Forêts 27 mai 2026

Des engagements demandés pour la forêt privée

RIVIÈRE-DU-LOUP – À l’approche de la prochaine campagne électorale, l’Union des producteurs agricoles (UPA) et la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) entendent forcer les partis politiques à se positionner sur ce qu’elles qualifient de concurrence déloyale exercée par la forêt publique envers les producteurs de bois de la forêt privée.

Réunis en conférence de presse le 27 mai, à Rivière-du-Loup, les représentants des deux organisations ont dénoncé le projet de loi 11, qui doit modifier les règles d’attribution et de fixation du prix du bois provenant des forêts publiques. Selon eux, cette réforme, déposée sans véritable consultation des producteurs forestiers privés, risque d’accentuer un déséquilibre déjà bien installé dans le marché du bois.

« Assez, c’est assez », a lancé le président général de l’UPA, Martin Caron, en rappelant que la forêt privée constitue un pilier économique pour les régions. Au Québec, les lots boisés de 162 900 propriétaires forestiers représentent 36 % de la possibilité forestière, mais seulement 23 % des approvisionnements de l’industrie. Leurs activités génèrent pourtant 4,7 G$ en retombées et soutiennent 24 300 emplois.

Compléter vs concurrencer

Au cœur de la sortie publique se trouve le principe de résidualité, inscrit dans la loi depuis les années 1980, selon lequel le bois de la forêt publique devrait compléter l’approvisionnement provenant de la forêt privée, et non le concurrencer. Or, selon la FPFQ, ce principe est de moins en moins respecté.

Le président de la FPFQ, Gaétan Boudreault, estime que le projet de loi 11 rendra le bois public « artificiellement moins cher », notamment par l’abolition de mécanismes servant à établir sa valeur marchande.

Nous demandons une chose simple à l’État : qu’il vende son bois, pas qu’il le donne.

Gaétan Boudreault

Pour André Roy, premier vice-président de la FPFQ, les producteurs privés se retrouvent dans une position intenable. « Quand l’industrie peut s’approvisionner en bois public à bas prix, elle exerce une pression directe sur les prix offerts aux producteurs privés », dit-il. M. Roy ajoute que les producteurs doivent pourtant assumer leurs taxes municipales, leurs frais de récolte, de transport et d’aménagement, sans bénéficier des mêmes mesures que celles associées à la forêt publique.

Production difficile

Pierre Lemieux, producteur forestier de quatrième génération à Cap-Saint-Ignace et deuxième vice-président de la FPFQ, a livré un témoignage particulièrement concret. Il affirme que la hausse des coûts – taxes municipales, carburant, main-d’œuvre et transport – rend la production de plus en plus difficile. « Ce n’est plus vivable comme propriétaire », a-t-il dit, dénonçant aussi le manque de transparence dans la nouvelle façon de fixer les redevances du bois public.

L’UPA et la FPFQ adresseront un questionnaire commun à toutes les formations politiques. Elles veulent savoir si les partis s’engagent à prioriser le bois de la forêt privée, à protéger les marchés, à soutenir les producteurs dans la crise actuelle et à réduire le fardeau réglementaire.