Acériculture 15 mai 2025

Du sirop produit jusqu’au 7 mai

La saison des sucres 2025 est terminée depuis un bon moment partout au Québec, mais à certains endroits, comme dans le Bas-Saint-Laurent, du sirop est sorti jusqu’au 7 mai de l’évaporateur de Nancy Lagacé, une acéricultrice qui fait partie des cinq producteurs suivis par La Terre. Voici le dernier chapitre de cette série, qui donne l’occasion à chacun de parler de son bilan et de ses projets.


Photo : Gracieuseté de Nancy Lagacé

Nancy Lagacé, Bas-Saint-Laurent

Nombre d’entailles : 27 000
Fin de l’entaillage : 10 mars
Première évaporation : 15 mars
Dernière évaporation : 7 mai
Rendement final :  3,4 lb/entaille
Objectif de rendement :  6 lb/entaille

« De ce qu’on a entendu dire, on aurait été dans les derniers à finir les sucres », mentionne l’acéricultrice Nancy Lagacé, de Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup, qui a terminé le 7 mai. « Même notre livreur de fuel n’en revenait pas. Quand il est venu le 28 avril, il a dit : ‘‘Est-ce que je peux prendre une photo? Personne ne va me croire comment il y a de la neige ici!’’ C’est vrai, on se promenait encore en motoneige le
28 avril », fait-elle remarquer. La chaleur du début mai et les faibles gelées ont fini par sonner le glas de la saison. « Ce n’est pas grave, car on était fatigués! L’eau avait changé les quatre derniers jours. Il fallait laver l’osmose souvent et c’était plus difficile de bouillir. Ça cherchait toujours à brouter dans l’évaporateur. Même si on mettait de l’anti-mousse, ça montait. Il fallait baisser le feu au minimum. Au lieu de faire 2,5 à 3 barils à l’heure, c’était un baril aux trois heures », spécifie-t-elle. Les trois semaines passées pratiquement sans eau d’érable en pleine saison avaient laissé présager une faible récolte, au point de penser devoir recourir à l’assurance récolte. La saison 2025 s’est finalement placée au deuxième rang des  plus productives de l’entreprise avec 3,4 lb/entaille, juste derrière les 4 lb/entaille de l’an passé. « On est très contents. D’autant plus que nous avons eu beaucoup de bon sirop cette année. On est rentrés dans le sirop de sève juste le 2 mai, alors qu’habituellement, ça commence à la fin avril. On a presque juste fait du sirop doré et bon au goût. Je n’ai jamais vu ça! » assure-t-elle. Comme projet, le couple installera près de 600 nouvelles entailles. « Mettre la tubulure, les chutes et les chalumeaux, c’est plus mon travail. » Et son conjoint? « Richard est sur la débroussailleuse et plein d’autres choses. Il est très vaillant », atteste Nancy.


Photo : Gracieuseté de Bénédicte Doré

Bénédicte Doré, Capitale-Nationale

Nombre d’entailles : 29 000
Fin de l’entaillage : 15 février
Première évaporation : 16 mars
Dernière évaporation : 2 mai
Rendement final : 5,18 lb/entaille
Objectif de rendement : 4,5 lb/entaille

C’est notre deuxième meilleure saison à vie après celle de l’an dernier, où on avait eu 5,6 lb/entaille. Si je regarde autour, on a un voisin au sud qui a fait mieux que nous et un plus au nord qui a fait moins. On est au milieu. On est contents. Surtout que la qualité était très bonne cette année. On a déjà du sirop qui a été classé et il n’y a aucun défaut de saveur », exprime l’acéricultrice de Saint-Ubalde. C’est seulement la troisième fois que l’acéricultrice terminait sa saison des sucres en mai. « Nous n’avons pas eu de soleil. C’était un printemps pluvieux et grisailleux. Mais c’est ce qui nous a permis de garder l’eau belle plus longtemps et d’étirer la saison. La dernière semaine était une longue semaine à ne pas faire beaucoup de barils par jour, mais même si ce n’était pas beaucoup, ça finissait par en faire! » Comme projet estival, Bénédicte Doré parle d’ajouter près de 1 200 entailles et d’installer des chalumeaux neufs sur 1 500 autres. Des chutes plus longues et des chalumeaux jetables installés l’an dernier dans un secteur se sont avérés « magiques » pour améliorer le rendement, assure-t-elle.  « On a fait beaucoup d’améliorations depuis qu’on a acheté l’érablière, et ça paraît. On vient de finir la saison. Toute l’adrénaline et la pression viennent de tomber. On se dit qu’on a réussi », souffle Bénédicte. Elle passera l’été à s’occuper des jardins, des ruches et de quelques bêtes d’élevage, puisque sa petite famille vit pratiquement en autarcie. 


Photo : Gracieuseté de Guillaume Pépin

Guillaume Pépin, Estrie

Nombre d’entailles : 41 500 entailles
Fin de l’entaillage : 13 mars
Première évaporation : 14 mars
Dernière évaporation : 3 mai
Rendement final :
5,07 lb/entaille
Objectif de rendement : 6,5 lb/entaille

