Jean-Paul Poirier trouve souvent refuge dans l’étable qu’il a construite en 1981, et qui continue de servir, malgré la construction d’autres bâtiments plus récents à côté. Photos : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-DAMASE – Jean-Paul Poirier vient souvent se réfugier dans l’étable qu’il a lui-même construite, il y a 45 ans, et où se trouve encore une partie du troupeau de vaches laitières appartenant aujourd’hui à son fils Daniel.
« L’intérieur est comme c’était avant. Je l’ai construite avec des ouvriers, mais c’était mon plan. C’est toujours frais ici », souligne-t-il en cachant mal sa fierté de voir que ce bâtiment, où il a élevé son troupeau laitier toute sa vie, est encore utile, et ce, malgré le virage technologique et la croissance de la ferme laitière qu’il a officiellement transférée à son fils Daniel, en 2010.

Si le père était heureux et performant avec un troupeau plus modeste et un quota de 50 kg, le fils a rapidement démontré un intérêt pour une autre échelle de production. « En 2004, avant qu’il prenne officiellement la relève, je le laissais déjà aller dans ses projets. Ce n’est pas comme ça que j’aurais travaillé, moi, mais lui et son épouse, qui vient de Suisse et qui a grandi dans une très grande ferme laitière, voyaient les choses autrement. Ils voulaient prendre de l’expansion », raconte Jean-Paul Poirier, qui leur a progressivement laissé cette latitude.
Ainsi, sur le site où se trouvait la petite ferme laitière Cyjohn, à Saint-Damase, en Montérégie, se sont greffés, en 2004, de nouveaux bâtiments en stabulation libre gérés par son fils et sa belle-fille. Le duo a ensuite acquis, en 2022, un autre site de production laitière ailleurs dans le village. Au total, les deux sites de production comptent sept robots de traite, 350 vaches en lactation et 800 têtes, pour une production totale de 400 kg de matière grasse par jour (MG/jour). En somme, cela représente près de huit fois plus de kg de MG/jour que ce que produisait jadis M. Poirier.

L’importance d’une bonne gestion
Celui qui a toujours travaillé seul, avec l’aide de son épouse et de ses enfants, garde un regard lucide sur la croissance de la majorité des fermes laitières d’aujourd’hui. « Être plus gros et plus technologique, ce n’est pas toujours synonyme de performance et d’une bonne gestion, observe-t-il. Ça dépend de la personne. Il y en a qui étaient très performants avant la technologie et qui faisaient des records de production de lait, de conformation. Mais de nos jours, avec les robots de traite et toutes les informations qu’on peut avoir, on a souvent encore les mêmes résultats. Et puis la technologie, il faut que tu apprennes comment ça marche. Si ça fait défaut, tu n’es pas plus avancé », constate-t-il.

Il reconnaît en revanche que la croissance permet une belle économie d’échelle. « Mais la bonne gestion de tout ça, y compris les employés, c’est ça qui fait la différence. Car ton kilo de lait de plus, c’est ça qui fait ton profit, alors il ne faut pas que tu l’aies tout mis en intrants. Il faut être un bon gestionnaire », dit-il en reconnaissant que son fils fait bien les choses en se concentrant notamment sur la performance de ses animaux. « On est tous fiers que ça continue de cette manière », confirme-t-il. L’entreprise de 3e génération compte aujourd’hui cinq employés en plus des membres de la famille qui y travaillent.
M. Poirier n’habite maintenant plus à la ferme, ayant laissé la place à ses enfants, mais y revient chaque matin pour faire le nettoyage « de la vieille bâtisse », comme il l’appelle. Un endroit qui est empli de nostalgie, dépourvu de toute technologie, et où le producteur laitier à la retraite peut encore venir travailler quelques heures par jour dans un univers apaisant, où il est entouré de vaches mastiquant doucement leur foin.