Stéphanie B.-Naud, une championne mondiale du bûcheronnage sportif bien québécoise. Photos : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantBRIGHAM – Une agronome québécoise signe des autographes dans différents pays et se fait reconnaître autant par ses opposantes que par la foule qui assiste aux compétitions de bûcheronnage sportif. Son nom : Stéphanie Bélanger-Naud (aussi connue sous le nom de Stéphanie B.-Naud), conseillère en gestion agricole au Groupe ProConseil, en Montérégie.
La Terre s’est déplacée à Brigham, en Estrie, sur la propriété agricole de ses parents, qui lui sert de terrain d’entraînement. « Tire-toi une bûche! » dit avec humour celle qui est arrivée en première position au Wisconsin à la mi-juillet, grâce à son pointage cumulatif de cinq disciplines, ce qui la place au premier rang dans le monde.
Les compétitions de bûcheronnage les plus relevées sont aux États-Unis, où l’athlète se rend souvent. Deux compétitions de moindre ampleur ont toutefois lieu au Québec, soit à Saint-Pamphile, dans Chaudière-Appalaches et à Yamaska, en Montérégie. L’agronome a également voyagé en Europe pour y jouer de la hache et de la scie. « J’ai fait de la compétition en France pour la première fois en 2023 et quand je suis arrivée là, j’étais étonné que tout le monde me connaisse! C’est un petit monde. Quand tu performes bien dans des compétitions, les gens sont au courant un peu partout. Même des spectateurs commencent à connaître mon nom au Championnat du monde. J’ai signé des autographes et fait des petites entrevues. Ce n’est pas pour ça que je le fais, mais c’est un petit bonus », souligne-t-elle.
Une femme et ses haches
Son univers de compétition suscite l’étonnement. L’athlète scie des billots avec un godendard, cette grande scie d’époque. À la différence que celle qu’elle utilise vaut 3 000 $ la pièce. N’allons pas croire qu’il s’agit simplement d’avoir de bons bras.
Ça prend beaucoup de rotations, de hanches et de corps. Quand je finis de scier, j’ai plus mal aux jambes qu’aux bras. C’est vraiment très technique aussi. Il faut arriver avec le bon angle, il faut que tout soit bien aligné, centré avec ton corps.

Une autre discipline où elle excelle utilise un équipement plus moderne, soit une scie mécanique de 90 cc avec laquelle elle doit scier deux tranches d’un billot le plus rapidement possible. « La scie mécanique, il y a une façon de placer tes pieds pour la descendre et la remonter le plus vite possible. Il y a aussi une question d’ouïe pour garder la révolution du moteur au maximum, car si tu mets trop de pression sur la scie, tu perds de la performance. Dernière chose, il faut scier parfaitement droit, car nous avons seulement [10 centimètres] de largeur pour effectuer les deux tranches », explique-t-elle.

Elle ouvre un coffre rempli de haches tranchantes comme des lames de rasoir, chacune valant près de 800 $ la pièce. Pour ceux et celles qui ont vu ce genre de compétition à l’écran, il s’agit de trois épreuves. L’une consiste à sectionner un billot à la verticale, comme si elle abattait un arbre à la hache.
La démonstration qu’elle donne est impressionnante, avec des copeaux et des éclats de bois qui revolent ici et là. En moins de deux, les coups de hache de la bûcheronne arrivent au cœur du billot. Idem pour l’autre épreuve, lors de laquelle elle grimpe sur un billot positionné à l’horizontale, qu’elle doit sectionner à la hache, entre ses pieds.
Quand elle parle de l’importance de la technique, c’est à ce moment qu’on la croit sur parole. Non seulement chaque mouvement de hache passe près de la pointe de ses pieds, mais pour obtenir le meilleur chrono, la clé du succès demeure la précision. Elle enfile chaque coup de hache dans le trait laissé par le précédent. Quelques centimètres à gauche ou à droite du trait et l’efficacité décroît.
Ces temps-ci, elle s’entraîne à une discipline qui est offerte depuis peu aux femmes, soit la coupe à la hache sur tremplin, le springboard chop, qui consiste à créer une entaille pour y insérer une planche à l’horizontale sur laquelle l’athlète monte et coupe ensuite la tête du billot.
La lourde hache de 2,2 à 3 kilos frappe avec force et répétition sur ces billots, ce qui en fait un sport très physique et à la portée de peu de personnes.

