Bovins 23 janvier 2026

Les résidus de bleuets, un potentiel à exploiter?

Les bovins – et, par ricochet, la viande qu’ils produisent – pourraient-ils profiter des bienfaits des antioxydants du bleuet, si ce petit fruit était intégré à leur alimentation comme coproduit? Cette question est au cœur d’un projet de recherche en cours à l’Université Laval. 

« Il y a du potentiel », croit le professeur adjoint à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation à l’origine du projet, Rodolpho Martin Do Prado.   

Je ne vais pas révolutionner la filière des bouvillons d’abattage avec l’utilisation des résidus du bleuet sauvage. Mais je pense que ça peut ajouter une option pour les producteurs.

Rodolpho Martin Do Prado

Avec son projet de recherche, le professeur, qui a quitté son Brésil natal pour le Québec il y a trois ans, veut vérifier si un transfert des antioxydants du petit fruit s’effectue vers la viande. Le cas échéant, cela pourrait contribuer à améliorer la qualité de celle-ci, voire son goût, avance-t-il. 

Lancé en 2024, le projet de recherche, baptisé « Bœuf aux bleuets du Québec », doit s’échelonner sur une période de quatre ans. Il jouit de l’appui de plusieurs intervenants de l’industrie, dont les Producteurs de bovins du Québec et Agrinova. 

Il profite en outre d’une aide financière du Programme d’Innovation bioalimentaire du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, souligne Rodolpho Martin Do Prado. 

Nombreuses analyses

Également partenaires de l’initiative, deux producteurs de bleuets sauvages du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont fourni des échantillons (résidus de fruits déclassés, avec tiges et feuilles). Un travail de caractérisation chimique de cette matière première est en cours. Cela permettra notamment de déterminer dans quelle proportion l’inclure à l’alimentation des animaux. 

Le travail se poursuivra, dans une prochaine phase, au Centre de recherche en sciences animales de Deschambault (CRSAD), précise le professeur spécialisé en microbiologie du rumen, ce grand compartiment de l’estomac des ruminants. 

« Des résidus de bleuets seront incorporés à la diète de 50 animaux en finition pour voir si les performances se maintiennent », explique-t-il. 

Des analyses de divers types seront effectuées en cours de route sur les bovins, dont des mesures de méthane (les tanins du bleuet pourraient réduire ce gaz à effet de serre), et ultimement sur la viande (incluant des tests de goût).

Le professeur adjoint à l’Université Laval souhaite en outre vérifier si cette option pourrait entraîner une réduction des coûts de production, afin de favoriser une « filière bovine durable ». « Les producteurs vont avoir les informations nécessaires pour décider si ça vaut le coup », dit-il. 

Selon lui, si les résultats sont concluants, ce « bœuf aux bleuets » pourrait également avoir une valeur ajoutée pour le consommateur, en plus de contribuer à valoriser une matière première locale. 

« Le Québec a une forte présence agroalimentaire, fait valoir Rodolpho Martin Do Prado. Je pense qu’il faut trouver des façons d’utiliser ce qui provient de cette industrie. »