François et Jordi Pirson continuent à travailler au quotidien ensemble, même si le processus de transfert d’entreprise est complété. Photos : Marie-France Létourneau
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MONT-SAINT-GRÉGOIRE — Pascale Maziers et François Pirson ont quitté leur Belgique natale il y a 40 ans pour réaliser leur rêve d’exploiter une entreprise agricole au Québec. En plus d’avoir relevé leur pari, ils ont su transmettre cette passion à leur fils, Jordi Pirson, qui poursuit l’aventure de la Porcherie Ardennes, à Mont-Saint-Grégoire, en Montérégie.
« La pomme n’est pas tombée loin de l’arbre », s’amuse François Pirson, non sans fierté.
La Porcherie Ardennes produit du « porc naturel », reconnu par certains chefs. Les porcs sont élevés, de la naissance à l’abattage, sans antibiotiques ni hormones de croissance. La ferme cultive du maïs, du soya et des céréales sur une centaine d’hectares. Elle est, en bonne partie, autonome dans ses opérations, explique Jordi Pirson, 32 ans.
Il nous manque un peu de terre pour être autosuffisants. On achète du grain à des gens du coin, détaille-t-il. Mais on a notre plan de séchage et notre meunerie pour faire nos moulées. Et comme on a déjà les mères (cochettes), on autorenouvelle notre troupeau. On achète seulement de la semence d’insémination.
Environ le tiers de la production de la Porcherie Ardennes est vendu au détail par le biais d’un kiosque à la ferme, de marchés publics et de boucheries. L’autre portion trouve preneur, notamment auprès d’Olymel. La mise en marché locale a son importance, car elle assure une certaine « stabilité » du prix, relève François Pirson. Celui-ci continue à s’impliquer dans les activités quotidiennes de la ferme, même s’il en a officiellement confié les rênes à son fils, l’an dernier.
« Le prix du cochon varie beaucoup dans une année, renchérit le jeune releveur. La vente directe aux consommateurs permet qu’une partie de nos revenus soit stable. »
Fournisseur d’un chef connu
La Porcherie Ardennes n’avait pas planifié se lancer dans la vente à la ferme. Mais la conclusion inopinée d’une entente en 2006 avec le chef Martin Picard, du populaire restaurant Au pied de cochon, l’a incité à le faire. « Ça a commencé avec un cochon par semaine », se souvient François Pirson.
« Ça nous a permis de nous faire connaître. On a ouvert la boutique à la ferme après ça », souligne son fils.
Reste que si la vente au détail a des avantages, elle comporte aussi des inconvénients. Pas toujours simple de trouver la main-d’œuvre nécessaire pour assurer une présence – les fins de semaine de surcroît – en boutique et aux marchés publics, expliquent les deux producteurs de porcs.
Le couple à l’origine de la Porcherie Ardennes, aujourd’hui séparé, est arrivé au Québec en 1985 avec 1000 $ en poche.
J’ai dû travailler cinq ans avant d’acheter la petite maternité de 95 truies qui était ici et un autre quatre ans avant de travailler à plein temps à la ferme.
La suite est une succession d’étapes, comme l’achat de terres, l’aménagement d’une meunerie et d’un plan de séchage ou encore l’augmentation du troupeau, qui a permis à l’entreprise de prendre de l’expansion et de peaufiner son modèle.
En 2007, l’erre d’aller de la porcherie a toutefois été freinée par un incendie qui a rasé la maternité. Les installations ont été rapidement reconstruites dans les mois suivants. « Ça a été une course contre la montre », dit François Pirson.

Les projets de la relève
Troisième d’une famille de quatre enfants, Jordi a graduellement pris sa place au sein de l’entreprise au terme de ses études universitaires en agronomie. Il a peaufiné ses connaissances dans les champs et avec la production porcine, puis avec la mise en marché et l’administration.
Durant ses études, il a également fait l’acquisition d’une terre de 16 hectares, à proximité de la ferme familiale, où il cultive du maïs, du soya et des céréales en régie biologique.
À l’origine, Jordi et l’une de ses sœurs, Cindy, devaient reprendre la Porcherie Ardennes ensemble. Mais celle-ci a finalement saisi une occasion qui s’est présentée, également dans le secteur agricole, avec son conjoint.
Le transfert de l’entreprise ayant été complété l’an dernier, Jordi Pirson, qui a lui-même deux enfants, affirme ne pas manquer de projets. À court terme, la meunerie subira une cure de jouvence pour gagner en efficacité. La mise en marché sera améliorée. L’acquisition de terres est également dans sa mire.
« On aimerait devenir autosuffisant au niveau alimentaire [des porcs] et pour la valorisation des lisiers. Mais étant donné le prix des terres, on va prendre notre temps. Le but, ce n’est pas de se surendetter », conclut-il.
Le bon coup de l’entreprise
L’incendie qui a ravagé la maternité de la Porcherie Ardennes en 2007 a été une épreuve importante pour les propriétaires de l’entreprise. Mais ils se félicitent d’avoir fait preuve de clairvoyance lorsqu’ils ont planifié la reconstruction des installations. Les nouveaux aménagements ont été réalisés en fonction des normes européennes, que la famille Pirson estime être « en avance » sur celles du Québec. Les truies ont notamment plus d’espace. La résultante est que leurs installations répondent déjà aux nouvelles normes de bien-être animal qui doivent entrer en vigueur en 2029, au Québec. « On s’en serait voulu en mautadine si on avait construit uniquement selon les normes du Québec de l’époque, dit Jordi Pirson. Si on avait fait ça, ça serait à recommencer pour 2029. »

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Laisser de la latitude au releveur
« J’ai vraiment de la chance que mon père m’ait laissé gérer des affaires assez tôt », se réjouit Jordi Pirson. Selon lui, il ne faut pas hésiter à confier des responsabilités aux releveurs, afin qu’ils aient l’occasion de réaliser leurs propres expériences, bref, d’apprendre de leurs erreurs.
Aller voir ailleurs
Jordi Pirson est convaincu qu’il est bénéfique d’acquérir une expérience de travail « à l’extérieur » de la ferme qu’on souhaite reprendre. Il a, pour sa part, travaillé pour le groupe d’experts-conseils PleineTerre, au terme de son baccalauréat en agronomie. « Je suis allé chercher de l’expérience en grandes cultures », dit-il.
Accorder de l’importance à la gestion
« Il faut gérer nos fermes comme des entreprises, estime Jordi Pirson. Ça s’applique moins pour ceux qui ont la gestion de l’offre, mais il faut trouver des façons de stabiliser nos revenus. Oui, on a l’ASRA [programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles] dans le cochon, mais je ne compte pas sur ça pour gagner ma vie. »

| Nom de la ferme : | Porcherie Ardennes |
| Spécialité : | Porcs naturels
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| Année de fondation : | 1990
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| Nom du propriétaire : | Jordi Pirson |
| Nombre de générations : | 2 |
| Superficie en culture : | 100 hectares |
| Cheptel : | 150 truies |
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