Le 30 mai, Alain Gervais se dépêchait de terminer sa préparation de sol et ses semis de maïs avant un nouvel et xième épisode de pluie. Photo : Gracieuseté d'Alain Gervais
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S'abonner maintenantLes producteurs de plusieurs régions du Québec parlent d’un printemps de misère, où les travaux aux champs se réalisent dans de mauvaises conditions et où les sacs de semences attendent dans l’entrepôt au lieu d’être en terre.
« Cette année, ce n’est pas compliqué; une vraie fenêtre de semis, on n’en a pas eu. Si on est chanceux, ce soir à minuit, le maïs sera fini. Ensuite, il restera du soya. Mais les conditions de sol sont de pénibles à très pénibles. On passe pareil et ça va compacter la terre. Les argiles vont nous rappeler longtemps les niaiseries qu’on vient de faire en 2025. Ça va rester écrit. Pour les plus vieux comme moi, c’est le pire printemps depuis 1983 », décrit Alain Gervais, un producteur de grains de Saint-Denis-sur-Richelieu, en Montérégie.
Il raconte ce printemps stressant de 1983 où les semis s’étaient terminés le 15 ou le 20 juin.
Aujourd’hui, c’est parce que les terres sont nivelées et drainées qu’on peut forcer et y aller. Si c’était comme avant, les vibros seraient encore serrés dans la shed, comme en 83.
Les sols argileux écopent plus que les sols sableux, mentionne-t-il, assurant que le retard et les mauvaises conditions de semis entraîneront des pertes de rendement déjà irrévocables.
Il ne faut toutefois pas perdre espoir, estime-t-il. « En 83, le mois de septembre nous avait sauvé les fesses. Le blé d’Inde s’était rendu à maturité quand même. On avait eu une récolte, au moins. »
Dans Chaudière-Appalaches, l’agronome Nadia Chouinard dit que la dernière semaine a permis de mettre de bonnes superficies de maïs et de céréales en terre. Il n’empêche que les semis sont en retard. Même ce qui a été semé sort timidement de la terre en raison du climat froid et pluvieux. « Le maïs semé il y a deux semaines dans l’argile est à peine germé. Dans les sols légers, ça commence à lever, mais c’est en retard. Et par endroits, le sol humide lors des semis fait en sorte que c’est moins bien semé. Surtout en semis direct, où les sillons sont restés ouverts, mais aussi les endroits hersés, où on voit plus de mottes [laissées par le vibroculteur], ce qui entraîne un moins bon contact sol-semences. Ça va affecter le rendement », craint-elle.
Celles qui demeurent à l’aise avec ce début de saison sont les mauvaises herbes, qui ont pris de l’avance dans les champs de semis direct, ou de travail minimum, et qui seront plus difficiles à contrôler, analyse Mme Chouinard, du club OptiConseils.
Prise 2 dans le Centre-du-Québec
Lorsque La Terre l’a contacté, Yanick Beauchemin était justement dans le champ d’un producteur qui devait resemer une partie de ses superficies en raison du surplus d’eau qui a fait pourrir les semences d’avoine mise en terre ce printemps. « Dans les céréales de printemps, c’est affreux. Je dirais qu’un champ sur deux est scrap [en raison des problèmes de levée]. On n’a pas eu de fenêtre pour semer les céréales en avril. Ce qui a été semé en mai, on coupera sûrement 30 % du rendement », évalue l’agronome du Club Yamasol, qui possède aussi une ferme à Sainte-Monique, dans le Centre-du-Québec.

Il estime que 60 à 65 % des semis de maïs et de soya sont complétés dans sa région en date du 30 mai. « On est trois semaines en retard », résume M. Beauchemin.
Une croûte qui nuit à la levée
Dans Lanaudière, l’agricultrice Johanne Pagé fait également part de retards dans les semis, notamment avec les 92 mm de pluie et l’épisode de grêle qui ont paralysé les travaux entre le 16 et le 25 mai. « Il doit rester 70 % du soya à semer. Ceux qui sont dans des sols sableux pouvaient semer le maïs, mais chez moi, dans l’argile, il y a juste [un centimètre] de sec sur le dessus. Quand tu creuses un peu, tu peux faire une motte dans tes mains avec l’argile », explique-t-elle au sujet de ses champs non semés.
Elle dit que la date ultime du 1er juin pour les semis afin de pouvoir adhérer à l’assurance récolte de La Financière agricole du Québec a obligé bien des producteurs à forcer les choses et à circuler dans les champs avec leurs tracteurs même si les conditions ne le permettaient pas nécessairement. « Certains ont passé le vibro et on voyait la glaise collée après les pattes! »
Qui plus est, les 92 mm de pluie auxquels elle fait référence ont créé une croûte qui nuit à l’émergence des plantes que les producteurs avaient réussi à semer dans la première portion de mai. « À certains endroits, le maïs n’a pas encore germé à cause du froid et de l’eau. »

La Financière offre un sursis
À noter que dans certaines régions, La Financière agricole du Québec a prolongé les dates de fin des semis jusqu’au 5 juin pour les céréales, le maïs-grain et les protéagineuses.
Un printemps parfait en Abitibi-Témiscamingue
Après des années difficiles marquées par la sécheresse et les insectes, les producteurs de grains d’Abitibi-Témiscamingue composent avec d’excellentes conditions de semis, affirme l’agronome Josée Falardeau. « On ne peut pas avoir un plus beau printemps! Les températures sont fraîches, mais on n’a pas beaucoup de pluie. Les conditions pour semer sont plus qu’idéales. Ça se prend vraiment bien. Plusieurs ont terminé tous leurs semis; d’autres ont presque terminé. Et la levée est très belle. Ça va vraiment bien! » dépeint-elle.