Acériculture 30 avril 2025

Un jeune acériculteur construit une érablière dernier cri

SAINT-PIERRE-DE-LAMY – Dans les forêts du Bas-Saint-Laurent, une rumeur circule au sujet de l’érablière de Pierre-Yves Malenfant, à Saint-Pierre-de-Lamy. « Tu vas à la nouvelle cabane de Pierre-Yves? Je n’y suis jamais allé, mais tu vas pogner de quoi », a assuré un acériculteur rencontré dans la région. Après avoir parcouru un long et sinueux chemin forestier à travers les entrailles du Témiscouata, La Terre a pu voir apparaître une gigantesque fondation de béton surplombée d’un bâtiment au vitrage moderne. 

Une fois à l’intérieur de cette véritable forteresse de l’érable, la finition, l’ampleur des lieux et un écran géant sur socle, semblable à un poste de pilotage, sautent aux yeux. 

Pierre-Yves indique que son sous-sol en béton, à flanc de colline, est un lieu frais idéal pour entreposer l’eau d’érable dans deux bassins de 40 500 litres et un troisième de même capacité destiné au filtrat.

« J’ai voulu faire une érablière moderne. Le point fort, c’est l’ergonomie du travail. Il n’y a rien qui n’a pas été pensé », explique le propriétaire d’Érablière P.Y.M. Industries. L’acériculteur de 27 ans a peaufiné ses plans après avoir étudié les points forts et les points faibles des nombreuses érablières visitées dans le cadre de son deuxième métier. C’est que Pierre-Yves Malenfant possède une entreprise de machinisme et d’installation de tuyaux en acier inoxydable en milieu acéricole.  

Quand il parle d’ergonomie du travail, il faut descendre au sous-sol pour en comprendre la portée. Les barils vides entrent par la porte de garage du sous-sol pour ensuite être lavés dans le poste de nettoyage et montés par l’ascenseur. À l’étage, les barils sont remplis de sirop et dirigés dans l’entrepôt adjacent au quai de chargement. « Il n’y a aucune opération qui se croise », dit le producteur, fier de son schéma de circulation semblable à celui d’une usine. 

Peu de cabanes à sucre possèdent un sous-sol, et encore moins un monte-charge. Pierre-Yves indique que son sous-sol en béton, à flanc de colline, est un lieu frais idéal pour entreposer l’eau d’érable dans deux bassins de 40 500 litres et un troisième de même capacité destiné au filtrat. « Au sous-sol, l’eau reste à une température plus froide, ce qui est un avantage, surtout vers la fin de la saison. »

Autre élément facilitant l’ergonomie et l’efficacité au travail : le panneau de contrôle qui aiguille le flux du sirop bouillant vers une presse ou une autre. « Il n’y a plus de manutention du sirop lorsqu’il est chaud. On peut passer d’une presse qui est en filtration à celle qui était en mode désucrage juste en actionnant des valves. C’est plus simple et il n’y a plus de perte de sirop lors du désucrage », explique Pierre-Yves. Ses presses de 51 cm filtrent l’équivalent de 50 barils de sirop en moyenne avant d’être nettoyés. Une fois le sirop ­filtré, il est acheminé par un tuyau aérien jusqu’à l’équilibreur de degrés Brix. « Si le sirop est plus bas ou plus haut que 66,5 °Brix, l’équilibreur va parler à l’évaporateur pour ajuster la température à la sortie. Tout se fait automatiquement. » 

Après avoir été standardisé, le sirop est déversé dans des barils ou dans des bacs-citernes (tote tanks). Ces derniers sont fabriqués en acier inoxydable par Pierre-Yves et son associé. Ce genre de contenant est peu commun dans le milieu acéricole et comporte plusieurs avantages, dit le jeune acériculteur. « Il rentre près de sept barils dans une tote, donc pour la même superficie de plancher, tu mets presque le double de sirop que les barils. Et contrairement aux totes en carton, celles en inox ont une durée de vie presque éternelle, et n’ont pas de sac en plastique à l’intérieur qui augmente les chances de fermentation du sirop et qu’il faut changer chaque année », souligne-t-il. 

L’acier inoxydable est à l’honneur chez Pierre-Yves Malenfant. Même les bacs-citernes (tote tanks) fabriqués par sa compagnie en sont faits.

Le poste de pilotage

Difficile d’ignorer l’écran tactile au centre de l’érablière. « La première chose que mon employé fait en entrant le matin, mentionne Pierre-Yves, c’est de regarder la carte de l’érablière à l’écran. Sur les 120 sondes des maîtres-lignes, il note ceux qui sont problématiques et [pour lesquels il faut vérifier les fuites]. Quand je bous, je mets l’écran sur mes bassins pour surveiller en temps réel leurs niveaux. »  L’acériculteur y vérifie aussi l’activité des pompes et les graphiques du temps de marche de ses relâcheurs. 

« C’est comme ça qu’on peut voir à quel point ça coule, pour se préparer à bouillir en conséquence. » L’évaporateur électrique, entièrement automatisé, ne requiert aucune surveillance, ce qui lui évite de devoir embaucher un employé attitré à cette opération. Le coût de production, de quelques dollars le baril, rentabilise l’investissement en quelques années comparativement à un évaporateur aux granules et surtout à l’huile, ajoute-t-il. 

L’érablière est vaste et conçue pour prévoir une augmentation de production de 25 000 entailles à 140 000 entailles. 

140 000 entailles?

La « cabane » de 558 mètres carrés symbolise l’ambition de Pierre-Yves Malenfant de faire croître considérablement sa production. Des 25 000 entailles qu’il exploite présentement en terre publique, il aimerait passer à 50 000 entailles, ce qui ne nécessiterait aucun changement d’équipement. 

L’entrée électrique, les conduits, l’espace actuel; tout est même pensé pour pouvoir ensuite ajouter un deuxième évaporateur, un séparateur et d’autres bassins au sous-sol afin de monter à un maximum de 140 000 entailles. 

Le jeune acériculteur réalise présentement un rêve et est bien en selle pour atteindre ses objectifs. « Mes parents avaient une grosse érablière. Quand ils ont vendu, j’avais toujours eu le rêve d’avoir ma propre érablière. J’ai la passion de ça et je l’ai transmise à ma blonde, Ann-Shirley, qui fait ses études en acériculture. On fait la production à deux et on veut grossir ça ensemble! »