Après avoir connu des pertes de 60 % en 2022, l’apicultrice Maggie Lamothe Boudreau a décidé de faire un suivi plus minutieux du parasite Varroa destructor dans chacune de ses 600 ruches. Photos : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-ADRIEN-D’IRLANDE – L’éleveuse de reines abeilles Maggie Lamothe Boudreau n’a pas attendu un autre épisode de mortalité exceptionnelle dans ses ruches, comme celui qui a frappé, en 2022, la majorité des apiculteurs de la province, pour prendre le taureau par les cornes face au parasite Varroa destructor.

« Je ne voulais plus que ça arrive, 60 % de pertes! » lance l’apicultrice de Saint-Adrien-d’Irlande, dans Chaudière-Appalaches. La propriétaire de l’entreprise Rayons de miel n’a toutefois pas réinventé la roue : en partant des traitements existants au Québec pour contrôler ce parasite, c’est sa méthode de surveillance qu’elle a revue du tout au tout pour faire un suivi plus serré, ruche par ruche. « Ma technique repose principalement sur la détection ciblée. Je visite chaque ruche de 10 à 15 fois pendant l’été pour faire le décompte du varroa à partir d’un plateau grillagé, qui permet d’ouvrir la sous-section de la ruche pour voir tout ce qui y tombe, dont des varroasmorts. À partir de là, je peux traiter uniquement les ruches qui en ont besoin, plutôt que la totalité », résume-t-elle en s’apprêtant à ouvrir le tiroir sous l’une de ses ruches pour commencer le décompte des parasites (voir l’encadré).
Pour appliquer cette méthode rigoureuse sur ses quelque 600 ruches – installées sur les terres agricoles avoisinantes –, elle s’est dotée d’une application mobile de gestion apicole, qui propose entre autres des cartes et des outils de suivi des ruchers. Chaque ruche est munie d’un code-barres qu’il suffit de scanner avec le téléphone cellulaire pour consigner les vérifications. « Par exemple, je sais que cette ruche-là est localisée dans le rucher O, ligne F7, avec une reine de 2025. Quand les employés font l’évaluation du varroa, ils cliquent sur l’onglet, entrent la date et les résultats.
On sait exactement où on est rendu dans le décompte de Varroa pour chacune de nos ruches.
Ça nous permet d’avoir la courbe d’évolution du varroa pendant la saison et de voir arriver le problème d’avance, afin d’administrer des traitements si c’est nécessaire », détaille-t-elle.

Un crayon et une brique pour garder une trace visuelle
Malgré ce virage technologique, l’entreprise continue d’utiliser des méthodes très simples et accessibles à tous. Ainsi, les dates de suivi et les décomptes sont aussi inscrits « à la mitaine », sur le toit de chacune des ruches, au crayon-feutre noir imperméable, pour garder une trace physique en cas de pépin avec l’application. L’équipe dépose également une brique rouge sur les ruches qui ont reçu un traitement contre le varroa. La brique est retournée du côté où apparaît un « 2 » quand un deuxième traitement a été administré. Cette méthode plus visuelle réduit les risques d’erreur, selon l’apicultrice, en plus de faciliter les manœuvres pour son équipe de travailleurs étrangers temporaires, dont certains, souvent les nouveaux venus, sont moins familiers avec l’application mobile, remarque-t-elle.
En optant pour une approche individualisée, plutôt qu’un traitement systématique de toutes les ruches quelques fois par saison – comme elle le faisait avant 2022 –, elle économise sur les produits, étant donné qu’elle cible uniquement les colonies problématiques, ce qui évite également de fragiliser les ruches saines. En effet, peu importe le traitement disponible en apiculture pour contrôler le parasite, ces produits – souvent des pesticides – ont toujours une incidence sur la santé des abeilles et engendrent une mortalité sous-jacente, rappelle Mme Lamothe Boudreau. « C’est un jeu très précis. Il ne faut pas qu’il y ait d’erreurs, par exemple sur les quantités administrées, compte tenu de la fragilité des abeilles », insiste-t-elle.
Jusqu’ici, et malgré les efforts supplémentaires que cela lui demande, celle qui exporte ses reines à travers le Canada est grandement satisfaite des résultats de sa méthode, « qui reste encore à améliorer », souligne-t-elle. L’apicultrice a d’ailleurs pris part à deux webinaires organisés récemment par le Conseil canadien du miel pour partager les rudiments de sa technique, en compagnie d’autres apiculteurs qui ont, comme elle, été proactifs devant cet obstacle grandissant que représente pour l’industrie le Varroa destructor.

Un décompte plus représentatif avec les plateaux
La détection du varroa s’effectue, pour la majorité des apiculteurs, au moyen d’un lavage à l’alcool sur un échantillon de 300 abeilles prélevé dans quelques ruches. Ce traitement tue les abeilles et les varroas accrochés à leur dos, et permet ensuite d’estimer la progression du parasite et de justifier ou non l’administration d’un traitement pour l’ensemble des ruches. Or, selon l’apicultrice Maggie Lamothe Boudreau, le varroa, s’il peut être présent sur les abeilles, se réfugie surtout dans le couvain pour mieux s’y reproduire. « Si le lavage à l’alcool n’est pas répété régulièrement, ou si les abeilles ne sont pas échantillonnées au bon endroit dans la ruche, les chances de le détecter sont grandement réduites », analyse celle qui a donc préféré se tourner, depuis 2022, vers la méthode plus ciblée de comptage des résidus qui tombent au fond de la ruche sur les plateaux grillagés, plus représentative des parasites se trouvant dans le couvain, selon elle, qu’avec l’échantillonnage et le lavage à l’alcool. Seule embûche : ce type de ruche munie d’un fond grillagé et d’un plateau-tiroir n’est plus produit par le fabricant, notamment parce qu’il serait moins résistant au transport des ruches pour la pollinisation, rapporte l’apicultrice. Celle-ci compte toutefois ajuster son équipement à ses besoins lorsque le temps sera venu de rajeunir sa flotte de ruches.