à la nouvelle étable, la production est passée de 36 à 41 kilos par vache par jour. La Ferme bois mou 2001 disposait d’un quota de 90 kilos de matière grasse avant la construction, lequel atteint 112 kg présentement avec l’objectif de le grimper à 130, sans plus, car la conception de la ferme a été pensée par les deux sœurs pour qu’elles puissent opérer la fermes seules, sans employé.