Grandes cultures 26 février 2025

Dominique et Mathieu Dubuc : un mélange de savoir-faire et de technologies

Du labour aux champs avec une charrue tirée par des bœufs jusqu’au battage des céréales avec un tracteur guidé par un GPS, la famille Dubuc exploite ses terres depuis plus de 200 ans à Saint-Isidore-de-la-Prairie, dans la région de la Montérégie.

Membres de la 6e génération, les frères Dominique et Mathieu Dubuc gèrent chacun leur entreprise sur la terre familiale tout en mettant en commun les achats d’intrants et la commercialisation des grains.

Avec son frère Mathieu, Dominique Dubuc cultive sur près de 450 hectares du maïs-grain et du soya dans une proportion pratiquement égale.

« Mathieu s’occupe de tout l’entreposage des grains et du chargement dans les camions, tandis que moi, je me charge plus du battage », explique Dominique Dubuc, vice-président au Syndicat des producteurs de grains de Montérégie Ouest.

La Ferme Dom et la Ferme Mathieu Dubuc cultivent sur près de 450 hectares du maïs-grain et du soya dans une proportion pratiquement égale. « Habituellement, on cultive du soya pour les semenciers et du soya IP, mais en 2025, on prévoit ne produire que du soya de semences. » 

Parmi les producteurs agricoles de la Montérégie, la famille Dubuc a toujours été à l’avant-garde en termes d’équipements. « Nous avons pas mal tout le temps été une ferme qui était bien mécanisée. Dans les années 1970, mon père a construit un des premiers silos avec des feuilles d’acier comme c’est la norme aujourd’hui. Les producteurs de la municipalité s’étaient tous regroupés ensemble pour acheter un séchoir », se rappelle Dominique, qui a hérité de ce côté innovateur, comme on le verra plus loin.

En travaillant presque exclusivement avec le maïs et le soya, les frères Dubuc se doivent d’user de stratégies dans leur rotation de culture.

J’ai déjà cultivé du blé, mais les rentabilités étaient trop débalancées versus le maïs et le soya pour continuer. Pour compenser, j’implante généralement un blé d’hiver après la récolte du soya à l’automne, puis je le détruis mécaniquement ou chimiquement au printemps, dépendamment de son intensité, avant de semer du maïs.

Dominique Dubuc

Un passage au bio

Durant huit ans, de 2003 à 2011, Dominique et Mathieu Dubuc étaient des producteurs de grandes cultures 100 % bio avant de retourner dans le conventionnel. « C’était une question de qualité de vie, justifie-t-il. On travaillait quasiment sept jours sur sept et le côté rentabilité n’était pas nécessairement au rendez-vous. Tout l’été, on ne prenait pas de pause pour en fin de compte arriver avec les mêmes revenus que le conventionnel. Sur le plan environnemental, le bio est un gros plus parce qu’on n’utilise pas de pesticides, mais de notre côté, on avait des problèmes de compaction de sol avec le passage répétitif des tracteurs, sans compter la quantité de diesel que ça prenait. » 

De ce passage dans le bio, les frères Dubuc ont conservé de bonnes pratiques, bien qu’ils étaient déjà conscientisés au travail minimum du sol. « Les terres ne sont plus labourées depuis plusieurs années chez nous. On travaille avec des loams argileux qui donnent des sols très froids au printemps. Dans les années 1990 jusqu’à la fin des années 2000, on a fait longtemps de la culture sur billons. On a essayé après le semis direct, mais ça n’a pas été un succès. Depuis quelques années, on travaille avec la déchaumeuse à l’automne et au printemps, et ça donne de bons résultats. Dans les endroits où le sol est plus compacté, comme les bouts des champs, on utilise la sous-soleuse. »

Parmi les producteurs agricoles de la Montérégie, la famille Dubuc a toujours été à l’avant-garde en termes d’équipements, comme en témoigne cette photo prise dans les années 1960.

Comme leur père à l’avant-garde en son temps, les frères Dubuc ont conservé ce côté techno. « Nous faisons de la cartographie de rendement depuis longtemps. Au début des années 2000, notre batteuse était déjà équipée de capteurs de rendement. On a mis ça de côté quand on était dans le bio parce que les données étaient erronées avec les mauvaises herbes qu’on ramassait, mais on a recommencé dès qu’on est revenus dans le conventionnel. »

Pour Dominique Dubuc, ces outils technologiques sont utiles pour aider à prendre les bonnes décisions. « Les cartes NDVI me permettent par exemple de savoir quand mon soya commence à être à maturité. Dans une zone où la végétation est moins dense, je vais aller voir si c’est une infestation de pucerons qui en est la cause. »

— Photos : gracieuseté des PGQ

Travailler avec l’IA  

Tous les tracteurs des deux entreprises sont équipés d’écrans pour suivre en temps réel les opérations comme l’avancement de la récolte, la quantité de grains récoltés et le potentiel de rendement de chaque section. « L’application des pesticides, la vitesse des vents, la température extérieure, toutes les données sont enregistrées sur des clouds. Ce sont beaucoup d’informations et on se gratte la tête parfois, mais nos agronomes ont accès à ces données pour nous aider », poursuit Dominique Dubuc. 

Le producteur agricole croit toutefois qu’avec le développement fulgurant de l’intelligence artificielle (IA), cette masse de données finira par prendre un sens. « C’est un outil qui pourra nous orienter dans certaines pistes d’amélioration. Il pourrait nous suggérer des types d’interventions au champ, de semer certaines variétés selon notre climat. Présentement, on fait des plans de match avec ce qu’on voit sur le terrain, mais il y a tellement de facteurs à considérer qui peuvent parfois nous échapper », souligne Dominique Dubuc.

« Nous avons pas mal tout le temps été une ferme qui était bien mécanisée », souligne Dominique Dubuc.

Dans une perspective à moyen terme, les frères Dubuc voudraient introduire une troisième culture dans leur rotation sans toutefois affecter la rentabilité des entreprises. « C’est un peu le défi qu’on se donne. On a déjà essayé des cultures intercalaires avec le maïs, mais ça a plus ou moins réussi parce qu’on travaille avec des variétés tardives qui font beaucoup d’ombrage. On pense peut-être faire un blé intercalaire avec le soya qu’on pourrait récolter en juillet. On veut aussi augmenter la matière organique au niveau du sol en intégrant plus d’engrais verts », conclut Dominique Dubuc, qui se dit plus en mode d’amélioration de la productivité que d’expansion pour les prochaines années.