Éric Lortie, Gabriel Provost et Émilien Lortie, coactionnaires des Fermes Lortie, et leur unique employé, Denis Bérard, ancien producteur maraîcher. Photos : Geneviève Quessy
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S'abonner maintenantHéritière d’une spécialité particulière dans le monde des grandes cultures, le criblage de semences, une troisième génération prend tranquillement la relève aux Fermes Lortie de Saint-Lin–Laurentides, dans Lanaudière, assurant la transmission de ce savoir-faire.
Roger Lortie a d’abord fondé sa ferme en son nom à Laval, en 1954. Exproprié à quatre reprises par Hydro-Québec, il avait acquis une première terre à Saint-Lin–Laurentides en 1960 pour y déménager une partie de ses cultures, puis une deuxième en 1973, jusqu’à ce que le lopin de terre où se situait sa maison à Laval soit finalement exproprié en 1981.
C’est à cette époque que la ferme a pris le nom des Fermes Lortie. À partir de ce moment, toute leur production de semences de blé, d’avoine, d’orge, de maïs, de soya et de seigle était désormais cultivée à Saint-Lin–Laurentides.
Trois ans plus tard, Éric Lortie se joignait à son père à la ferme. Aujourd’hui, le cribleur de grains poursuit le métier que son père lui a transmis, maintenant assisté de son fils Émilien et de son gendre Gabriel Provost, tous deux devenus coactionnaires de la ferme. « Certains producteurs vont simplement produire des semences. Nous, on procède aussi au criblage des grains, ceux qu’on cultive nous-mêmes, mais aussi ceux des autres producteurs », explique Gabriel Provost, impliqué dans la ferme depuis 2012.

Une expertise et de la machinerie spécialisée
Les semences sont passées dans un trieur optique, une machine équipée d’une caméra pouvant repérer les grains indésirables, et qu’on peut programmer de différentes façons, par exemple en lui demandant de cibler les grains noirs.
D’autres machines spécialisées sont utilisées par les cribleurs de grains. Il y a, entre autres, le crible à tambours rotatifs, utilisé pour séparer les grains par grosseur, le crible alvéolaire, conçu pour séparer les grains par grosseur et par forme, et la table à gravité, qui les sépare en fonction de leur poids et de leur gravité.
« En les passant dans nos machines, on enlève toutes les impuretés, la paille et les mauvais grains, avant de mettre les semences en sacs. On les envoie ensuite chez les distributeurs, ou directement aux autres producteurs, qui vont les semer dans leurs champs l’année d’après », explique Gabriel Provost.

Les Fermes Lortie sont également équipées pour procéder à divers tests, dont des tests de germination, afin de s’assurer de la qualité et de la viabilité des semences. « On peut aussi faire des tests de toxines et des tests de protéines pour les grains destinés à la consommation humaine. Bien importants pour les grains qui seront transformés en farine, il y a aussi les tests de chute qui servent à évaluer l’activité des enzymes et l’aptitude à la panification. Tous ces tests vont nous dire si le grain se qualifie pour l’alimentation humaine », dit Gabriel Provost.
Le traitement des semences, par exemple en les enrobant de fongicide, fait également partie de leur expertise, poursuit le semencier. « Généralement, les semences d’automne ne sont pas traitées parce qu’elles germent tout de suite, et que les températures sont belles à ce moment-là de l’année. Les fongicides servent à empêcher les champignons de se développer sur les semences qu’on sème au printemps, celles qui restent parfois un peu plus longtemps dans le sol, dans des conditions d’humidité, avant de réussir à germer. »
Réduire le travail des sols
Des 450 hectares de terres cultivées par les Fermes Lortie, un peu plus de la moitié est louée à des producteurs maraîchers voisins, dans un rayon de 15 kilomètres. Dans certains cas, les céréales semées par les Fermes Lortie assurent une rotation des cultures dans des champs de carottes ou de brocoli, entre autres.
Différentes techniques ont été adoptées par les producteurs au fil du temps, en vue d’enrichir la terre et de perturber le sol le moins possible.
On aime faire le travail minimum. Par exemple, tout de suite après la récolte du soya, semer directement du blé ou du seigle d’automne, sans travailler le sol. Au printemps, on aime aussi semer du soya directement dans le seigle qui a été semé l’automne précédent. Le tapis qu’il a laissé au sol empêche les mauvaises herbes de pousser. C’est très utile dans le cas de certaines variétés pour lesquelles il n’y a pas d’herbicide.
Les Fermes Lortie sont aussi adeptes de la technique des engrais verts, poursuit Gabriel Provost. « On essaie d’en faire pas mal tout le temps. C’est plein de bons côtés! On sème à la volée; après, on passe un coup de déchaumeuse. En plus d’enrichir le sol, ça laisse un tapis vert et au printemps, quand la neige fond, les racines qui restent dans la terre permettent de laisser rentrer l’eau. La terre absorbe, ce qui prévient le lessivage. »
Les producteurs pratiquent également la technique des cultures intercalaires, en semant maïs et trèfle dans le même rang, par exemple.
Du travail tout au long de l’année
Les grains récoltés sont entreposés en silos. Entre novembre et avril, le travail de criblage est effectué. Une fois criblées et éventuellement traitées aux fongicides, les semences sont livrées en vrac ou en sacs aux distributeurs grossistes, tels Synagri, Semican ou Sollio. Les Fermes Lortie vendent parfois leurs semences directement à d’autres producteurs, et les entreposent alors jusqu’au moment de leur livrer au printemps. Elles produisent également quelques variétés de grains pour l’alimentation humaine, dont du seigle, destiné à être transformé en farine par Les Moulins de Soulanges.
Les trois producteurs et leur seul employé Denis Bérard, ancien producteur maraîcher, ne craignent pas de diversifier leurs activités. « On est aussi équipés pour faire du drainage et du nivelage à forfait », lance Gabriel Provost.

Aux Fermes Lortie, pendant que les hommes s’affairent aux champs, les femmes s’occupent des tâches administratives. Nathalie Lapalme, conjointe d’Éric, également coactionnaire, s’occupe de la gestion et Alexandrine Lortie, leur fille, a pris en charge la comptabilité.
La relève est déjà bien impliquée. « D’ici deux ans, Éric voudrait ne plus avoir de décisions à prendre. Continuer à travailler, mais qu’on lui dise quoi faire! » dit Gabriel Provost.