Forêts 26 décembre 2025

Les acériculteurs veulent la fin du « monopole » des groupements forestiers

Les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ) estiment que la gestion des subventions de l’État et l’aménagement des forêts privées sont sous l’emprise du monopole des 34 groupements forestiers. Ils ont voté une résolution demandant au ministère des Ressources naturelles et des Forêts de mettre fin à ce monopole allégué et exigent une refonte de la répartition de l’aide financière à l’aménagement forestier. 

Le directeur général de Groupements forestiers Québec ne comprend pas cette offensive des PPAQ et juge que leur résolution adoptée le 27 novembre, à Lévis, témoigne d’un manque de connaissance du modèle d’affaires des groupements forestiers, qui appartiennent à 29 000 propriétaires de forêts privées.

Pris en otage

Les groupements forestiers sont des organismes qui effectuent les travaux d’aménagement en forêt et, depuis 2012, le gouvernement leur confie 75 % ou plus des nouveaux budgets de subventions consacrées à la forêt privée. 

À l’assemblée générale semi-annuelle des PPAQ, l’acériculteur Jeannot Beaulieu en était un qui tenait mordicus à voter en faveur de la résolution, lui qui est également très actif dans la production de bois avec 1 300 hectares de forêts possédés, avec sa famille, dans le Bas-Saint-Laurent. « Les propriétaires de forêt privée, on est pris en otage. On ne peut pas choisir un autre agent livreur [qui soit une firme autre que les groupements pour planifier et réaliser les travaux forestiers], car les autres ont juste 25 % des budgets. En plus, les groupements sont en conflit d’intérêts. Ils achètent eux-mêmes des lots forestiers, ils viennent en compétition avec nous et, ensuite, ils font de l’aménagement sur leurs lots à même les subventions, avec l’argent public. Même si j’ai transféré mon exploitation à ma fille et mon garçon, je vais continuer à me battre. Je ne peux pas laisser cette production en anarchie », exprime-t-il. 

M. Beaulieu ajoute que les groupements se gardent une part des subventions pour la préparation des travaux et leur réalisation. S’ils n’étaient pas dans une situation monopolistique et que les producteurs pouvaient choisir la firme de leur choix, il y aurait plus de compétition et l’argent serait mieux utilisé, estime-t-il.  

Gouvernance auditée

Le directeur général de Groupements forestiers Québec, Vincent Garneau, rétorque, d’une part, que les groupements sont la propriété des propriétaires forestiers et que le conseil d’administration de chaque groupement est composé de propriétaires qui s’assurent de mettre de l’avant les intérêts des propriétaires. D’autre part, l’entente avec le gouvernement qui leur a conféré la gestion de la majorité des subventions prévoit aussi une importante structure de gouvernance afin de s’assurer que l’argent des programmes gouvernementaux est bien administré et que tous les propriétaires y ont accès équitablement. 

« Le ministère audite les groupements pour qu’on puisse montrer patte blanche. L’État peut sanctionner un groupement [qui affiche une mauvaise gouvernance]. Il y a aussi un autre mécanisme, les agences [régionales de mise en valeur des forêts privées]. Par leurs bilans de performances, elles peuvent pénaliser un conseiller ou un groupement. Il y a plusieurs filtres en place », souligne M. Garneau. Concernant l’achat de terres par certains groupements, le directeur mentionne qu’il ne s’agit pas d’une pratique courante. L’achat de lots peut offrir de la stabilité à des groupements, mais aucun d’eux ne veut, selon lui, effectuer une transaction qui concurrencera ses propriétaires. 

Un conseiller forestier indépendant du sud du Québec, qui a requis l’anonymat, a affirmé à La Terre que les groupements, en ayant la majorité des budgets, représentent une concurrence déloyale pour son entreprise. Il ajoute que plusieurs groupements disposent de leurs propres machineries forestières et ne prioriseront pas de diriger l’argent des programmes vers des producteurs qui possèdent leur propre équipement. 

Il propose que l’attribution des subventions soit calquée sur celle des réseaux Agriconseils en agriculture, où l’aide financière est accessible pour tous les agriculteurs, peu importe l’organisme conseil qu’ils choisissent. La résolution des PPAQ demande aussi la même chose. Vincent Garneau signifie que l’une des forces des groupements consiste à utiliser les profits des groupements pour en faire bénéficier directement ses 29 000 propriétaires et favoriser le développement socio-­économique des régions. À l’inverse, il souligne que les firmes privées et les conseillers indépendants ne redistribuent pas leurs bénéfices.

Et les bureaux d’enregistrement des syndicats?

La résolution des PPAQ dénonce aussi la volonté du ministère des Ressources naturelles et des Forêts de confier l’enregistrement du statut de producteur forestier aux ingénieurs forestiers, éliminant ainsi les bureaux d’enregistrement gérés par les syndicats des producteurs forestiers, un organisme syndical allié des PPAQ. Vincent Garneau assure que les groupements ne prônent pas l’abolition des bureaux. Il croit cependant que le processus d’enregistrement pourrait être optimisé et Groupements forestiers Québec donnerait son appui aux syndicats.

Globalement, son équipe et lui demeurent surpris et déçus de la résolution des PPAQ, dont plusieurs passages leur paraissent erronés. « Ça démontre aussi qu’il y a de la job de communication à faire », dit-il. En des temps difficiles pour la foresterie québécoise, en raison des tarifs douaniers américains, il insiste pour dire que le milieu n’a surtout pas besoin d’une guerre interne, mais plutôt de se comprendre et de travailler ensemble.