Stéphane Alix a recours à un tracteur articulé couplé à un planteur porté, ce qui offre une conduite plus précise pour que les semences soient logées au centre des billons et qui permet d’obtenir une pression uniforme de semis tout en compactant moins son champ. Les manœuvres en bout de terrain sont également facilitées par ce type d’équipement, dit-il. Photo : Martin Ménard/TCN
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantSAINT-JEAN-BAPTISTE – Un producteur de grains de Saint-Jean-Baptiste, en Montérégie, cultive son maïs et son soya sur des billons semi-permanents depuis une dizaine d’années avec des équipements qu’il a lui-même modifiés pour améliorer sa rentabilité.
« Ma technique n’est pas pour tout le monde. Certains me regardent et me disent : ‘‘Jamais, over my dead body [plutôt mourir]!’’ » reconnaît Stéphane Alix, qui était aux commandes d’une rareté, un planteur seize rangs monté sur le système d’attelage trois points de son tracteur articulé, lors du passage de La Terre, le 11 mai. Ses buttons et ses semis étaient parfaitement droits grâce au système de positionnement géoréférencé (GPS), mais aussi à l’attention du conducteur, qui est toujours aux aguets.
Je suis concentré comme si je conduisais une formule un. Je ne mets même pas la radio dans le tracteur. Je cultive avec une précision, comme font les maraîchers.

La Ferme Bonnefoi vise une agriculture innovante tout en réduisant son coût de production. Après avoir testé différentes régies de culture avec son père, Stéphane a mis le doigt sur la technique qui lui semble la plus stable et efficace depuis 10 ans : deux années de maïs et une année de soya sur les mêmes billons.
« La méthode du billon, c’est vieux comme le monde, surtout dans les sols sableux. Je l’ai raffinée pour mon type de sol, un sol lourd, car au printemps, la terre est sèche en surface et c’est de la bouette en dessous. Si tu fais les billons au printemps, la terre devient dure comme du ciment, mais en les faisant l’automne comme maintenant, ça marche », assure le producteur, qui insiste sur le fait que c’est une technique où chaque détail compte.
Au printemps, 24 heures avant de semer, il utilise une machine de conception maison, un ancien planteur 16 rangs, qui démêle la surface des billons à quelques centimètres de profondeur. Elle est munie de disques horizontaux servant à enlever les tiges de maïs de l’ancienne récolte, tandis que des houes rotatives de deux différentes tailles à l’arrière brisent les mottes. « Le résultat est merveilleux et ce travail en bandes brasse moins le sol qu’un vibro pleine largeur et le sol est donc moins long à sécher sur billon qu’avec un vibro. Une année comme cette année, où le printemps est froid, la terre se réchauffe plus facilement avec le billon et le maïs décolle plus vite », explique M. Alix.

Le semis est effectué par un planteur qu’il a acheté neuf en 2020, et ce dernier est porté, ce qui offre plus de précision pour semer en plein centre de chaque billon qu’un planteur traîné employé par la majorité des agriculteurs. « Un planteur porté, ce n’est pas une bébitte qu’on voit tous les jours, mais ça suit merveilleusement bien les billons », dit-il.
Après les semis, le producteur passe un sarcleur, modifié au goût du chef, pour contrôler les mauvaises herbes, rehausser les billons et semer des engrais verts, au besoin, dans le fond du billon. Après la récolte, la gestion des résidus de maïs posait un problème pour la culture suivante, alors il passe « sa tondeuse » à une vitesse de 25 km/h. Il s’agit d’un équipement muni de disques rotatifs qui viennent couper les tiges de maïs à la base pour envoyer les résidus entre les rangs où circulent les roues de tracteurs, créant ainsi un tapis destiné à réduire la compaction. Il effectue cette opération sur sol gelé pour éviter que ladite tondeuse n’abîme ses billons.
Le soya est semé dans les mêmes billons, lesquels sont partiellement détruits après la récolte par le passage d’une déchaumeuse, afin de semer l’année suivante l’orge brassicole. Après la céréale, il épand du fumier et de la chaux au besoin, il défragmente le sol à 8 cm de profondeur avec une sous-soleuse et reconstruit ses fameux billons au même endroit, en suivant le tracé GPS, afin de répéter le passage dans les mêmes traces pour minimiser la compaction du sol. Le cycle recommence ainsi. Dans certains champs, il ne sème pas de céréale, effectuant seulement une rotation de deux années de maïs et une de soya.
Pour diminuer les coûts
Les semis sont effectués à l’aide de l’un de ses deux tracteurs articulés, une machine qui vaut son pesant d’or, atteste l’agriculteur. « Le dernier que je viens d’acheter, c’est un 2013 avec seulement 1 700 heures, une mécanique simple et facile à réparer. Il m’a coûté 235 000 $; c’est des peanuts si tu compares aux tracteurs neufs d’aujourd’hui. Le gros avantage, c’est sa force et sa légèreté, à 10 900 kilos. Avec ce tracteur, je peux mettre un planteur 16 rangs porté, ce qui compacte moins le sol qu’avec un planteur huit rangs, car je couvre plus large. Et vu que le planteur est justement porté, je peux transférer le poids du tracteur sur le planteur grâce au système de relevage hydraulique double action qui augmente la pression jusqu’à l’extrémité de la semeuse », décrit l’agriculteur, qui profite de cette répartition du poids pour obtenir une meilleure précision de semis sur les terrains durs et croûtés.

L’autre élément clé pour diminuer son coût de production consiste à réduire ses opérations au champ, ce qui lui confère une économie de carburant, de temps et d’usure de machinerie. « Avant, quand je labourais, je prenais 500 litres de fuel par jour et je n’en couvrais pas grand. Même le chisel, ça prend gros du diesel, et à 2 $ le litre, quand tu ne fais plus de travaux lourds à automne, ce n’est pas long que tu sauves », assure celui qui cultive 227 hectares.

Stéphane Alix a passé des nuits sans dormir pour réfléchir à sa régie de culture et aux modifications de ses équipements. Il est conscient que des manufacturiers fabriquent aujourd’hui des machines pour billons efficaces, mais il préfère les siennes. « C’est beaucoup d’essais et d’erreurs, par contre, et je vous fais grâce des machines que j’ai fabriquées qui ont fini sur le tas de roches! Je travaille beaucoup moins le sol. Mes rendements s’améliorent. J’ai sorti 16 t/ha l’année dernière. Mais rien n’est laissé au hasard dans mon système. Tout doit être régi de façon impeccable pour que ça marche et pour avoir des semis précis sans compacter le sol. Au prix où sont rendues les terres, on est mieux de s’en occuper mieux. »