Lait 18 mars 2026

La simplicité dans la renommée

SAINTE-PERPÉTUE – La renommée mondiale que leur ont apportée leur taureau Calimero – dont le sang coule encore dans bon nombre de vaches Ayrshires – et leur défunte vedette Patagonie – qui a remporté 11 championnats pour la race – ne change rien au pragmatisme des propriétaires de la Ferme Margot. Ce qui compte le plus pour eux, ce ne sont pas les succès du passé ou la notoriété de leur préfixe; c’est plutôt le quotidien et la rentabilisation de leurs activités à la ferme.

« On est surtout dans le moment présent. On veut que la ferme continue de produire du lait, de faire de l’argent. Nos revenus, c’est les payes de lait », affirme humblement Philippe Grandjean, qui dirige l’entreprise de Sainte-Perpétue, dans le Centre-du-Québec, avec son fils, Frédéric.

Dans le bureau connexe à l’étable, il est cependant impossible d’ignorer les murs tapissés de reconnaissances multiples. La photo de Patagonie, une grande championne de leur ferme pour la race, qui a tout raflé dans les expositions internationales, de 2015 à 2019, revient souvent. C’est la fille de Calimero, un tout aussi célèbre taureau élevé à la ferme qui a connu de grands moments de gloire, de 2005 à 2015, en devenant le père de nombreuses championnes Ayrshires. 

Lorsqu’on entre dans le bureau de la Ferme Margot, il est difficile de ne pas porter attention au mur tapissé de reconnaissances.

Les Grandjean, « des mordus d’élevage » qui possèdent aussi deux plaques de maître-éleveur, ont toujours connu du succès avec leurs belles vaches, mais ils se font encore parler de Patagonie et de Calimero, qui ont donné un grand coup de publicité à leur ferme, dans les années 2010.

Par contre, c’est important pour nous de ne pas rester dans le passé. On est tournés vers l’avenir.

Philippe Grandjean

Lorsqu’il parle d’avenir, le producteur laitier ne fait pas nécessairement référence à sa nouvelle étoile montante, Coquille, qui a brillé à la plus récente édition de la Royale de Toronto. Il parle plutôt du quotidien sur le plancher des vaches, orienté sur la rentabilité, de la reprise de la ferme par son fils et des objectifs de croissance pour le troupeau laitier. 

Même si la notoriété de leur ferme et la qualité de leurs animaux ont parfois permis aux Grandjean de vendre leurs vaches entre 15 000 et 25 000 $US, cela ne les empêche pas d’être des adeptes d’économies.

Philippe et Frédéric l’ont répété plusieurs fois lorsque La Terre a visité leur ferme, le 6 mars : la vente d’animaux n’est pour eux qu’un « à côté » qui rentabilise leur « hobby » des expositions bovines.

Margot Coquille, qui a reçu la mention honorable parmi les Ayrshires, à la Royale, en novembre, est la nouvelle étoile montante de la ferme. 

Un troupeau économique de 380 têtes Ayrshires

Leur gagne-pain, c’est leur cheptel de 380 têtes Ayrshires, dont ils s’occupent avec leurs trois employés. Avoir un si grand troupeau de cette race n’est pas commun, parce que les Ayrshires n’ont pas la réputation d’être productives, mais les deux agriculteurs arrivent à tirer profit de leur élevage en exploitant les avantages économiques de la race et en préconisant un système peu coûteux, « un peu à l’ancienne mode », aux dires de Philippe.

L’une des particularités de cette ferme, qui loge 180 vaches en lactation en stabulation entravée, consiste d’ailleurs à envoyer tout le troupeau au pâturage, l’été. Les animaux mangent de l’herbe et les éleveurs économisent sur les coûts entourant la nourriture. 

« Oui, ce sont des vaches qui produisent moins, mais de façon générale, elles mangent moins aussi. Pour le pâturage, elles n’ont pas de difficulté à aller au champ, parce qu’elles ont des sabots très durs », renchérit Frédéric, ajoutant que cette race rustique leur évite beaucoup de frais de vétérinaire. 

 La Ferme Margot a un troupeau de 380 têtes de race Ayrshire, dont 180 vaches en lactation. Une croissance à 400 animaux est prévue d’ici l’an prochain. Un projet de construction de bâtiment pour loger les animaux de remplacement est d’ailleurs en cours. Photo : Caroline Morneau/TCN
La Ferme Margot a un troupeau de 380 têtes de race Ayrshire, dont 180 vaches en lactation. Une croissance à 400 animaux est prévue d’ici l’an prochain. Un projet de construction de bâtiment pour loger les animaux de remplacement est d’ailleurs en cours. Photo : Caroline Morneau/TCN

Un vieux tracteur à gazon pour distribuer le foin

Le 6 mars, vers 10 h, alors que la traite est terminée, c’est l’heure de nourrir les animaux. Philippe embarque sur un vieux tracteur à gazon, qui, dans sa deuxième vie, sert désormais à transporter les balles de foin à donner aux vaches. En voyant l’engin se déplacer vers elles, les bêtes lèvent la tête, car elles savent que leur repas s’en vient. Pendant que son père conduit, Frédéric suit en arrière et s’occupe de les servir, une après l’autre.

« On a toujours gardé nos équipements longtemps, comme ce vieux tracteur à gazon. On essaie de garder longtemps notre système de traite, aussi. On sauve de l’argent ici et là sur la mécanique, l’entreposage, un peu de tout », explique Philippe. 

La stratégie alimentaire des propritaires de la Ferme Margot repose aussi sur les économies. Les animaux sont nourris uniquement à l’ensilage de foin et au foin sec que les agriculteurs produisent eux-mêmes, et auquel ils ajoutent de la drêche d’éthanol, soit un apport protéinique et énergisant, moins coûteux que l’ensilage de maïs couplé d’achats de concentrés. C’est suffisant pour que leurs vaches maintiennent une production annuelle de 8 000 kg de lait, avec 4,4 % de matière grasse. 

Cela correspond à la moyenne pour la race, ce qui leur convient. Selon Philippe, la clé de leur succès avec un troupeau d’Ayrshires reposera toujours sur « la rentabilité plus que le rendement ».  

L’époque révolue des taureaux vedettes pendant 10 ans

Selon Philippe Grandjean, il ne serait plus possible aujourd’hui d’élever des taureaux qui restent des vedettes pendant une décennie, comme son Calimero pour la race Ayrshire, de 2005 à 2015, ou encore Goldwyn, pour la race Holstein, à la même époque. La sélection génomique, qui permet de prévoir la bonne génétique des mâles beaucoup plus tôt qu’avant, favorise un roulement plus rapide des animaux sur le marché, observe-t-il. Les vedettes sont vite remplacées par un autre taureau plus jeune. « Chaque taureau vend plus de semence, mais ça dure moins longtemps. Je ne crois pas que Calimero, aujourd’hui, aurait eu le temps de devenir aussi populaire », analyse l’éleveur de ce mâle encore considéré comme l’un des plus marquants de la race.