« On pensait que c’était fini. Et tout le monde autour avait arrêté, mais ils annonçaient de la gelée. Mon frère est parti refaire les fuites pour remettre le réseau étanche. Il y avait juste 10 % d’eau qui s’était accumulée dans le silo. Je suis donc parti voir ma conjointe à Québec. Le lendemain, mon frère m’appelle en disant que le silo était plein à plus de 80 %… J’ai dit à ma blonde : ‘‘Faut que je parte.’’ Finalement, on a fait six barils! » relate Guillaume Pépin à propos de sa fin de saison. Le sirop était malgré tout très bon, dit-il. « Habituellement, c’est du sirop de bourgeon qui accroche dans la gorge à ce temps-ci, mais ce sirop-là qu’on a fait à la fin était comme un sirop de pomme. Assez que j’ai envie de le canner », affirme le copropriétaire de Brix Co, à Saint-Robert-Bellarmin. Les deux acériculteurs ne pensaient pas se rendre jusqu’au 3 mai. Le système de filtration et le refroidisseur à plaque qu’ils venaient d’acquérir l’année précédente ont contribué à étirer leur production. « Une journée, la sève rentrait à 30 °C dans l’extracteur et on la refroidissait à 12 °C. Je pense que c’est ça qui nous a sauvés. » Leur évaporateur électrique a aussi contribué, selon lui. « Un ami faisait bouillir à forfait et son forfaitaire a décidé d’arrêter, car ça faisait trop de mousse, même si son feu était au minimum. C’était trop fort. On a été chercher son eau, car avec notre évaporateur électrique, il n’y a pas de feu direct. C’est un échange entre la vapeur et la sève et ça fait moins de mousse. C’est pour ça qu’on a été capables de bouillir. » La qualité de l’eau a diminué et les filtres s’obstruaient. La décision a été prise d’arrêter le tout, avec le sentiment du devoir accompli. Comme projet 2025, les frères Pépin envisagent d’accroître leur production d’environ 30 000 entailles et d’ajouter un autre évaporateur électrique. 

 


Photo : Gracieuseté de Philippe Leroux

Philippe Leroux, Laurentides

Nombre d’entailles : 4 000
Fin de l’entaillage : 28 février
Première évaporation : 27 février
Dernière évaporation :  15 avril
Rendement final : 5,6 lb/entaille
Objectif de rendement : 6 lb/entaille

Philippe Leroux a été le premier des cinq à éteindre son évaporateur. Il souligne sa satisfaction envers la saison 2025 marquée par la qualité du sirop et des coulées hors de l’ordinaire, qui lui ont permis d’atteindre pratiquement son objectif, malgré un début de saison inquiétant. Son principal projet pour l’entre-saison demeure le contrôle des espèces envahissantes. « On est à déterminer si c’est du nerprun ou du sureau. Chose certaine, il y en a beaucoup et cela nuit aux jeunes érables. C’est difficile d’avoir des programmes et de l’aide. La seule chose à faire, c’est d’aller les couper soi-même à la débroussailleuse », dépeint-il. Sauf que les sectionner accélère la croissance de ces espèces. Des gens lui conseillent de ne rien faire. « On manque d’encadrement là-dedans », déplore l’acériculteur de la Ferme S.P., à Saint-Placide. D’autant plus que les travaux de débroussaillage sur ses 15 hectares exigent beaucoup de temps. « Ça fait trois ans que j’en coupe et ce n’est pas une job super facile, car je ne suis pas la seule bébitte qui vit dans le bois. Il ne faut pas arrêter de travailler. Autrement, tu te fais piquer assez vite! » Il ajoute que de confier les travaux à une firme spécialisée en débroussaillage se révèle trop dispendieux pour ses revenus acéricoles. 


Photo : Gracieuseté de Benoît Quintal

Benoît Quintal, Centre-du-Québec

Nombre d’entailles : 9 000
Fin de l’entaillage : 2 mars
Première évaporation : 11 mars
Dernière évaporation : 22 avril
Rendement final : 3,95 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille

« On a fait notre contingent ben juste », résume Benoît Quintal à propos de sa saison acéricole 2025. « On est toujours plus contents quand on fait plus, mais c’est correct. Dans l’ensemble, on est très satisfaits de notre sucre. C’était un sucre pas trop fatiguant, car quand tu fais 5 lb/entaille, c’est difficile sur la main-d’œuvre. Tu passes plusieurs nuits dans la cabane. Cette année, je ne sais même pas si nous y avons passé deux ou trois nuits », commente le producteur. Les érables coulaient encore légèrement le 22 avril, mais si faiblement que le couple a arrêté les pompes. « On aurait pu étirer, mais c’était long d’avoir de l’eau et on était rendus dans le sirop très foncé, avec un goût de sève fort. Le temps avançait. On voulait commencer à préparer les champs et on devait prévoir une bonne grosse semaine pour laver les tubes et le feu alors on a arrêté ça », décrit-il. En guise d’amélioration à son érablière, il entend revoir la configuration de son système de cueillette d’eau afin d’enlever une station de pompage et de faire converger l’eau dans une seule, ce qui évitera des pas et des sources de problèmes. « Peut-être aussi installer un deuxième maître-ligne pour un système air-eau qui pourra prendre plus efficacement les grosses coulées », ajoute-t-il. Celui qui est également producteur laitier avec sa conjointe, Stéphanie Ruel, ne chôme pas. Le couple désire d’ailleurs participer à L’Ultra-Trail Harricana de Charlevoix, une course de 42 km principalement en sentiers accidentés. Il a commencé son entraînement qui consiste en quatre courses de 10 km et plus par semaine, quoique Stéphanie, surnommée « l’athlète », était déjà entraînée par le temps des sucres.  « Elle avait pris de l’avance pour s’entraîner en faisant les fuites [de l’érablière], mais j’ai fait du rattrapage en désentaillant et je prends de la vitesse maintenant! Les deux, on devrait être bons pour notre première course de 30 km à Victoriaville en juin », affirme le copropriétaire de la Ferme Halifax, à Saint-Ferdinand.