Kassandra Grégoire souligne l’importance du gain économique qui devra émaner des pratiques environnementales qu’elle mettra en place dans le cadre du laboratoire vivant sur le lait carboneutre. Photos : Myriam Laplante El Haïli/TCN
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantUne rencontre provinciale donnant le coup d’envoi de la 3e année du projet de recherche du laboratoire vivant sur le lait carboneutre a eu lieu à Drummondville, le 4 février. Les producteurs des 20 fermes participantes ont pu discuter avec une quarantaine de chercheurs des pratiques visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) qu’ils mettront en place dans la prochaine année.
En plus des sept activités de recherche en cours depuis l’an dernier, ils pourront choisir celles qui s’adapteront à leur réalité parmi les neuf nouvelles activités proposées, explique le directeur du Laboratoire vivant – Lait carboneutre, Jacques LeBlanc.
« Dans les tables rondes, les équipes scientifiques ont présenté les prochaines activités scientifiques qui s’en viennent dans les prochains mois pour les expliquer aux producteurs, obtenir leur avis, et pour que les équipes scientifiques puissent ajuster soit leurs protocoles ou la façon dont ils vont réaliser les choses. Et après que tout ça ait été présenté, les producteurs ont signifié leur intérêt de participation [aux activités] », rapporte-t-il.
D’ailleurs, chaque éleveur a été invité à emmener un accompagnateur de son choix (comptable, agronome, etc.) à la rencontre pour évaluer, en direct, la faisabilité des solutions proposées par les scientifiques.

Kassandra Grégoire, de la Ferme Séric, a choisi d’emmener son nutritionniste animal pour vérifier si l’utilisation d’additifs alimentaires dans la ration de ses 70 vaches en lactation permettrait de réduire les gaz à effet de serre (GES) issus de la fermentation entérique. « On a trouvé que ça coûte très cher et ce n’est pas prouvé que ça rapporte grand-chose », mentionne-t-elle, en précisant toutefois qu’avec trois traites par jour, la productivité de ses vaches est déjà importante et qu’elle n’estime pas pouvoir l’accroître davantage.
Par contre, elle a été interpellée par le projet d’additifs dans le fumier pour réduire les émanations de GES. Les chercheurs sont passés à la ferme à la mi-janvier pour prendre des échantillons dans la fosse qui serviront de référence.
Le fumier, je sais que c’est mon gros point faible, mais je veux prendre le temps. Il y a des meetings qui se font avec les chercheurs en Zoom des fois. Je vais venir m’asseoir avec eux, puis regarder ce qui pourrait être fait. Parce qu’ils me disent aussi qu’on pourrait mettre un abri par-dessus la fosse pour empêcher trop les émanations de se faire. Mais ç’a un coût, puis ça ne te rapporte rien [comme gain financier].
En matière de fertilisation, son autre point faible, la productrice a arrêté son choix sur une méthode d’agriculture raisonnée sous le principe des 4B, c’est-à-dire d’utiliser la bonne source et la bonne dose au bon moment et au bon endroit. Elle réessaiera également d’implanter des engrais verts, qui n’ont pas fonctionné dans ses champs à la dernière saison.
Les résultats concrets du projet de recherche seront révélés en 2026 après que chacune des 20 fermes ait effectué un nouveau bilan carbone.

Les vaches, une force et le fumier, une faiblesse
SAINT-CYPRIEN-DE-NAPIERVILLE – Si Kassandra Grégoire, de la Ferme Séric, à Saint-Cyprien-de-Napierville, en Montérégie, a trouvé la rencontre provinciale captivante, c’est notamment parce qu’elle avait en main, comme les 19 autres fermes participant au laboratoire vivant sur le lait carboneutre, les résultats de son bilan carbone.
Quelques jours plus tard, assise dans le bureau de l’étable où sont exposées les nombreuses plaques témoignant de la qualité du lait et de la génétique des vaches, l’éleveuse de 24 ans explique à La Terre que sa ferme a émis 0,94 kg d’équivalent CO2 par kg de lait produit, en 2022. « Tout le monde me dit que c’est impossible d’être carboneutre d’ici 2050. Peut-être que oui, peut-être que non, mais moi, je veux trouver des solutions pour qu’on s’améliore », dit-elle.
Le bilan carbone de sa ferme a révélé que les plus grands postes d’émissions de GES sont le fumier et la fertilisation des sols. Sa force réside toutefois dans les performances laitières des animaux, qui produisent 48 kg de lait par vache. « Habituellement, ce sont les animaux qui émettent le plus, mais moi, c’est ma force, les animaux, parce qu’on est LA ferme [parmi les 20] qui fait le plus de lait par vache », dit-elle en montrant la plaque de maître-éleveur remportée en 2017.
On n’a pas beaucoup d’animaux, mais on fait tellement de lait qu’on vient comme rentabiliser, si on veut, les émissions.
Kassandra Grégoire souligne l’importance du gain économique qui devra émaner des pratiques environnementales qu’elle mettra en place. « Si je suis capable de trouver une autre façon de diminuer le carbone, puis de payer moins cher encore, c’est gagnant-gagnant. Je fais ça pour être capable aussi de donner des données aux autres producteurs sur ce qui peut être fait, combien ça coûte et dans quel temps c’est réalisable. C’est le fun pour moi de voir mes données aussi, de voir quels sont mes faiblesses et mes points forts », indique-t-elle. D’ailleurs, le 4 février à Drummondville, la productrice a signifié son intérêt de faire partie de la cohorte de producteurs qui effectueront leur bilan carbone chaque année. Elle espère ainsi identifier avec précision les pratiques ayant un résultat tangible sur l’environnement, malgré la charge administrative liée à la démarche. « C’est beaucoup de données à envoyer. C’est beaucoup, beaucoup de paperasse, mais je serais intéressée de voir parce que d’une saison à l’autre, ce n’est pas pareil, affirme-t-elle. Peut-être que 2022, ce n’était pas une bonne année, puis c’est pour ça que tout le monde était peut-être haut. Peut-être que l’année d’après, c’était super, des bonnes conditions et que tout a bien été. Alors, on veut voir à quel point ç’a un impact. »