Apiculture 9 mai 2025

Des pertes hivernales qui reviennent à la normale

Raphaël Vacher

Raphaël Vacher

Après plusieurs années en dents de scie, lors desquelles de nombreuses entreprises ont subi d’importantes pertes hivernales de leurs abeilles domestiques, les apiculteurs ­québécois devraient avoir un répit cette saison. La mortalité avoisine jusqu’ici les 25 % à l’échelle provinciale, soit un taux plus près des normales, rapporte Raphaël Vacher, président des Apiculteurs et apicultrices du Québec (AADQ).

Le portrait sera plus précis d’ici quelques semaines, quand les apiculteurs auront terminé de vérifier toutes leurs ruches, spécifie celui qui reste néanmoins optimiste que la majorité d’entre eux connaîtront un meilleur départ. Cela donne un peu d’air au secteur, éprouvé par des pertes hivernales historiques de près de 60 % du cheptel en 2022 et de 40 % en 2024, attribuées essentiellement au Varroa destructor, un parasite qui se reproduit dans le couvain.

Il y a des entreprises qui ont de meilleures performances que d’autres cette année, et certaines qui ont des taux [de mortalité] un peu plus élevés, de 40 % à 50 %. Est-ce que c’est un effet de région ou des traitements qui ont été utilisés? On ne le sait pas encore.

Raphaël Vacher

Victimes collatérales des pesticides

Selon le président des AADQ, différents aspects environnementaux, dont l’usage des pesticides, sont des éléments qui accentuent les problèmes dans les ruches, alors que les rendements des apiculteurs sont en constante diminution depuis quarante ans, souligne-t-il. « Dans les années 80, on avait des rendements de 50 à 60 kg par ruche. Là, on est rendu à 25-30 kg par ruche. On a perdu un 20 kg en quarante ans », déplore le président. 

Ces conclusions ont été tirées par les AADQ à partir des données de l’Institut de la statistique du Québec, indique-t-il. L’organisation dit avoir fait plusieurs représentations auprès des deux paliers gouvernementaux pour faire ajouter une clause de protection contre les pertes reliées aux pesticides à leurs deux programmes d’assurances récolte, mais ces démarches sont demeurées jusqu’ici sans succès. « Tant qu’il n’y aura pas ça, une clause de protection liée aux pesticides, il n’y aura pas de réelle protection pour les apiculteurs. On trouve d’ailleurs qu’il y a là une iniquité, parce qu’on demande aux producteurs agricoles de protéger leur culture, de tout faire ce qu’ils peuvent pour limiter les dommages avec des pesticides, et de l’autre côté, on ne protège pas la production qui en subit les contrecoups », dénonce celui qui rappelle que les abeilles sont pourtant essentielles à plusieurs productions, notamment pour la pollinisation des petits fruits.

Selon Raphaël Vacher, les coûts trop élevés d’une telle clause de protection combinés au petit nombre d’apiculteurs assurés dans la province sont les principaux arguments évoqués par les représentants gouvernementaux pour expliquer leur refus d’ajouter une telle protection. « On a même eu l’audace de demander à l’UPA [Union des producteurs agricoles] de nous soutenir financièrement et d’aller chercher un prélèvement chez les autres producteurs pour soutenir l’apiculture, mais ça n’a pas marché, ils n’ont pas voulu s’entendre avec nous là-dessus », regrette-t-il.