En 2024, les 135 veaux que Guillaume Daoust a envoyés à l’encan lui ont rapporté 142 000 $ en revenus bruts. Photos : Caroline Morneau / TCN
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S'abonner maintenantLorsqu’ils ont commencé à croiser leurs vaches Holstein avec des taureaux Angus pour rehausser la valeur des veaux qu’ils envoient à l’encan, des producteurs de lait ne se doutaient pas à quel point la vente de ces animaux deviendrait payante. Depuis plusieurs semaines, des mâles croisés de dix jours se vendent entre 1 700 $ et 1 800 $, soit facilement cinq fois plus cher qu’il y a trois ans.
« Quand on a commencé, en 2022, c’était déjà avantageux de faire des croisements Angus plutôt que d’envoyer des veaux Holstein, mais là, ça atteint un autre niveau. C’est vraiment fou », constate Viviane Mathieu, copropriétaire de la Ferme Caribou, à Terrebonne, dans Lanaudière.
Même les veaux Holstein valent plus cher, ajoute l’éleveuse. Dans le temps, ça ne valait à peu près rien. Il fallait s’en débarrasser!

En 2024, les 125 veaux croisés Angus que la Ferme Caribou a envoyés à l’encan, mâles et femelles, ont généré un revenu brut de 132 000 $, soit un peu plus de 1 000 $ par tête. Depuis le début de 2025, l’entreprise a vendu une dizaine de veaux à un prix moyen qui a bondi à 1 500 $. À titre comparatif, les 82 veaux qu’elle a envoyés à l’encan en 2022 ont rapporté 24 500 $, soit une moyenne de 300 $ par animal.
Les Producteurs de bovins du Québec expliquent que pour compenser un manque de veaux de boucherie, qui résulte d’une sécheresse et d’une baisse du cheptel de bovins aux États-Unis, des parcs d’engraissement nord-américains se tournent vers les veaux laitiers croisés Angus provenant notamment de la province, depuis quelques années. La forte demande pour ces animaux fait augmenter les prix.
100 % de ses veaux croisés Angus
Avec l’explosion de la valeur des veaux, le copropriétaire de la Ferme F.D. Daoust, Guillaume Daoust, est loin de regretter la décision qu’il a prise en 2016 d’arrêter l’élevage de génisses et de saillir toutes ses vaches avec de la semence Angus. Par cette stratégie, il voulait régler son problème d’espace manquant sur ses terres pour la production de nourriture destinée au bétail et pour l’épandage du purin. Aujourd’hui, il profite du revenu élevé que lui procure la vente de veaux pour faire rouler son troupeau avec très bonnes vaches en lait qui lui coûtent cher à l’achat, mais qui sont suffisamment productives en gras pour rendre son système efficace.
« Oui, ça me coûte cher, d’acheter des vaches, mais 100 % des vaches que j’achète sont bonnes. Je n’ai jamais de pommes pourries dans le lot et j’aime ne pas avoir à gérer de la relève. Ça me facilite le travail », témoigne le producteur de Saint-André-d’Argenteuil, dans les Laurentides.

En 2024, les 135 veaux qu’il a envoyés à l’encan lui ont rapporté 142 000 $ en revenus bruts, et les 49 vaches de réforme, 110 000 $. Il estime que ça compense les 336 000 $ déboursés pour acheter 70 vaches à 4 800 $ chacune, considérant qu’il économise en frais d’élevage et que son frère et lui sont capables de faire rouler une ferme de 335 kilos de quota à deux, avec 190 vaches.
Le producteur spécifie que chaque tête dans son étable lui a rapporté un profit net de 5 600 $ l’an dernier. Il se hisse ainsi parmi les plus efficaces de son groupe conseil agricole en ce qui a trait aux marges qu’il dégage par vache.

Plus de veaux à l’encan, mais de bonnes génisses à l’étable

Aidée de son conseiller Lactanet, Viviane Mathieu a instauré, il y a trois ans, une nouvelle stratégie d’élevage à la ferme qui consiste à tirer un maximum de revenus de la vente de veaux laitiers croisés Angus, tout en rehaussant la qualité des femelles élevées à la ferme.
Ses vaches de meilleure génétique sont inséminées avec de la semence sexée Holstein pour la production de génisses à conserver dans le troupeau. Toutes les autres, soit environ 60 % du cheptel de 185 vaches – incluant les taries –, sont saillies avec de la semence Angus pour la production de veaux à envoyer à l’encan.
« Avant, on gardait beaucoup trop de femelles. Maintenant, on produit seulement le nombre de génisses dont on a besoin pour l’avenir et le roulement dans l’étable », explique l’éleveuse, dont la ferme fait un quota de près de 300 kilos avec 160 vaches.
En résumé, elle envoie beaucoup plus de veaux à l’encan qu’avant pour tirer avantage des bons prix, mais élève juste ce qu’il faut de génisses pour ne jamais devoir acheter de vaches de l’extérieur.
Pas la seule
Contactés par La Terre, Lactanet, le Centre d’insémination artificielle du Québec et Holstein Québec soutiennent que plusieurs fermes laitières adoptent des stratégies semblables, dans un contexte de valeur élevée des veaux croisés Angus. Les trois organisations encouragent d’ailleurs les producteurs à s’entourer de conseillers pour trouver le bon équilibre permettant de profiter de la manne des prix élevés, tout en élevant suffisamment de génisses pour assurer la relève dans le troupeau.
Pourrait-il manquer de génisses?
Le président de Holstein Québec, Pascal Martin, s’avoue préoccupé par une tendance des éleveurs à produire moins de génisses Holstein pour faire plus de veaux croisés avec des bovins de boucherie. « Si une épidémie arrive, est-ce qu’on peut se retrouver avec un manque de vaches laitières? » s’inquiète-t-il.
Des encanteurs remarquent d’ailleurs qu’il y a beaucoup moins de femelles sur le marché. « Le marché est déséquilibré. Ça fait trop longtemps qu’il y a beaucoup d’Angus qui se fait. Oui, je pense que c’est inquiétant à long terme. Un jour, les vaches seront très dispendieuses », anticipe Johanne Boulet, copropriétaire des Encans Boulet, à Montmagny, dans Chaudière-Appalaches. De son côté, Éric Therrien, des Encans Sélect Gène, à Saint-Elzéar, croit que le marché se rééquilibrera de lui-même, notamment en raison de la popularité de la semence sexée pour saillir les meilleures vaches dans les troupeaux.