Apiculture 18 mai 2026

Des pertes hivernales dans la moyenne pour commencer la saison

Les abeilles mellifères du Québec logées dans les ruches des apiculteurs commerciaux ont assez bien résisté à l’hiver 2026.

Les pertes hivernales se situent en moyenne autour de 25 % à 30 %, ce qui est légèrement au-dessus de la normale dans la province, rapporte le président des Apiculteurs et apicultrices du Québec (AADQ), Raphaël Vacher. « On a quelques cas d’exception, qui ont eu des pertes plus importantes, de 40 % à 50 %. Malheureusement, il y en a toujours, et tout le monde y passe.  J’y ai eu droit personnellement l’année passée, avec 50 % de pertes après plusieurs bonnes années », indique l’apiculteur du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui a droit à un retour de balancier ce printemps, avec des pertes avoisinant les 15 %. 

Ce sont divers impondérables, d’une région à l’autre, qui peuvent parfois influencer le taux de survie hivernale, précise M. Vacher. Il donne entre autres en exemple l’utilisation de reines non adaptées au climat québécois ou le manque de couverture de neige dans certaines régions, qui réduit la protection des ruches contre le froid et qui entraîne une surconsommation et un manque de nourriture au printemps, surtout quand la chaleur tarde à s’installer. 

Plusieurs entreprises en situation précaire

Malgré ce départ printanier encourageant, le président des AADQ s’inquiète de la santé financière des entreprises apicoles de la province, qui peinent à se remettre des années catastrophiques de 2022 et de 2024, deux années où les pertes de cheptel ont été lourdes partout au Québec en raison des conditions climatiques qui ont favorisé les ravages du parasite Varroa destructor.

On a des entreprises qui ne sont pas capables de revenir au niveau d’avant, car leurs liquidités ne sont plus là, et l’assurance récolte ne fait plus le travail. Les années prises en référence font en sorte que les montants assurés sont rendus tellement minimes que ça ne sert plus à rien de s’assurer.

Raphaël Vacher

De plus, les apiculteurs sont, comme les autres, frappés de plein fouet par l’inflation, particulièrement la hausse du prix des carburants, ajoute-t-il. « Ce qui est critique pour ceux qui déplacent des milliers de ruches pour la pollinisation. On a suggéré d’ajouter une surcharge de carburant de 5 à 10 $ par ruche pour la pollinisation, pour être capables d’absorber cette hausse fulgurante qu’on a depuis deux mois, mais les producteurs de bleuets résistent pour protéger leurs propres marges, et c’est normal », reconnaît-il. 

Raphaël Vacher craint malgré tout que plusieurs apiculteurs reconsidèrent leur modèle, soit en abandonnant la pollinisation ou en se tournant vers le Nouveau-Brunswick, où les prix de location des ruches sont plus avantageux.  « Nous, on ne veut pas perdre nos liens avec les producteurs de pommes, de bleuets, de canneberges du Québec, mais il faut trouver un terrain d’entente », précise-t-il. 

Les AADQ prévoient envoyer une lettre formelle au ministre de l’Agriculture d’ici la fin du mois pour demander une rencontre d’urgence. « L’idéal serait d’obtenir une aide spécifique pour les apiculteurs qui offrent leurs ruches à la pollinisation, et qui doivent absorber plus de pertes que les autres. Car c’est démontré que la pollinisation entraîne plus de stress pour les abeilles, à cause du déplacement et parce qu’elles ont accès à une moindre diversité florale », mentionne M. Vacher.