Les deux propriétaires de la Ferme Lavoie, les frères Nicolas et Gabriel (à l’arrière), comptent sur une équipe diversifiée, incluant deux stagiaires. Photo : Ferme Lavoie
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S'abonner maintenantNicolas et Gabriel Lavoie possèdent une ferme laitière dans l’arrondissement de Chicoutimi, où l’extrémité de la grange a été transformée en un kiosque offrant aux citoyens de la viande provenant de leur élevage. Car les frères Lavoie prennent leurs décisions d’aujourd’hui pour le futur, en mettant en place un modèle de production qui permettra, espèrent-ils, de faire perdurer les activités agricoles sur leur propriété pour les 150 prochaines années.
« Les premiers qui sont arrivés ici, c’était vers 1880. Mon grand-père a acheté en 1938. La ferme a plus de 120 ans, alors qui suis-je, moi, pour décider que je scrap les terres et le troupeau pour la prochaine génération? Ma job première comme manager, c’est de mettre en place un système qui va être bon encore dans 10 ans et dans 150 ans. Sinon, on fait juste dilapider les ressources d’une prochaine génération », analyse Nicolas Lavoie. Sans aimer attirer les projecteurs sur lui, il a quand même accepté d’offrir une visite guidée de sa ferme à La Terre. Dans le complexe laitier construit récemment, son frère et lui s’efforcent d’abaisser leur empreinte carbone et l’utilisation des ressources. Ils ont fait passer leur ferme sous régie biologique en 2020.
« Mon père nous a appris à travailler en respectant la nature et en ne bâclant pas le travail. On a un souci de ne pas gaspiller les choses, de faire attention aux équipements, de se réparer et de faire attention aux animaux. On essaye d’amener son concept à un autre niveau encore », décrit-il, expliquant que le bilan carbone de leur ferme a été effectué en 2023 et a mené à plusieurs améliorations.

Faire plus avec moins
Une ferme qui produit davantage avec moins de ressources améliore son bilan environnemental et financier. Un exemple? Pour économiser 750 balles de paille dans la litière, leurs vaches se couchent plutôt sur une épaisse couche de… fumier séché! Leur entreprise laitière est l’une des rares au Québec à traiter les déjections, en enlevant la portion liquide pour garder les fibres longues, dont le contenu en bactéries est éradiqué par l’effet du compostage. Cette stratégie diminue aussi les volumes de paille dans le fumier à épandre au champ, entraînant des économies de temps.
Les Lavoie travaillent également sur l’amélioration du troupeau. L’accent a été mis sur la santé et la longévité des vaches.
L’un des critères les plus importants de rentabilité, mais aussi dans un contexte de production de gaz à effet de serre, c’est la longévité. Actuellement, l’âge moyen du troupeau en lactation est de 4,8 ans par vache, la moyenne est de 3,9 au Québec et de 4,3 en bio.
Il a effectué quelques croisements de vaches laitières Holsteins avec la race Montbéliarde afin de profiter de la vigueur hybride pour accroître la production laitière, mais surtout pour corriger les problèmes de santé aux pattes et au système mammaire de ses bêtes.
Vente directe et inégalité
Le kiosque de vente de viande ne compte pas de personnel puisqu’il est en mode libre-service. La vente directe avait pour objectif, au départ, d’obtenir un meilleur prix des veaux mâles à l’époque où le prix payé à l’encan était ridiculement bas.
« Avec le prix des veaux aujourd’hui, la game change; la vente directe n’est actuellement pas payante, mais ce fut tellement d’ouvrage créer notre clientèle qu’on ne veut pas arrêter, et si on arrive dans un autre cycle où les veaux valent moins cher, nous serons contents », dépeint l’éleveur, qui voit ses ventes de viande croître d’environ 10 % par année. « Mais ce qui est difficile, c’est le combat inégal avec les grandes chaînes, qui mettent le focus sur un prix, sans parler des conditions d’élevage. Ils devraient mettre une photo d’un parc d’engraissement aux États-Unis sur leurs paquets de viande pour montrer aux consommateurs la réalité », soutient Nicolas Lavoie.
Non à la mascarade écologique
L’agriculteur prône la carboneutralité, mais ne se fait pas de fausses idées, et est contre le greenwashing, aussi appelé la mascarade écologique. « La majorité des gaz à effets de serre (GES) de notre production, ce sont les rots et les pets de vaches. Même si le troupeau est plus productif et efficace, il va toujours émettre des GES. Nos sols sont déjà hauts en matière organique, on ne peut pas vraiment fixer plus de carbone dans nos sols. Alors le lait carboneutre, sans planter d’arbres, sans acheter des crédits compensatoires, je ne crois pas que ce soit possible. Mais notre système est en évolution, on apprend encore des choses, et on s’adapte, tout en essayant de garder ça simple. C’est un peu ça, le futur. »
La ferme profite d’une route passante près du secteur de Chicoutimi pour offrir ses produits et rapprocher le citoyen de l’agriculture. Photo : Martin Ménard/TCN
Fait maison : l’autocueillette de gourganes
Des occasions d’affaires arrivent parfois par hasard, comme l’autocueillette de gourganes à la Ferme Lavoie. « C’est là ma meilleure marge à l’hectare », lance, un peu en rigolant, Nicolas Lavoie. Il avait effectué des essais dans la culture de la gourgane, une fève populaire dans la région, pour en faire de l’ensilage destiné au troupeau. « Mon père l’a dit à des cousins, ça s’est su et, rapidement, les « vieux » du coin sont venus piger dans notre gourgane! Ils nous disaient que ça n’avait pas de bon sens comment c’était le fun de cueillir leurs gourganes. Alors l’année d’après, on en a refait en améliorant [notre régie] et on a ouvert à l’autocueillette. Depuis ce temps, c’est pas mal stable », décrit-il.
Les Lavoie excèdent la norme de sevrage minimale des veaux de 90 jours exigée par la régie biologique. « On a des veaux de trois à sept mois qui passent l’été avec trois vaches nounous; elles sont les gardiennes et elles allaitent en même temps! » explique Nicolas. Photo : Martin Ménard/TCN
Le bon coup de l’entreprise
Au lieu d’envoyer certaines vaches à la réforme, comme c’est le cas habituellement lorsqu’elles ont de la difficulté à s’adapter au troupeau ou au robot de traite, elles connaissent, à la Ferme Lavoie, une nouvelle carrière de nourrices. Le lait en poudre bio pour nourrir les veaux est introuvable et utiliser du lait bio sortant des robots est dispendieux, il utilise donc des vaches comme nourrices, ce qui permet de rentabiliser les coûts d’alimentation investis depuis leur naissance. Ces nourrices envoyées aux pâturages 150 jours par année affichent également un faible coût d’alimentation, précise M. Lavoie.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Lavoie |
| Spécialités : | Productions laitière, de boucherie et de grande culture |
| Année de fondation : | 1938 |
| Noms des propriétaires : | Nicolas et Gabriel Lavoie |
| Nombre de générations : | 3 |
| Superficie en culture : | 282 hectares |
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