Lait 7 octobre 2025

La vache à lait de l’étable

À la Ferme Beljacar, les propriétaires sont épatés par les performances de l’une de leurs vaches, Beljacar Phantom 905, qui produit chaque jour environ 80 kilos de lait et 2,8 kilos de matière grasse, depuis plus d’un mois et demi.

« En tout cas, elle est payante », témoigne en riant Dominic Vincent, qui est copropriétaire, avec ses parents, de cette ferme laitière d’Acton Vale, en Montérégie. 

Leur troupeau a souvent été récompensé pour sa productivité laitière, en matière tant de volume que de teneur en gras, mais c’est la première fois qu’une vache de la ferme maintient un tel niveau de performance sur une si longue période. 

À titre comparatif, chaque vache au Québec a produit en moyenne 33 kilos de lait et 1,45 kg de matière grasse quotidiennement dans les douze derniers mois, selon des données du contrôleur laitier Lactanet.

« J’ai eu beaucoup de vaches autour de 70 kilos, mais 80 kilos par jour, c’est assez rare, surtout pendant un mois et demi », ajoute l’agriculteur, qui assure ne pas réserver de traitement de faveur particulier à l’animal. « Elle n’a rien de plus qu’une autre, mais d’après moi, la génétique fait qu’elle produit un peu plus. C’est l’ensemble de tout », ­présume Dominic Vincent.

C’est la première fois qu’une vache de la ferme maintient un tel niveau de performance sur une si longue période. Photo : Gracieuseté de Dominic Vincent

Un troupeau toujours plus performant

De façon générale, la Ferme Beljacar accorde beaucoup d’importance à la productivité de son troupeau, qui a été en constante croissance depuis le virage vers la traite robotisée, en 2016. 

« À partir de là, ça s’est mis à monter un peu plus chaque année, indique M. Vincent. On produisait 12 200 kilos de lait par vache, par année, et là, on est rendus à 15 500 kilos par vache de moyenne. Le taux de gras est plus élevé, aussi », spécifie le producteur, dont chacune des 92 vaches en lactation livre autour de 2 kg de matière grâce par jour (MG/jour) sur une année, ce qui est beaucoup plus élevé que la moyenne québécoise de 1,45 kg de MG/jour.

Pour obtenir ces résultats, la ferme applique une bonne régie de troupeau, sélectionne des taureaux en fonction de la productivité laitière et accorde de l’importance à la qualité de l’alimentation.  

« Ce qui nous aide beaucoup, c’est la qualité du fourrage. On fait attention à ça. Nos ensilages aussi sont toujours fermentés », indique Dominic Vincent. Ses vaches, par ailleurs, sont confortablement installées dans des logettes sur sable.

Je dis toujours que le secret à 80 %, c’est la régie. Le reste, c’est le confort et la génétique.

Dominic Vincent

Productivité laitière rime souvent avec rentabilité, mais pas toujours

L’économiste Simon Jetté-Nantel, de Lactanet, observe une volonté généralisée des fermes d’améliorer la productivité de leurs troupeaux pour aller chercher plus de revenus. La teneur en gras dans le lait livré par l’ensemble des producteurs du Québec, d’ailleurs, a augmenté significativement dans les dernières années, car un lait plus riche est plus payant. Cependant, la performance à tout prix n’est pas toujours rentable, prévient l’économiste.

« En général, c’est vrai qu’être productif va mener à la rentabilité, mais pas toujours. Ça dépend comment on y arrive à notre productivité. S’il faut acheter des vaches chères ou beaucoup de suppléments à gros prix pour produire plus de gras, ça peut devenir plus coûteux que ce que ça rapporte », fait-il remarquer.

Après avoir analysé les données économiques de 2024 de 458 fermes, qui ont été fournies par des clubs-conseils en gestion, M. Jetté-Nantel établit un lien clair entre la production élevée de matière grasse et le bénéfice net de nombreux producteurs. Il remarque, en revanche, que certaines fermes affichent un « bénéfice net négatif » – c’est-à-dire que leurs revenus sont moindres que l’ensemble de leurs dépenses – même si leur troupeau est productif.

« Des fois, la productivité est là, mais l’alimentation coûte cher. Les producteurs ont recours à des plasters, par exemple, par manque de fourrages, et là, ils vont acheter plus de suppléments qui coûtent cher, plus de vaches qui coûtent cher. Donc, ils viennent acheter cette productivité à plus gros prix que d’autres, qui l’atteignent de façon plus économique », observe-t-il.