Le rapport du CIRANO révèle que les retombées économiques de l’exploitation acéricole sont supérieures à celles de la récolte et la transformation de feuillus durs dans les érablières publiques du Québec. Photo : Martin Ménard/Archives TCN
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S'abonner maintenantUn rapport de comparaison publié en juin par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) révèle que les retombées économiques de l’exploitation acéricole sont supérieures à celles de la récolte et la transformation de feuillus durs dans les érablières publiques du Québec. En adéquation avec l’engagement du gouvernement provincial de conserver 30 % de son territoire d’ici 2030, les auteurs – Maurice Doyon, professeur titulaire au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval, et l’étudiant dont il a supervisé le stage de maîtrise, l’agronome Benjamin Roy – préconisent que le territoire acéricole en forêts publiques fasse l’objet de mesures de conservation.

Les érablières en forêt publique sont au cœur de tensions entre les secteurs forestiers et acéricoles. L’absence de limitations liées à un cadastre en fait des peuplements prisés par les acériculteurs, car cela permet d’exploiter, en moyenne, des lots de 19 000 entailles dans les terres du domaine de l’État, contre près de 6 000 entailles dans les boisés privés. Pour le secteur forestier, l’érable à sucre est une essence prisée pour la fabrication d’armoires, de meubles, de revêtements de sol, de moulures, de placages et de divers objets de décoration intérieure.
Le stage de Benjamin Roy a été financé en majorité par des fonds de recherche personnels non dédiés de Maurice Doyon, ainsi que par une bourse des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ).
100 hectares
Pour comparer les retombées économiques des deux secteurs, les auteurs se sont basés sur une forêt de feuillus de 100 hectares avec une densité moyenne de 180 et de 220 entailles par hectares (rendement de 3,59 lb de sirop par entaille générant des revenus de 3,06 $/lb sans les programmes). Ils ont fait des comparatifs basés sur des hypothèses de récolte de 70 m3 de feuillus par hectare et de 45 m3 par hectare. La temporalité, le taux d’actualisation et les activités hors Québec ont également été pris en compte dans les calculs. Les retombées économiques liées aux investissements ainsi que les redevances n’ont pas été incluses dans les comparaisons.
Meilleures retombées acéricoles
Tous les scénarios étudiés ont démontré de plus grandes retombées économiques pour l’exploitation acéricole, même lorsque le scénario le moins favorable à l’acériculture est comparé au scénario le plus favorable au secteur du feuillu dur. « Cette dominance à la marge de l’acériculture indique qu’une allocation optimale [des garanties d’approvisionnement] devrait favoriser l’acériculture devant le secteur des feuillus durs », lit-on dans le rapport. Rappelons qu’en mai, la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette-Vézina, a annoncé l’octroi de 50 000 ha aux acériculteurs en forêt publique pour les 20 prochaines années.
De plus, la production acéricole s’est accrue de 339 % en 30 ans, alors que la consommation de feuillus durs par l’industrie a connu une hausse de moins de 4 % sur la même période. En fait, la consommation du bois d’érable a diminué de 18 % en près de 10 ans au Québec (entre 2023 et 2014) et, depuis les cinq dernières années, une moyenne de 37 % de la consommation totale de bois d’érable provient de l’extérieur du Québec.
D’ailleurs, les auteurs précisent que la production de sirop, qui génère 75 % des retombées économiques totales de l’acériculture, ne pourrait pas être délocalisée, car le Québec est le principal producteur mondial de sirop d’érable, et la présence d’érables à sucre à des endroits où les conditions météo permettent d’en produire est très limitée. À l’inverse, la transformation des feuillus durs, qui génère 85 % des retombées économiques total du secteur, pourrait être substituée par des importations de produits transformés, qui atteignent 30 % en ce moment.
Pour toutes ces raisons, les auteurs concluent qu’une avenue à envisager est « certainement » celle de la conservation des érablières en forêt publique. En effet, les activités acéricoles permettraient de respecter les objectifs de conservation de Québec de protéger 30 % de son territoire d’ici 2030.