Acériculture 3 octobre 2025

Une érablière de 300 entailles mène à une incursion dans les médias

STONEHAM-ET-TEWKESBURY – La petite érablière de 300 entailles de Jean-Étienne Poirier, à Stoneham-et-Tewkesbury, était truffée de micros, de systèmes d’éclairage et de caméras, alors que celui-ci s’apprêtait à amorcer l’enregistrement de la deuxième saison de la série de balados La Fièvre des Sucres, un podcast visant à repousser les limites de l’acériculture et mettre en vedette plusieurs acériculteurs et experts du domaine.

« On ne pensait jamais que notre cabane où l’on produit une soixantaine de gallons devienne un lieu de production cinématographique! C’est une aventure qu’on n’aurait jamais imaginée! », explique le propriétaire des lieux, Jean-Étienne Poirier qui est aussi enseignant au collégial en anthropologie.

Merci coronavirus

Comme bien des gens, en plein début de pandémie de coronavirus, Jean-Étienne Poirier est enfermé à la maison, avec pour seul passe-temps la production de sirop d’érable avec ses deux enfants, Manuel Khulan et Azzaya. Pour les désennuyer un peu, il lui vient l’idée de réaliser des capsules informatives sur l’acériculture et de les publier sur le Web.

Jean-Étienne Poirier et ses enfants, Manuel Khulan et Azzaya. Photo : Gracieuseté de Jean-Étienne Poirier

Mon plus vieux, Manuel Khulan, aimait la caméra et ma fille Azzaya aimait animer et faire la narration. On a commencé à faire des capsules, par exemple, pour expliquer comment faire du beurre d’érable. On a connu un bon succès et mes enfants ont aimé ça. Ensuite, on s’est dit, pourquoi on n’enregistrerait pas un podcast?

Jean-Étienne Poirier

De fil en aiguille, c’est ainsi que le balado La Fièvre des Sucres est né. 

Chaque épisode de la série dure entre 30 et 60 minutes. Le contenu est parfois axé sur les techniques de production du sirop d’érable, et d’autres fois sur différents enjeux de l’acériculture comme la main-d’œuvre étrangère et l’aménagement acérico-forestier. 

Même s’il en est le créateur, ce n’est pas Jean-Étienne Poirier qui anime le balado; il laisse plutôt le micro à trois acériculteurs que sont David Bolduc, Michaël Gagné et Marco Gilbert, des experts qui sont « nés » dans le sirop d’érable, mais possédant tous les trois des parcours différents. Ce sont eux qui reçoivent les invités, que ce soient des chercheurs, d’autres acériculteurs ou même l’auteur de ces lignes, venu parler de différents reportages sur l’acériculture parus dans La Terre de chez nous et de l’importance des médias. 

Pour les curieux, cet épisode sera mis en ligne le 5 décembre. « Nos animateurs sont motivés et ils aiment partager leurs connaissances, mais sans se prendre pour des professionnels. Tout est fait avec le langage du bois et c’est ça que les gens viennent chercher dans le podcast. Avant, les producteurs ne révélaient pas trop leurs secrets, mais aujourd’hui, avec les médias sociaux, il y a beaucoup plus de partage, ça devient une communauté et moi, je suis très fier de participer à ça », exprime Jean-Étienne Poirier. 

Fait particulier : les balados ont tous été enregistrés l’un après l’autre durant la même fin de semaine. « On a fait ça one take; tous les invités sont venus à la cabane, on a pris une bière, dîné ensemble, c’était très amical et cela a créé une bonne énergie », raconte M. Poirier. 

L’équipe du balado a reçu le journaliste Martin Ménard (au centre) de La Terre afin de discuter de la réalité et de l’importance des médias régionaux, dont ceux spécialisés en agriculture et en acériculture comme La Terre. Photo : Gracieuseté de Mado Poulin 

Un balado, un film et un webmagazine

Ce projet de balados a lui-même conduit à la préparation d’un documentaire intitulé Tant qu’on pourra faire les sucres, qui sera diffusé dans un cinéma de la région de Québec le 11 février. Pour ce projet, Jean-Étienne Poirier est également accompagné de ses enfants alors que sa fille Azzaya sera devant les caméras pour interviewer des chercheurs et des intervenants du milieu acéricole afin de mettre en valeur l’aspect environnemental de la production de sirop d’érable. 

En plus du balado sur l’acériculture et de leur documentaire, le trio réalise aussi des capsules sur d’autres sujets propres à la ruralité, comme la foresterie, avec leur webmagazine Le Goût du Territoire, dont l’objectif est de valoriser, de mobiliser et d’accompagner les acteurs agroforestiers de la MRC de La Jacques-Cartier. Les capsules sont publiées sur leur site Web du même nom. « Je me suis rendu compte qu’en foresterie, les bûcherons sont souvent vus comme des tueurs d’arbres avec leur machine, souligne M. Poirier. Depuis la parution du documentaire L’Erreur boréale (1999), les producteurs forestiers faisaient profil bas, mais du bois, on en utilise partout et ça méritait d’être vulgarisé. Avec ce webmagazine, on vient briser certains tabous et on rend ces gens-là fiers. À travers l’odeur du gaz deux temps [des scies mécaniques], on valorise ces gens-là », exprime M. Poirier. 

La deuxième saison du balado La Fièvre des Sucres sera disponible dès le mois d’octobre sur Spotify. Les capsules peuvent aussi être visionnées sur la chaîne YouTube www.youtube.com/@LaFièvredesSucres.   

Pour visionner les capsules du webmagazine Le Goût du Territoire, rendez-vous au www.legoutduterritoire.com.