La culture de l’avoine se révèle la plus rentable à la Ferme Juno, qui en a semé sur 400 hectares. Photo : Groupe Juno
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S'abonner maintenantL’avoine est souvent vue comme le parent pauvre des grandes cultures; une culture qui exige peu et qui rapporte peu. Pour Patrick Juneau, copropriétaire de la Ferme Juno, de Saint-Casimir, dans Portneuf, il en est tout autrement. « C’est la céréale que je préfère. C’est la plus rentable », dit l’agriculteur, qui était justement en pleine récolte d’avoine au moment d’écrire ces lignes. Et ses rendements actuels de cinq tonnes à l’hectare sont meilleurs que la moyenne des cinq dernières années de 4,3 t/ha, compare-t-il. « Les rendements sont très bons dans les champs qui n’ont pas été hypothéqués par les surplus d’eau lors des semis », précise-t-il. La qualité aussi est supérieure, avec un poids spécifique avoisinant les 53 kilos à l’hectolitre, ce qui permet à son avoine de se classer comme un grade 1. « L’an passé, on était plus dans le grade 2 ou 3. C’était moins bon », se rappelle M. Juneau.

Semican
L’absence de toxine dans l’avoine est un autre atout majeur, estime l’agriculteur, qui a diminué sa production de blé en raison des soucis associés aux toxines, au taux de protéine ou à l’indice de chute qui peuvent déclasser une récolte de blé. Il ajoute que dans son secteur, l’option de semer le blé à l’automne est moins intéressante puisqu’il survit moins bien aux hivers.
L’avoine est tout indiquée chez lui, mais encore faut-il bien la cultiver, souligne M. Juneau, qui fertilise ses cultures d’avoine plus que la moyenne des producteurs avec, par exemple, 165 kg d’engrais à l’hectare. « Je mets beaucoup de potasse, ce qui aide à la tenue et diminue la verse », glisse-t-il, spécifiant que tout est étendu à taux variable, autant les fumiers que l’engrais de synthèse. Des essais au champ réalisés par son frère et lui pendant cinq ans les ont convaincus d’appliquer des fongicides systématiquement dans toutes leurs cultures d’avoine, puisque l’utilisation de ce pesticide accroît les rendements de 0,25 à 0,61 t/ha. La Ferme Juno produit 2 000 tonnes d’avoine annuellement, en plus d’en acheter 1 500 d’autres producteurs. Son crible à grains permet d’éliminer les impuretés et le grain indésirable, afin de livrer un grade 1 qui sera accepté par les acheteurs d’avoine, qui l’utilisent pour produire du gruau.
En croissance
La filière de l’avoine est encourageante aux yeux de Patrick Juneau.
Les prix pourraient être plus haut, mais depuis que j’en fais, la demande est toujours là. Et ça semble un aliment convoité, que ce soit dans les barres tendres ou dans d’autres produits faits avec des flocons d’avoine; j’ai tendance à croire que la demande sera croissante.
Le producteur estime qu’il faut simplement changer de mentalité face à cette culture. « Elle est souvent laissée pour compte, mais si tu t’en occupes autant que les autres cultures, comme le blé ou le maïs, c’est la plus rentable! »
Des prix qui stagnent dans les céréales
Le blé, l’avoine et l’orge ont des prix qui stagnent, indique Martin Scallon, directeur d’approvisionnement chez Semican, qui entrevoit cependant une hausse de prix pour l’avoine.
Selon moi, si une céréale augmente en consommation et en prix, c’est l’avoine. Elle est utilisée à différents usages, que ce soit le gruau, les boissons d’avoine, etc. Elle a connu une légère augmentation de prix pour se situer entre 260 $ et 275 $/t, et je pense maintenant qu’elle va augmenter de 10 $/t par trimestre, pour être près de 300 $ à la fin du printemps prochain.
Le prix du blé humain, qui oscille a près de 330 $/t, est stable, tout comme celui du blé destiné à l’alimentation animale, mais la valeur pourrait s’accroître si la récolte de maïs du Québec est insuffisante ou de moindre qualité, forçant les éleveurs à acheter plus de blé, analyse M. Scallon. Il fait valoir que la récolte de blé d’automne a été très bonne, que celle du blé semé au printemps est dans la moyenne et que certains champs ont souffert, par endroits, d’une levée inégale, gracieuseté du printemps trop pluvieux. Par contre, les mois de juillet et d’août particulièrement secs ont permis une récolte du blé de printemps avec peu de toxines, remarque-t-il.
La demande pour l’orge est en baisse, précise Martin Scallon, notamment en raison de la perte de popularité de l’orge brassicole. L’orge se vend entre 225 et 240 $/t.