Isabelle et Marc Gélinas cultivent du soya et du maïs dans une proportion égale sur une superficie d’environ 200 hectares. Photos : Gracieuseté de Ferme Julien Gélinas
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Frère et sœur, avec chacun un emploi à l’extérieur à temps plein, Marc et Isabelle Gélinas font figure d’oiseaux rares chez les producteurs agricoles. Cette singularité n’a pas empêché la Ferme Julien Gélinas de se distinguer l’automne dernier en remportant une médaille de bronze au concours de l’Ordre national du mérite agricole.
Située à Saint-Barnabé, petite localité de près de 1 200 habitants en Mauricie, cette ferme cultive du maïs et du soya dans une proportion égale sur près de 200 hectares. « On va peut-être faire des petits grains à un moment donné, mais vu le contexte, avec nos jobs à l’extérieur, on va rester comme ça. Ça nous fait moins d’équipement à gérer », explique Marc Gélinas, qui travaille sur la Rive-Sud de Montréal et qui prend un mois de vacances en mai pendant la période des semis et une semaine à l’automne lors des récoltes.
C’est le décès précipité de leur père, Julien Gélinas, en septembre 2011, qui a créé cette situation complexe. « Il a semé au printemps, mais n’a jamais pu faire la récolte à l’automne », se rappelle Marc Gélinas à propos de son père décédé moins de cinq semaines après avoir été diagnostiqué d’une maladie mortelle. C’est Julien Gélinas qui avait fait prendre, en 1999, le virage grandes cultures à la ferme lorsqu’il a vendu son troupeau de vaches laitières.
« On avait prévu de reprendre la ferme, mais pas aussi rapidement. Il n’a jamais été question de changer d’idée, mais il fallait juste trouver comment le faire », renchérit Isabelle Gélinas, qui demeure pour sa part à Saint-Élie-de-Caxton, à près de dix minutes de la ferme familiale.
C’est au printemps 2012 que les deux producteurs sont devenus officiellement propriétaires de la ferme qui gardera le nom de Julien Gélinas. « Au début, ce n’était pas facile parce que notre père n’était plus là pour nous conseiller. Mais on s’est bien entourés de professionnels qui nous ont guidés », poursuit-elle.

Un employé à temps plein, deux à temps partiel
L’embauche d’un employé à temps plein, aidé par deux à temps partiel, le fils d’Isabelle et le fils de l’employé, s’est rapidement imposée comme solution.
Quand je termine de travailler vers 15 h ou 16 h, je m’en viens à la ferme remplacer celui qui est sur le tracteur depuis le matin. Au début, ce n’était pas facile de faire la conciliation, mais là, avec mon gars qui a maintenant son permis et qui peut conduire le tracteur, ça va mieux.
D’ailleurs, son fils Jérôme Garant se prédestine à devenir la 5e génération à travailler la terre familiale lorsqu’il terminera son diplôme d’études professionnelles (DEP) en grandes cultures à l’École d’agriculture de Nicolet.
Comme chez beaucoup d’autres producteurs, la saison 2024 a été exceptionnelle à la Ferme Julien Gélinas. « Dans le maïs, je dirais qu’on a récolté environ 1 200 tonnes qu’on a séchées en un temps record; c’est à peu près 20 % de plus que nos meilleures années. On a juste un silo séchoir pour toute notre production. Je pense qu’on a fait huit batchs pour en arriver à bout. L’achat d’un deuxième séchoir est d’ailleurs parmi les investissements qu’on prévoit faire à court terme », relève Marc Gélinas. Quant au soya, la récolte a été aussi au-delà des attentes, dit-il, sans pouvoir les chiffrer pour l’instant.

Expansion en vue
La Ferme Julien Gélinas songe également à agrandir sa superficie de culture. « Si les terres ne sont pas éloignées et que le prix est bon, on serait capables d’avoir 100 acres [40,5 hectares] de plus sans problème. Le plus difficile, c’est de partir la roue au printemps, mais une fois que c’est décollé, ça va vite. Pendant les semis, je suis capable de fermer 100 acres [40,5 hectares] en une journée si je me donne », raconte en souriant le producteur.
Côté régie du sol, le frère et la sœur Gélinas travaillent de façon conventionnelle. « On laboure les terres les plus dures qu’on réserve pour le maïs, mais pour les sablonneuses, on utilise le chisel. J’ai déjà essayé le semis direct, mais ça n’a pas été un succès chez nous. On est plus au nord et la terre est plus longue à réchauffer au printemps », explique Marc Gélinas, qui est vraiment le maître à bord à la période des semis.
À l’automne, c’est davantage Isabelle Gélinas qui est aux commandes avec notamment la gestion du séchoir.

« Pour le séchage, on aime ça le faire nous-mêmes parce qu’on fait de la qualité avec notre séchoir. On obtient du maïs vraiment pesant. Toutes les années, il se classe bien. Il y a juste la moissonneuse-batteuse qu’on donne à forfait. Tout le reste est fait par nous. Au décès de notre père, on a investi dans de la machinerie moderne justement pour se donner de la fiabilité quand on en a besoin. Et comme mon frère demeure à deux heures de route, je ne serais pas utile si on a un problème mécanique », poursuit Isabelle Gélinas.
Malgré leur horaire chargé, les deux producteurs ont trouvé le temps de s’inscrire au concours de l’Ordre national du mérite agricole 2024 dans la catégorie Bronze. L’effort en a valu la peine puisqu’ils ont fracassé la barrière des 800 points, ce qui leur a permis de recevoir une médaille de Bronze et le titre de Chevalier.
C’est sous l’insistance de leur entourage que les deux producteurs se sont inscrits. « Ça a été une belle expérience. Remplir la documentation, accueillir les juges, recevoir leurs commentaires, ça nous a permis de faire une rétrospective des dernières années, et on peut se servir de ça pour s’améliorer dans le futur et s’ajuster là où on est moins performants », conclut Isabelle Gélinas.