Chevaux 12 décembre 2025

Au petit trot s’en va le cheval avec son attelage

L’attelage du cheval en hiver est une pratique ancestrale bien imprégnée dans la tradition québécoise, notamment avec l’image de l’arrivée à la messe de minuit en traîneau. S’il est devenu plutôt rare de voir les chevaux attendre à côté de l’église aujourd’hui, les promenades hivernales restent populaires chez de nombreux adeptes de l’attelage, pour qui cette activité représente un moment de détente, surtout pendant la période des Fêtes.

Le bruit des pas du cheval et celui des lames du traîneau glissant sur la neige font partie des éléments qui rendent ces promenades apaisantes, « presque magiques », décrit avec passion Gustave Bouchard, un spécialiste de l’attelage et du dressage des chevaux de race Canadienne, qui prend toujours soin d’ajouter des grelots au harnais de ses animaux pendant l’hiver. 

Selon lui, cette saison reste la meilleure pour travailler avec le cheval, « surtout après les grosses bordées de neige », insiste l’agriculteur d’Alma, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Pour lui, ces sorties ravivent également de beaux souvenirs d’enfance.

« C’est peut-être aussi à cause du père Noël et de ses rennes qu’on associe le traîneau tiré par les chevaux au temps des Fêtes », signale de son côté Lynda Deschênes, qui a hérité de la passion de son père pour le dressage des chevaux. « Chaque année, on faisait une balade en traîneau rouge tiré par notre jument pour se rendre chez ma grand-mère. C’était une tradition la journée de Noël », raconte celle qui est instructrice certifiée en attelage et membre de la Société d’attelage de l’Abitibi-Témiscamingue.

Gustave Bouchard, qui s’intéresse à l’attelage depuis 1998, estime que l’hiver est la meilleure saison pour travailler avec le cheval, surtout après les grosses bordées de neige. Photo : Gracieuseté de Gustave Bouchard
Gustave Bouchard, qui s’intéresse à l’attelage depuis 1998, estime que l’hiver est la meilleure saison pour travailler avec le cheval, surtout après les grosses bordées de neige. Photo : Gracieuseté de Gustave Bouchard

Cette tradition tend toutefois à disparaître, remarquent les deux experts, en raison des routes achalandées qui augmentent les risques. En effet, les calèches ou les traîneaux dans les rues posent des enjeux en ce qui concerne l’assurance, la responsabilité civile et la cohabitation avec le nombre croissant de véhicules. « Et quand on se promène en ville, on doit aussi être conscients qu’il faut ramasser les déjections ou utiliser un sac de transport, car le crottin n’est plus vu comme un fertilisant, mais comme une nuisance », souligne Gustave Bouchard.

Ceux qui ont de vastes terres, comme les producteurs agricoles, peuvent encore sortir les traîneaux et les chevaux sans contraintes pour profiter de longues balades dans les champs. 

Les clubs de randonnée équestre affiliés à Cheval Québec maintiennent aussi des sentiers suffisamment larges pour permettre la pratique du traîneau, mentionne Catherine Levasseur, directrice des communications chez Cheval Québec. Ces sentiers sont partagés entre les cavaliers en selle et les meneurs en attelage. 

Mme Levasseur remarque que, depuis la pandémie de COVID-19, il y a même un regain d’intérêt pour ce genre d’activités en plein air, qui permet « de reconnecter avec la nature, sans le bruit des moteurs ». Une expérience qui rappelle l’ambiance décrite par la chanson Promenade en traîneau (version française de Sleigh Ride), dont ses paroles bien connues qui vont comme suit :  Au petit trot s’en va le cheval avec ses grelots; Et le traîneau joyeusement dévale à travers les côteaux…  

Pas inné pour le cheval

« Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’attelage n’est pas un comportement inné chez le cheval. Il faut donc un minimum de conditionnement pour l’habituer à tirer et à accepter le poids derrière lui », précise Catherine Levasseur, directrice des communications chez Cheval Québec.

Pour ce faire, on peut commencer par attacher des objets inoffensifs « pour que le cheval comprenne qu’il n’y a aucun danger à l’arrière », suggère Gustave Bouchard, qui recommande avant tout la patience, puisqu’il faut « un bon mois pour dresser un cheval à l’attelage ». Les autres étapes vont de l’acceptation du harnais et du mors jusqu’à la compréhension des allures (le trot, le galop, l’arrêt et le reculon).

Lynda Deschênes suggère pour sa part d’être au minimum deux personnes (un meneur et un navigateur) pour contrôler le cheval et la voiture, en cas d’imprévu.  Selon elle, n’importe quel cheval peut être éduqué pour ce loisir, même les ânes.

Certaines races très rapides, comme le Quarter Horse et le Dutch Harness, sont plus efficaces pour ceux qui souhaitent faire des compétitions (voir l’encadré), signale Mme Levasseur. 

De loisir à sport « extrême » sur glace

Les compétitions de course sur glace ou sur neige (derby d’attelage) ont amené les petites promenades en traîneau à un stade compétitif de haut niveau. Il s’agit d’une discipline exclusivement québécoise, considérée comme un sport extrême, qui a été organisée pour la première fois dans le cadre du Carnaval de Québec, sur les plaines d’Abraham, en 2004, mentionne Cheval Québec. Un meneur doit faire courir un équipage de chevaux sur un parcours d’obstacles prédéterminé dans le meilleur temps possible. La vitesse, la maniabilité, l’obéissance, la flexibilité et l’endurance des chevaux sont mises à l’épreuve. Les traîneaux de compétition sont ultra-performants, plus légers (fibre de carbone, aluminium) avec des freins et une technique de glisse améliorée, mentionne Catherine Levasseur, directrice des communications de l’organisation. 

Source : Cheval Québec