Acériculture 9 mai 2025

Une cabane à sucre où le temps est suspendu

SAINT-BLAISE-SUR-RICHELIEU – À la cabane à sucre Le Blairfindie, ne cherchez pas à payer par carte, à réserver par Internet ou à vous connecter au wifi. Les propriétaires de 73 et 76 ans, Christine Rhéaume et Gaétan Delisle, se font un devoir de recevoir le public dans leur petite salle à manger, comme ils le faisaient à leurs débuts, en 1998, en privilégiant le contact humain d’abord et avant tout.

« C’est drôle à dire, mais on parle à tout le monde », mentionne Mme Rhéaume, une semaine après la clôture de la 27e saison des sucres de cette cabane de Saint-Blaise-sur-Richelieu, en Montérégie. « On parle aux gens et je trouve que ça fait une différence [parce que] ça rend ça plus intime », dit-elle. Et ça commence par les premiers contacts au téléphone. 

En raison de la popularité de l’endroit, la septuagénaire a dû changer sa façon de procéder cette année pour la première fois depuis la création de l’entreprise, mais elle s’est toujours fait un devoir de rappeler les gens, soit pour confirmer une réservation quelques jours avant celle-ci, ou pour répondre à des messages laissés sur la boîte vocale. « Même si on n’avait pas de place, moi je les rappelais, puis ils restaient surpris. Ils ne s’attendaient pas à ça. Puis, je pense que les gens aiment ça, parce que ça ne se fait plus », souligne-t-elle. 

Le contact avec les clients est aussi important durant le service. Gaétan Delisle présente à chacune des 14 tables leur plat signature, le jambon en croûte cuisiné par sa conjointe. Tout est soit préparé par elle ou provient d’entreprises locales. « Mais quand on vient au dessert, je sers le gâteau, juste pour pouvoir voir les gens puis leur dire bonjour », mentionne celle qui est aux fourneaux.

Pour moi, c’est important de garder un lien avec les clients. Mon mari, c’est du PR [des relations publiques]. Lui, il adore ça.

Christine Rhéaume
À chaque repas, Gaétan Delisle passe de table en table présenter le plat signature de son établissement, le jambon en croûte fait maison.
À chaque repas, Gaétan Delisle passe de table en table présenter le plat signature de son établissement, le jambon en croûte fait maison.

D’abord pour des collègues

À l’origine, c’est pour recevoir leurs collègues qu’ils ont commencé à organiser des événements chez eux. Gaétan travaillait alors à la Gendarmerie royale du Canada et Christine, à l’Association des membres de la police montée du Québec, mais ils cultivaient une terre de 10 hectares et exploitaient une érablière de plus de 2 000 entailles. 

Pour recevoir, le couple vidait la maison en mettant les meubles dans le garage et installait des tables à la place. Par la suite, le bois de deux granges a été recyclé pour construire la cabane qui accueille les gens aujourd’hui. « C’est comme ça que ç’a commencé, indique Mme Rhéaume. On ne voulait pas que ça soit gros, on voulait garder ça familial. » 

Et il y a fort à parier que la tradition se perpétuera pour cette famille. Bien que le couple n’ait plus l’énergie depuis quelques années de s’occuper de l’érablière (ils s’approvisionnent chez un voisin), leur fille Andréa et son conjoint reprendront la production l’an prochain. Le jeune couple, ainsi que leurs deux adolescents de 14 et 17 ans, viennent déjà de Mascouche, dans Lanaudière, toutes les fins de semaine, pour prêter main-forte en cuisine, à l’accueil ou pour ramasser la vaisselle sur les tables.