Acériculture 24 février 2025

Des acériculteurs bloquent la route aux bûcherons

Depuis 5 h ce matin, des acériculteurs bloquent les trois routes menant à la forêt publique de la Seigneurie de Lotbinière, dans Chaudière-Appalaches, afin d’empêcher les entrepreneurs forestiers et leurs bûcherons d’y poursuivre l’abattage des érables.

« On a mis des blocs de béton et des piles d’arbres avec des gens à temps plein pour barrer le chemin. On va se relayer même la nuit. On n’a pas le choix de mettre de la pression, parce que présentement, on a l’impression de se faire niaiser par le ministère », dit Vincent Boutin, président des Producteurs et productrices acéricoles d’Appalaches−Beauce−Lotbinière. Ce dernier explique que son groupe restera en place tant qu’une enquête ne sera pas effectuée par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts sur les travaux en cours dans cette superficie d’environ 313 hectares.

« Ils coupent les érables, mais protègent le merisier et le frêne. Ça n’a aucun sens. On pense qu’ils font ça pour changer le type de peuplement. En diminuant le nombre d’érables en bas de 150 tiges à l’hectare, ce ne serait alors plus considéré comme une érablière, donc plus assujetti à la protection de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ). Parce que présentement, c’est en territoire agricole et les érablières sont protégées », présume M. Boutin. Il dit que selon ses discussions sur le terrain, ni les entrepreneurs ni les gens qui ont effectué le martelage des arbres ne savent pourquoi une telle prescription de coupe a été ordonnée. Chose certaine, les érables sont abattus et laissés au sol, assure-t-il, photos à l’appui.

La députée des Chutes-de-la-Chaudière, Martine Biron, a reçu des arbres morts au lieu d’une bouteille de sirop d’érable. Photo : Michaël Gagné

Le signal d’alarme de ce saccage allégué a été donné par des producteurs en place qui y exploitent les érables de cette forêt publique pour y produire du sirop, année après année. Ils ont vu les érables près de leur érablière être marqués. Une situation d’autant plus fâcheuse que certains d’entre eux ont demandé d’agrandir leur érablière sur ces secteurs qui sont ou seront coupés.

Vincent Boutin et son groupe ont effectué une plainte à la CPTAQ. Ils ont également invité les politiciens locaux à faire cesser ce type de coupe.

On veut dire aux Québécois ce qui se passe sur les terres publiques. Ces terres sont à eux autres aussi. Il faut qu’ils sachent que les érables à sucre et les érables rouges sont coupés et laissés à terre.

Vincent Boutin, président des Producteurs et productrices acéricoles d’Appalaches−Beauce−Lotbinière

L’acériculteur précise que les travaux de coupe sont effectués selon une prescription de type « puits de lumière », c’est-à-dire un traitement sylvicole dit « d’éducation » consistant à couper certains arbres pour favoriser le développement d’arbres d’avenir.

Si le blocus a d’abord entraîné des tensions avec certains entrepreneurs, M. Boutin rapporte une bonne compréhension de ces derniers envers leurs revendications.

Au moyen d’un drone, Vincent Boutin a photographié les érables coupés et laissés au sol. Photo : Vincent Boutin

Des arbres morts font du piquetage

Les acériculteurs de Chaudière-Appalaches ont également livré des érables coupés au bureau du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation à Sainte-Marie ainsi qu’aux bureaux de quatre politiciens régionaux, dont Bernard Drainville et Martine Biron. « On voulait leur amener du sirop, mais étant donné que la Coalition avenir Québec aime mieux le bois mort plutôt que le sirop d’érable, on leur a donné des érables morts », dit Michaël Gagné, vice-président des Producteurs et productrices acéricoles d’Appalaches−Beauce−Lotbinière.

Étant donné le début de la saison des sucres, les producteurs sont bien occupés dans leur cabane et ne peuvent pas manifester devant le bureau de leurs députés, dit-il, déléguant ce travail aux piles de bois. « Ces piles de bois représentent des producteurs déçus. Le piquetage se fait silencieusement par nos arbres morts. » Les producteurs disent avoir déchargé ces arbres avec la permission de la police.