La production laitière n’a pas attiré la relève de Sylvain Thibodeau. Or, un projet apicole démarré en 2015, après la vente de son troupeau laitier, a rallié son fils Kevin au projet. Photo : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantSAINTE-SABINE – Il est plutôt rare de voir un producteur laitier vendre son troupeau pour se consacrer aux abeilles. C’est pourtant ce qui s’est produit à la Ferme Sylval, de Sainte-Sabine, en Estrie.
Son propriétaire, Sylvain Thibodeau, a décidé de faire ce virage à l’aube de la retraite, en 2015. À l’époque, aucun de ses enfants ne souhaitait prendre la relève de l’entreprise. Un épisode de maladie dans son troupeau laitier l’a donc convaincu de vendre ses animaux et son quota pour se consacrer aux abeilles, en gardant toutefois ses terres pour y faire pousser du maïs et du soya.
« Plus jeune, j’avais déjà eu des ruches et ça me fascinait. C’était un rêve de pouvoir en avoir quelques-unes à la retraite », indique le producteur agricole, qui a fait une formation en apiculture avant de démarrer son projet.

Le plus jeune de ses fils, Kevin, l’aidait parfois au transport des ruches et s’est petit à petit intéressé à la production, jusqu’à convaincre son père de transformer son passe-temps en nouvelle entreprise. « Je voulais avoir une dizaine de ruches pour mon plaisir, mais là, on en a plus de 250 », souligne Sylvain, qui est néanmoins fière d’avoir pu rallier l’un de ses enfants en créant l’entreprise apicole Trésors du miel, en 2020.
L’ancienne étable a été reconvertie en espace de travail et en caveau d’hivernement pour les ruches, où la température est contrôlée. Les champs sont, quant à eux, devenus un véritable terrain de jeu expérimental pour évaluer l’effet de différentes cultures sur la production de miel des abeilles.
Si une partie continue de servir à la culture de maïs et de soya pour rentabiliser les affaires, les champs de trèfle et de luzerne étendent progressivement leur superficie.
« On essaie de faire de l’engrais vert, mais on vise des engrais qui vont être à la fois bons pour le sol et les abeilles, en augmentant la quantité de fleurs. On s’est par exemple rendu compte qu’avec le champ de trèfle et la floraison à l’automne, les réserves de nourriture des ruches étaient beaucoup plus grandes pendant l’hiver. Donc, cette année, le plan est de doubler la superficie de trèfle pour stimuler la production de miel, car quand on voit des résultats comme ça, ça encourage », confie Kevin.
Quelque 1 300 arbustes, comme des noisetiers et des plants de bleuets, ont également été plantés sur une parcelle d’un hectare et demi, au moyen d’une subvention gouvernementale, pour élargir la disponibilité de différents nectars à travers la saison.

Pesticides sous haute surveillance
S’ils n’ont pas encore abandonné l’usage de pesticides pour leurs cultures de maïs et de soya, les deux apiculteurs restent extrêmement vigilants pour ne pas affecter leur cheptel d’abeilles.
On est un peu pris en sandwich. On n’a pas le choix de faire un peu d’arrosage. Sinon, on n’a pas de bon rendement, mais on est aussi apiculteurs, donc il faut faire attention.
Il spécifie que l’arrosage est principalement fait quand les abeilles sont au Lac-Saint-Jean pour la pollinisation, ou pendant la nuit, quand elles ne sortent pas. Bien sûr, les champs de trèfle ne sont pas arrosés, et sont séparés par des haies brise-vent pour limiter la propagation des pesticides d’un champ à l’automne, précisent les deux apiculteurs. Ceux-ci évaluent la possibilité de convertir leurs cultures en régie biologique, mais doutent encore de la rentabilité d’un tel projet. « Il faut calculer tous nos coûts, car il faut que je sache que si je sème un champ de trèfle, ce sera rentable au niveau de ma production de miel. Ça reste le même principe [que pour une ferme laitière] : il faut que la production me permette d’en vivre, et là, en plus, on est deux », souligne Sylvain en regardant son fils.
L’objectif des prochaines années est de poursuivre la croissance de l’entreprise apicole, notamment en développant un volet de vente de nucléis. « On a eu très peu de pertes hivernales d’abeilles cette année, environ 15 %, donc on a déjà pu vendre nos 130 premiers nucléis », mentionne Sylvain, alors que Kevin spécifie qu’il compte doubler cette production l’an prochain.