Dépassement de soi
« J’aime ça. Ça m’amène à me dépasser, à m’entraîner, à rester en forme. Je suis quelqu’un de compétitif dans la vie, mais je ne suis pas compétitive avec les autres; je suis compétitive avec moi-même, pour me pousser mes limites, et remonter la barre. Aujourd’hui, c’est une satisfaction personnelle de voir que je suis capable de me classer au top dans le monde chez les femmes ».
Cet esprit de compétition lui vient de ses études en agriculture et en agronomie, alors qu’elle s’était inscrite dans l’équipe des woodsmen de l’Université McGill, à Montréal, où deux équipes féminines et masculines se mesuraient aux autres universités anglophones de l’Est du Canada dans ces épreuves de scie et de hache. Elle a été nommée deux années de suite la meilleure du circuit étudiant.
Aujourd’hui, entre ses 300 balles de foin et le temps qu’elle consacre à ses clients, vous la retrouverez à l’entraînement sur sa terre ou quelque part dans le monde en train de compétitionner. Et si vous désirez un autographe, sachez que les bûcheronnes comme elles respectent la tradition et signent seulement sur… des tranches de bois fraîchement sciées!

Résultats au Wisconsin
Si Stéphanie B.-Naud a terminé première au godendard à une personne au Wisconsin, à la mi-juillet, elle a aussi remporté les grands honneurs au godendard manié par deux personnes (un homme et une femme), épreuve lors de laquelle elle faisait équipe avec Maxime Mercier, le fils de son entraîneur, Jean-Pierre Mercier, de Lévis. « On a gagné, mais avec un temps qui est aussi le deuxième meilleur temps chez les hommes. Je peux te dire qu’ils n’en parlaient pas trop chez les hommes qu’une femme soit arrivée deuxième dans leur catégorie », dit-elle tout en savourant son exploit.
Des conseils pour fendre votre bois comme UNE pro
Fendre du bois de chauffage est le genre d’activité qui n’a plus vraiment de secrets pour Stéphanie B.-Naud, qui s’exerce déjà toute l’année à manier la hache. Le défi de fendre 50 bûches en une minute pour un record Guinness lui a permis de peaufiner sa technique afin d’être rapide, sans se blesser au dos.
Le premier conseil : « Il faut que la hache soit toujours centrée avec notre corps. Il y a des gens qui se prennent un élan par le côté pour lever leur hache, mais c’est plus efficace si tu la lèves face à toi, et l’autre main qui lève la tête de la hache en glissant la main sur le manche. Il faut lever la tête de la hache le plus haut possible, tout en gardant le manche perpendiculairement au sol, avec les bras pleinement extensionnés. »
Lorsqu’il est temps de descendre la hache, elle recommande, pour aller chercher le maximum de force, de le faire en engageant tout le corps, avec les genoux qui fléchissent pour accroître la puissance du mouvement. Fait particulier, dans son mouvement où elle descend la hache, celle-ci demeure perpendiculaire au sol le plus longtemps possible. C’est juste à la dernière seconde qu’elle ramène la lame de la hache vers la bûche de sorte que le talon de la hache entre dans le bois en premier selon un mouvement rotatif.

Elle précise qu’il ne faut pas frapper au centre de la bûche avec la pleine lame de la hache, ce qui cause plus de résistance. Le premier coup qu’elle donne est souvent avec une partie de la lame qui demeure à l’extérieur de la bûche afin de faire pénétrer davantage l’outil.
La bûcheronne ne conseille pas non plus de fendre une bûche directement sur le sol, car il absorbe une partie de l’énergie de l’élan. Placer une autre bûche sous celle que nous voulons fendre empêche cette perte de puissance et a l’avantage de rehausser la hauteur de travail pour faciliter les mouvements, dit-elle.
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