Bovins 14 février 2025

Les enclos d’hivernement : que des bénéfices

Les avantages sont nombreux pour les éleveurs de bovins d’aménager dans les règles de l’art un enclos d’hivernement sur sol gelé. « C’est un investissement qui va s’avérer grandement profitable », explique Véronique Gagnon, ingénieure au bureau régional du MAPAQ, à Victoriaville. L’ingénieure a d’ailleurs passé en revue les avantages de tels aménagements et les façons de les réaliser devant des dizaines d’éleveurs qui ont assisté aux rencontres INPACQ, organisées par le MAPAQ, tenues récemment à Princeville et Yamachiche.

« Les gains sont énormes autant au plan environnemental que pour la santé du troupeau et pour faciliter le travail des éleveurs », dit-elle.

Les bovins sont bien à l’extérieur s’ils sont maintenus dans un enclos bien aménagé qui assure leur bien-être.

Les changements climatiques avec les gels, les dégels et les redoux plus fréquents peuvent compromettre le bien-être des animaux sur un terrain qui n’est pas aménagé convenablement.

Véronique Gagnon, ingénieure au bureau régional du MAPAQ à Victoriaville
Plusieurs dizaines de producteurs ont manifesté de l’intérêt pour l’aménagement d’enclos d’hivernement. Photo : Pierre Saint-Yves

Au cours de ses présentations, Véronique Gagnon a présenté trois modèles d’aménagement réalisés par des producteurs de l’Estrie et du Centre-du-Québec, dont ceux construits en 2022 pour environ 150 bêtes à la ferme La Paysanne dans la petite municipalité de Bury, en Estrie. Les propriétaires,
Sylviane Bégin et son père Yvon, ont construit trois enclos avec les aménagements essentiels : chemin d’accès, enclos nivelés, ensemencement d’une bande végétative filtrante, construction d’une dalle de béton pour l’aire d’alimentation et aménagement d’aire de couchage en sable.

Selon Véronique Gagnon, le succès d’un tel projet repose sur une préparation adéquate qui commence par le choix du site, la superficie par animaux (pour la mangeoire et les aires d’élevage), le choix et la gestion des composantes (abreuvoir, brise-vent), le choix de matériaux, la gestion des aires à portance améliorée (alimentation et couchage), la gestion des dates d’entrées et de sorties des animaux et l’utilisation d’une quantité maximale de litière.

Les éleveurs de bovins ont tout à gagner à aménager un enclos d’hivernement selon l’ingénieure Véronique Gagnon du MAPAQ. Photo : Pierre Saint-Yves

Des règles à respecter

Pour réussir leur projet et garantir l’efficacité de leurs aménagements, les éleveurs doivent en faire une planification réfléchie en respectant un certain nombre de facteurs. 

Rien d’étonnant à ce que le choix de l’emplacement de l’enclos figure en tête de lice. Bien sûr, le lieu choisi doit respecter les règlements sur les distances des cours d’eau et des puits (voir Règlements sur les exploitations agricoles) et devrait idéalement être situé face au sud. L’enclos aura une pente de 2 % à 7 % sur un sol ayant une bonne qualité de drainage et un sous-sol peu perméable.

L’aire d’alimentation, sur dalle de béton, tout comme l’aire de couchage devraient être conçues avec une portance améliorée, pour donner aux animaux les conditions optimales et éviter qu’ils pataugent dans un sol boueux.

« Il ne faut pas oublier que les animaux qui doivent se déplacer dans la boue dépensent plus d’énergie, rappelle Véronique Gagnon. « Ils risquent alors de moins bien se nourrir et par conséquent d’avoir moins de gain de poids. »  

L’installation d’un brise-vent assure également la protection des animaux. 

L’aménagement d’une bande végétative filtrante et la construction d’un fossé d’interception permettent aussi de faire des gains environnementaux importants en évitant la dispersion des eaux contaminées.

