Les apiculteurs David Lee Desrochers et Christina Fortin-Ménard se lancent cette année dans une aventure culinaire avec un nouveau bistro où le miel sera à l’honneur. Photos : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantPORTNEUF – Les idées ne manquent pas pour les copropriétaires de Miel & Co, qui ajoutent cette année un volet culinaire à leur entreprise de Portneuf, dans la région de Québec, dans l’objectif d’exploiter leur plein potentiel agrotouristique.
Après l’ouverture d’une boutique à la ferme en 2021 et le développement de plusieurs produits à valeur ajoutée, comme le miel piquant, qui permettent de tirer de meilleures marges de profit de leur production, le couple formé par David Lee Desrochers et Christina Fortin-Ménard, copropriétaires de l’entreprise apicole Miel & Co, s’aventure cette année dans la restauration. Ils ont transformé un conteneur en cuisine de casse-croûte, où le miel volera la vedette d’un menu estival offert aux visiteurs.
Une campagne lancée sur la plateforme de sociofinancement La Ruche pour financer une partie de ce nouveau projet, baptisé L’Alvéole Bistro Champêtre, a d’ailleurs dépassé leurs attentes, avec un peu plus de 28 000 $ amassés sur un objectif de départ de 20 000 $. Même un repas gastronomique cinq services organisé dans le cadre de cette campagne pour attirer les donateurs a connu une popularité insoupçonnée.
On avait lancé ça comme ça, mais ça s’est vendu très rapidement. On a donc décidé d’ajouter d’autres dates pour répondre à la demande.
Cet engouement la rassure, puisqu’il démontre que l’intérêt pour ce type d’offre agrotouristique est bel et bien présent dans la région. Ces soupers seront servis dans un dôme géodésique chauffé, qui permettra également de poursuivre les activités du casse-croûte pendant la saison froide.
Pour David Lee Desrochers, ce nouveau volet gastronomique, qui attirera plus de gens sur place, est l’aboutissement d’un rêve qu’il chérissait au moment de démarrer son entreprise. « Je voulais montrer à tout le monde à quel point l’apiculture, c’est un monde extraordinaire. C’est quelque chose qui ne s’explique pas, mais qui se vit. Il faut ouvrir une ruche pour le comprendre : chaque entité est unique dans son fonctionnement. C’est intéressant, parce qu’on peut le transposer dans notre vie, dans le sens que chaque colonie peut représenter une ville, un village, avec sa propre identité », illustre-t-il.
Parti de rien
C’est lui qui a démarré humblement l’entreprise en 2014, guidé par sa passion pour les abeilles, avec une cinquantaine de ruches qu’il louait entièrement pour la pollinisation des petits fruits. Cela lui a permis de compter sur un revenu stable qui a servi de base pour faire croître le rucher.
En 2021, l’arrivée de sa conjointe comme partenaire d’affaires a donné un nouvel élan au projet : finie la pollinisation, qui affaiblissait trop les abeilles et limitait la production de miel. Le duo a réorienté les activités essentiellement sur la production de miel et la transformation. Il gère aujourd’hui 2 000 ruches, pour une production avoisinant les 6 000 livres de miel annuellement, vendues au kiosque, dans les commerces de proximités et avec des partenaires comme Les Fermes Lufa.

« Dans le but de toujours améliorer notre rentabilité, on se diversifie en réinvestissant nos profits pour faire chaque année des ajouts. Mais le plus gros défi, c’est tout ce qu’on ne peut pas contrôler malgré nos efforts, comme les conditions climatiques ou les maladies, comme le varroa », mentionne Mme Fortin-Ménard. C’est d’ailleurs pourquoi l’entreprise compte un grand nombre de ruches, afin d’assurer une quantité minimale de volume de miel pour la transformation, puisque son modèle d’affaires repose en grande partie sur la vente de produits transformés. « Là, on commence à être nerveux, parce que nos ventes augmentent et l’inventaire de miel est très bas, donc ça va être le temps qu’on récolte bientôt », souligne-t-elle.
Le Défi pissenlits transformé en OSBL
En 2021, Christina Fortin-Ménard et David Lee Desrochers ont lancé le Défi pissenlits, une idée de leur cru, qui voulait encourager les citoyens à retarder la tonte du gazon pour laisser éclore les pissenlits, fleurs mal aimées constituant pourtant l’une des premières sources de pollen et de nectar de la saison pour les abeilles, dès leur sortie d’hivernation. Rapidement, le mouvement a gagné en ampleur à travers le Québec. Depuis, environ 150 villes réparties dans une dizaine de MRC, une trentaine d’entreprises et quelque 50 000 personnes y prennent part chaque printemps. Un succès qui a dépassé les attentes des propriétaires de Miel & Co, qui ont décidé, en 2024, de transformer le projet en un organisme sans but lucratif (OSBL), dont la gestion a été confiée à l’organisme Nature-Action Québec. « C’était rendu que ça me prenait beaucoup trop de temps, presque la moitié de mon année, explique Mme Fortin-Ménard. Et Nature-Action Québec est vraiment spécialisé dans la biodiversité. Ils ont les ressources pour pousser le projet encore plus loin », explique l’apicultrice, qui reste malgré tout très fière que cette idée, lancée « tout naïvement » il y a quatre ans, ait connu un tel essor.
