Les Clément, de Cookshire-Eaton, sont agriculteurs depuis quatre générations, et la cinquième se prépare. Photo : Gracieuseté de la famille Clément
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S'abonner maintenantCOOKSHIRE-EATON – Spécialisée dans la production d’œufs, la famille Clément n’a pas choisi la voie la plus facile, avec la culture du cannabis, pour diversifier ses activités. L’aventure s’est révélée plus complexe que prévu, mais après moult essais et erreurs, elle a remporté son pari et apprivoisé la plante et ses propriétés.
La culture du cannabis ne faisait pas partie des plans de la famille Clément, établie à Cookshire-Eaton, en Estrie, depuis quatre générations d’agriculteurs. Elle a déjà fort à faire avec ses 85 000 poules pondeuses, son élevage de volailles (production annuelle de 195 000 poulets), sa meunerie, son usine de transformation de tourteau de soya et ses 364 hectares de terre à cultiver.
« On ne pensait pas aller vers le cannabis parce qu’on n’était ni fumeurs ni connaisseurs », fait valoir Dominique Clément, engagé dans ce projet avec ses frères, ses enfants, ainsi que ses neveux et nièces.
La production de laitues en serre était en fait dans la mire de la famille. Le cannabis, fraîchement légalisé à l’époque, est devenu une option sérieuse après que le fournisseur des systèmes aéroponiques acquis ait souligné que les équipements permettent les deux types de culture. « On était contre au début, mais on a étudié ça et on y a vu des avantages économiques, explique M. Clément. On a décidé de s’aligner sur le côté médical de la plante pour aider des gens. »

Embûches
Amorcée en 2020, l’aventure n’a pas été de tout repos. « Ç’a été vraiment dur, affirme Dominique Clément. Le chemin a été difficile à ouvrir, mais ça va bien depuis environ six mois. »
Les frères Éric, Frédéric et Dominique Clément ont chacun obtenu une licence de microculture de Santé Canada en 2020. Cette autorisation leur permet de cultiver du cannabis sur une superficie de 200 mètres carrés. Ils ont ainsi aménagé non pas une, mais trois serres. Les installations, totalisant 600 mètres carrés, sont indépendantes, bien qu’elles soient sous le même toit.
« Quand on se lance dans l’industrie des œufs ou du poulet, on sait à quoi s’attendre. C’est bien encadré. Mais ce n’est pas ça avec le cannabis, dit M. Clément. On a dû faire plein d’expériences, par exemple avec l’éclairage et la climatisation. Ça nous a pris trois, quatre ans avant d’optimiser la production. »
Modestes en quantité et en qualité, les récoltes des trois premières années ont d’ailleurs pris le chemin de la transformation. Mais depuis, l’entreprise s’est fait la main et produit désormais environ 150 kg de cannabis par mois.
Elle a fait son entrée sur les tablettes de la Société québécoise du cannabis, au printemps 2023, sans que l’usage récréatif de la plante cause un émoi au sein du clan familial. Les produits, commercialisés sous la marque Clem & Co, sont également offerts sur certaines plateformes canadiennes de cannabis médical, dont Teedy et Herbal Dispatch.
On pensait que ça serait comme une préretraite et des vacances, mais c’est du travail en tabarnouche, les serres!
Projets
Éventuellement, Clem & Co pourrait se lancer dans la transformation. La production de haschich, de rosine (extrait de cannabis produit sans solvant) et de joints infusés est entre autres envisagée, explique Kim Clément, fille de Dominique et codirectrice des opérations.
Ça bouge également du côté de la ferme. Une croix a été mise sur la production de dindon, le volume demeurant trop marginal. Des investissements ont été réalisés pour augmenter la capacité du séchoir à grains et d’autres sont à prévoir à moyen terme pour rénover un poulailler.
Éric, Frédéric et Dominique ont pris la relève de leur père, Robert, décédé en 1993 des suites d’un accident en Floride. Sous leur houlette, la Ferme Clémentale, fondée en 1938 par Raymond, le père de Robert, a poursuivi sa croissance. Outre la culture du cannabis, un volet immobilier s’est ajouté en 2019 avec la construction d’immeubles locatifs à Sherbrooke.
La relève est par ailleurs assurée, alors que six membres de la quatrième génération (Kim, Jennifer, David, Trystan, Francis et Amélie), âgés de 27 à 35 ans, s’impliquent au quotidien dans les différentes activités de la ferme. Les démarches sont en cours pour préparer le transfert, dit Dominique Clément.

Équipement techno
Grand manitou du volet technique et mécanique des serres de cannabis, Dominique Clément voit la vie en rose avec le système d’automatisation mis en place pour gérer les différents paramètres de culture. Que ce soit en matière de température, d’humidité ou encore d’éclairage, les besoins des plantes peuvent être comblés, en fonction de leurs différents stades de croissance. Réalisé en quelques phases avec un programmeur, le développement quasi sur mesure du système informatisé a nécessité un investissement de plus de 100 000 $. « C’est vraiment un élément central pour nous », affirme M. Clément, en notant des similarités avec les systèmes dont sont également équipés les poulaillers.

3 conseils pour… se lancer dans la culture de cannabis
Y aller une serre à la fois
Le conseil le plus important, selon Dominique Clément, c’est de ne pas voir trop grand en partant. Les trois frères Clément ont chacun obtenu une licence de microculture de Santé Canada, de sorte qu’ils ont démarré trois serres en simultané. « Ça a été rough, dit le producteur. Aujourd’hui, je ne ferais pas ça. Je commencerais avec une serre et les deux autres viendraient après. C’est mieux de commencer plus petit. »
Demander conseil
Il ne faut pas hésiter à demander conseil aux personnes qualifiées, estime Kim Clément. « On l’a fait et ça nous a aidés », dit-elle. Les formalités à remplir pour répondre aux exigences de Santé Canada sont nombreuses et complexes. La famille Clément a entre autres été accompagnée par une consultante pour l’élaboration du système de procédures.
Persévérer
Les Clément auraient pu abandonner face aux difficultés rencontrées, mais ils ont persévéré. « Il y a beaucoup de producteurs qui ont abandonné la culture aéroponique, mais on a persisté et on performe, dit Dominique Clément. On a réussi à atteindre la qualité qu’on recherchait, mais on a travaillé fort. »

| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Clémentale |
| Spécialités : | Productions d’œufs, de volailles et de cannabis |
| Année de fondation : | 1938 |
| Noms des propriétaires : | Éric, Dominique et Frédéric Clément |
| Nombre de générations : | 4 |
| Superficie en culture : | 364 hectares de maïs, de soya et d’orge |
| Cheptel : | 85 000 poules pondeuses et 195 000 poulets par année |
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