Une partie des aménagements de la ferme La Paysanne avec la dalle de béton construite dans l’aire d’alimentation des enclos d’hivernement. Photo : Gracieuseté de la ferme La Paysanne

Une adaptation à considérer

Véronique Gagnon rappelle que la gestion du troupeau dans l’enclos d’hivernement requiert également une certaine adaptation de la part des
éleveurs. Ils doivent notamment déterminer les dates d’entrée et de sortie du bétail, prévoir le déplacement du brise-vent si amovible, planifier la
fréquence du nettoyage, assurer l’épandage régulier de litière et prévoir le nettoyage en profondeur pour récupérer le fumier. 

« Il y a un apprentissage à faire et j’évalue que ça peut prendre deux à trois ans pour qu’un éleveur maîtrise bien la gestion de ces enclos. »

Par ailleurs, l’ingénieure du MAPAQ recommande fortement aux éleveurs de consulter et visiter d’autres éleveurs qui ont aménagé un enclos d’hivernement.

Il est important que les producteurs voient d’autres installations, questionnent d’autres éleveurs sur ce qu’ils considèrent être un bon coup ou un mauvais et ainsi pouvoir se faire une idée précise des aménagements souhaités.

Véronique Gagnon

Pour les éleveurs qui hésitent à investir plusieurs dizaines de milliers de dollars dans de tels aménagements, Véronique Gagnon rappelle que ces projets sont admissibles aux programmes de subventions Prime Vert à 70 % jusqu’à concurrence de 75 000 $. Un grand nombre de travaux et d’aménagements y sont admissibles comme, l’excavation et les remblais, les chemins d’accès, les planchers et toitures de l’aire d’alimentation, le matériel pour améliorer la portance, les clôtures, les barrières et la canalisation d’eau. 

Les éleveurs peuvent aussi profiter d’une aide de la Financière agricole du Québec (FADQ) par son Programme Investissement Croissance Durable (PICD). 

Le bien-être des animaux, et des humains

La Terre s’est entretenu avec Sylviane Bégin, de la ferme La Paysanne, afin de comprendre ce qui avait poussé l’entreprise à investir dans des enclos d’hivernement.

Q : Pourquoi avoir investi plusieurs dizaines de milliers de dollars dans des enclos d’hivernement?

R : « On a fait ces aménagements pour le bien-être des animaux et aussi pour notre bien-être, explique Sylviane Bégin. Avant, les animaux étaient au champ et les installations n’étaient pas aménagées pour les conditions hivernales. Il fallait, par exemple, que je transporte l’eau chaude plusieurs fois par jour pour dégeler les abreuvoirs. C’était la misère! Et le troupeau a grossi au cours des années donc ça demandait des améliorations. »

Q : Les résultats sont ceux que vous espériez?

R : « J’ai beaucoup gagné en efficacité et en sécurité. Entrer dans l’enclos pour nourrir des animaux qui ont faim, ça comporte toujours des risques. Maintenant, je les nourris de l’extérieur de l’enclos dans l’aire d’alimentation. Et avec l’ajout récent d’un hache-paille, je n’ai plus à dérouler les balles, souligne Mme Bégin. Ça me demandait de dérouler à bras les balles de foin jusqu’à cinq fois par jour. Mes épaules m’en remercient! Donc ç’a été un apprentissage de nourrir les bêtes autrement. »

Q : Êtes-vous d’accord avec les experts qui disent que l’adaptation à la gestion de ces nouvelles installations peut prendre deux à trois saisons?

R : « Oui, c’est mon troisième hiver et l’adaptation n’est pas finie, dit-elle. Il faut toujours déterminer le bon moment pour installer les bêtes dans l’enclos en tenant compte du moment où le sol sera gelé. Je ne veux pas les installer dans un sol boueux. Il faut aussi bien gérer le nettoyage des enclos en tenant compte des périodes de gel et dégel.

La consommation de paille est aussi un défi parce que j’en utilise plus pour le bien-être des animaux et je veux garder de la paille pour la période de vêlage parce que 90 % des naissances se font en enclos. Et pour les mises bas, le confort des vaches est meilleur avec l’augmentation de la portance du sol. Et là ce qui me reste à améliorer c’est l’aménagement de brise-vent pour maximiser le confort des animaux. »