Chevaux 29 mai 2026

Un recensement privé sonne l’alerte pour le cheval Canadien 

SAINT-HYACINTHE – Le déclin de la population du cheval Canadien n’est pas nouveau, mais les données préliminaires d’un recensement privé effectué présentement par la Société des éleveurs de chevaux Canadiens sonnent l’alerte : seuls 166 sujets ont été enregistrés en 2025 et 69 naissances ont eu lieu. En comparaison, vingt ans plus tôt, en 2005, il y avait 554 chevaux enregistrés et 122 naissances.  

« On dit qu’en dessous de 200 naissances par année, une race est en danger. Et nous, on est à 69 bébés environ. On est loin du point », dit Katy Harrouart, présidente de la Société des éleveurs de chevaux Canadiens, rencontrée au Salon du cheval du Québec, le 22 mai, à Saint-Hyacinthe.

Le Québec est l’endroit où se retrouve historiquement le plus grand nombre de chevaux Canadiens. Lors du recensement de 2013, le territoire québécois comptait 2 456 Canadiens officiellement répertoriés, un nombre qui a fondu à 1 600 individus en 2025, indiquent les résultats préliminaires du recensement. 

Non seulement le nombre de quadrupèdes de cette race diminue dangereusement, mais ils vieillissent. L’âge moyen des chevaux Canadiens atteignait 11,36 ans lors du recensement de 2013. « La moyenne d’âge présentement, c’est rendu de 16 ans. Un cheval, ça vit de 25 à 30 ans, alors on arrive dans un creux de vagues, où il y a peu de naissances pour remplacer tous les chevaux qui vieillissent et meurent. La dénatalité, c’est vraiment un problème pour la race », avertit Mme Harrouart, qui possède, avec son conjoint, l’Écurie Sarrabelle, un élevage de 17 Canadiens à Wickham, dans le Centre-du-Québec.

La difficile recherche des chevaux perdus

La Société des éleveurs de chevaux Canadiens, qui est l’association qui s’occupe des registres de races, a commencé son propre recensement au début de l’année au Québec, au Canada, aux États-Unis et même en Europe, où se trouvent quelques sujets. 

Les bénévoles de la Société devaient retracer les 8 241 sujets présents dans les registres pour les différentes régions du monde, afin de vérifier s’ils existent toujours. Après avoir appelé les propriétaires et effectué des recherches sur Facebook pour retracer les animaux et leurs maîtres, seuls 2 854 chevaux Canadiens ont été retrouvés au Québec et ailleurs jusqu’à maintenant. 

Le recensement se poursuit pour les autres régions du globe, sans grandes attentes, souligne Katy Harrouart. Cela signifie qu’environ 5 000 chevaux Canadiens sur les 8 241 sont perdus, ou morts, se désole Claude Richer, secrétaire-trésorière de la Société, qui a personnellement effectué bon nombre d’appels. Plusieurs propriétaires disent que leurs chevaux ont été vendus, alors qu’ils ont été envoyés à l’abattoir. « Nous ne sommes pas dans le jugement. Quand vous avez un cheval Canadien qui décède, appelez-nous. Ça ne coûte rien », affirme Mme Richer. 

Dans certains cas, ce sont les éleveurs qui sont morts. Leur succession n’ayant pas d’intérêt, elle a vendu les chevaux sans faire suivre les papiers d’enregistrement des bêtes aux nouveaux acheteurs.

L’autre problème sur lequel on travaille, et auquel nous sommes confrontés, c’est justement que des chevaux n’ont plus de papiers. Une personne peut dire qu’elle possède un cheval Canadien, mais sans papiers, elle ne peut prouver qu’il s’agit d’un pure race et non d’un cheval Canadien croisé avec un Percheron, par exemple.

Katy Harrouart

Redresser la race

Bonne nouvelle, dit-elle : les éleveurs qui restent et les nouveaux propriétaires de chevaux portent davantage attention à l’importance d’enregistrer leurs bêtes, ce qui permettra d’obtenir des registres plus fiables. L’autre bonne nouvelle, ajoute-t-elle, c’est que les éleveurs restants s’efforcent de produire des animaux de plus grande qualité, afin de redorer le blason de la race. 

« On va se le dire, le cheval Canadien a mauvaise réputation au Québec. Les gens le trouvent têtu et vont aller acheter un Warmblood [races importées], alors que le cheval Canadien serait parfait pour eux autant en randonnée qu’en  attelage, en dressage ou en cowboy extrême », assure Mme Harrouart.