La génisse Jasmine a été la meilleure amie de Laetitia Brouard pendant une période cruciale de son adolescence. Photos : Marion Beylich
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S'abonner maintenantVARENNES – L’adolescence de l’éleveuse Laetitia Brouard a été difficile. Son point d’ancrage, durant ces années tumultueuses, se nommait Jasmine, une fidèle génisse partie trop tôt, mais dont les bienfaits psychologiques ont été si précieux pour la jeune femme qu’elle offre, depuis trois ans, un service de zoothérapie bovine. « Elle m’a sauvé la vie, carrément », mentionne l’éleveuse de 22 ans, qui possède un troupeau bovin de Blanc Bleu Belge, à Varennes, en Montérégie.
À 14 ans, Laetitia buvait, consommait du cannabis, entrait dans les bars par la porte de derrière et avait des fréquentations peu enviables. Dans tout ce tumulte, cette ado de la ville – qui s’est découvert une passion pour le milieu agricole après le visionnement d’une émission de télévision sur le métier d’encanteur lorsqu’elle avait 10 ans – s’est prise d’affection pour une génisse que son employeur, un producteur laitier de la région, souhaitait envoyer à l’encan. Du haut de ses 14 ans, elle lui a proposé de l’acheter et ç’a été le début d’une grande amitié.
Partout, dans les étables où j’ai travaillé, je l’ai traînée avec moi. Depuis qu’elle était toute petite, on partait le soir marcher et on faisait le tour des champs pendant deux heures.
La lune de miel a duré quatre ans, jusqu’à ce que Jasmine mange un clou dans un champ qui a perforé son estomac et provoqué une infection.
Sa meilleure amie à Guelph
En raison d’une épidémie de diarrhée virale bovine qui sévissait à l’époque, Jasmine n’a pu être envoyée à Saint-Hyacinthe. « J’ai dit au vétérinaire : “Il ne faut pas la perdre. C’est ma meilleure amie.” Et il a fini par accepter de l’envoyer à l’hôpital vétérinaire de [l’Université de Guelph] », mentionne l’éleveuse. Elle a embarqué sa vache dans une remorque et a roulé environ huit heures vers cette ville ontarienne située près de Toronto. « Dans ma tête, ce n’était même pas pensable de la faire euthanasier. Ça ne se pouvait pas qu’elle meure; c’est comme si elle [avait toujours été] invincible », soutient-elle.
Une dizaine de personnes les attendaient à leur arrivée, en pleine nuit. Ç’a été la dernière fois que Laetitia a vu Jasmine vivante. Au bout de huit jours d’hospitalisation et d’innombrables efforts pour la sauver, Jasmine a été euthanasiée. L’adolescente a pleuré toutes les larmes de son corps.

Droit chemin
Depuis quatre ans, les cendres et les identifiants de la vache sont précieusement conservés dans un bac qui orne un coin de la chambre de Laetitia, qui jure qu’elle ne s’en séparera jamais.
« Ma vie n’allait pas bien dans ce temps-là, et ce n’est pas tous les jeunes qui ont ça, mais [cet évènement-là] a vraiment été un déclencheur dans ma vie, et c’est ça qui m’a ramenée sur le droit chemin », explique celle qui n’a plus consommé d’alcool ou de drogue depuis ce jour.
Et je me suis dit que si elle a été capable de me faire autant de bien dans la vie et de me ramener sur le droit chemin, c’est sûr que ça peut faire du bien aux autres.
Deux des bovins acquis au moment de démarrer son élevage, un an plus tard, sont consacrés, depuis, à la zoothérapie. Les jumeaux Jules et Owen ont un tempérament tranquille avec les enfants et ont été entraînés à être attelés, notamment. Depuis trois ans, ils ont été emmenés dans des Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), des écoles, des marchés publics, des garderies, etc.
Et les histoires touchantes avec les jumeaux sont nombreuses. Owen a notamment aidé un enfant autiste non verbal à trouver l’usage de la parole. Il a également accompagné une dame malade en fin de vie. « C’était en 2022, elle était en fin de vie avec de l’Alzheimer et un cancer. Deux semaines avant qu’elle décède, j’avais emmené Owen à la demande de son fils. Elle avait la main sur ses naseaux, elle shakait et les larmes coulaient. Elle ne pouvait plus parler, mais les larmes coulaient toutes seules, souligne Laetitia. C’est là que son gars m’a dit qu’elle avait grandi dans une ferme et que les souvenirs devaient lui remonter. Ayoye! Même moi, j’ai du mal à contenir mes émotions quand il y a des affaires comme ça et je me suis dit que c’était pour ça que je faisais ça. »