Acériculture 27 juin 2025

16 jours à pelleter de la neige, sans être indemnisé par la Financière

Les 43 °C ressentis par endroits à la fin juin n’ont pas permis à l’acériculteur François Rioux d’oublier les 16 jours consécutifs lors desquels sa famille et lui ont pelleté comme des acharnés, en février, pour dégager les maîtres-lignes de ses 12 000 entailles, à Saint-Eugène-de-Ladrière, dans le Bas-Saint-Laurent. Le producteur digère mal le refus de son assureur de l’indemniser, alors qu’il est convaincu que sa couverture s’applique pourtant dans un pareil cas. 

« On a pelleté 16 jours à trois personnes. Je ne suis pas le seul. On est une soixantaine de producteurs entre Trois-Pistoles et Mont-Joli à avoir pelleté en tabarouette. On a pris des photos, on a chacun monté nos dossiers. On était certains que l’assurance allait payer, car en 2017, on avait pelleté une journée et demie et elle avait payé. Mais cette année, je pellette 16 jours et la Financière ne veut rien savoir. Selon eux, ça ne représente pas ce qui s’est passé dans la région. Hey! On a eu sept pieds de neige; je l’ai mesuré! » s’exclame M. Rioux. 

Toutes ces journées à creuser dans la neige ont affaibli les troupes et retardé les travaux d’entaillage, ce qui lui aurait fait perdre près de 0,5 livre à l’entaille, estime l’acériculteur. Sans compter que des ­sections de sa tubulure auraient été endommagées par l’excès de neige. 

Couverture de l’assurance récolte

En étant inscrits à l’assurance récolte de La Financière agricole du Québec, les producteurs sont protégés de l’excès de neige, c’est-à-dire qu’ils sont couverts pour les frais de déneigement urgents associés aux accumulations affectant la tubulure des érablières.

Dans ses communications avec M. Rioux, la Financière a d’abord affirmé ne pas pouvoir donner suite à son avis de dommage. « Veuillez considérer que votre dossier est fermé pour cette réclamation », a-t-elle précisé, sans en indiquer la raison. Le 22 mai, après une nouvelle analyse effectuée à la suite de la demande de révision de l’acériculteur, la Financière a conclu « qu’aucun secteur n’atteint le seuil et les paramètres pour déclencher une indemnité malgré les quantités de neige reçues ». 

Une station peu représentative

Ce n’est pas la première fois que des producteurs se plaignent que les statistiques utilisées par la Financière ne représentent pas les phénomènes météo vécus par leur exploitation. Des événements associés à des épisodes de sécheresse non reconnues par la Financière dans la production de plantes fourragères ont d’ailleurs été rapportés par La Terre dans le passé. « Eux se fient à une station météo qui se trouve au beau milieu d’un champ, où il vente et où il n’y a presque pas de neige. Mais sur ma mesure dans le bois, on voyait toute la neige qu’on a reçue, même chose pour la station de ski d’à côté », explique celui qui dit avoir reçu près de 120 cm par-dessus son réseau de tubulure. Dégager une telle quantité de neige représenterait, selon lui, un dédommagement d’environ 15 000 $ pour une érablière de 12 000 entailles comme la sienne. 

Il croit que le bon rendement de ses érables, qui lui ont permis de produire à la hauteur de son contingent, a peut-être incité la Financière à ne pas l’indemniser, même pour la perte encourue par l’entaillage retardée par toutes ces journées à pelleter. 

La Financière s’explique

La Financière indique à La Terre que pour autoriser le déclenchement de ­l’indemnité, les données doivent démontrer que pendant au moins cinq jours consécutifs, la hauteur de la neige atteignait 85, 100 ou 115 centimètres. Ces paramètres tiennent comptent du fait que les stations météo de la Financière sont situées dans des champs agricoles, donc sont exposées au vent. 

Une première analyse montrait qu’aucune station météo n’atteignait le seuil pour déclencher une indemnité. Une seconde analyse, effectuée par une tierce partie et qui a inclus des stations en milieu forestier, est arrivée à la même conclusion, rapporte la Financière.  

Des moyens de pression envisagés

Un autre acériculteur de la région, Michel Bélanger, a contacté La Terre pour menacer d’entreprendre des moyens de pression contre la Financière si l’organisme ne procédait pas à l’indemnisation. « On avait reçu 126 cm de neige en trois jours. Nous avons perdu notre première grosse coulée à cause de la neige sur la tubulure et nous avons pelleté presque pendant un mois, a-t-il dit. S’ils ne payent pas cette année, ils ne payeront jamais… »

Sa famille a eu pitié

À travers ses revendications, François Rioux raconte, avec une touche d’humour, que la pitié familiale a pratiquement sauvé sa dernière saison acéricole. « Avec toute cette neige qui était tombée par-dessus la tubulure, j’avais fait un appel à tous sur Facebook pour avoir de l’aide, mais personne n’est venu. Ce n’est pas très alléchant de pelleter du matin au soir. Une chance que j’avais mon père, ma mère et même ma sœur. Je ne les ai pas obligés, mais fortement motivés à venir! Et en bonne famille tisée serré, ils étaient là à 7 h 30 le matin et partaient le soir. Je pense qu’ils m’ont pris en pitié », raconte le propriétaire de l’Érablière La Sucrioux.