Il y a environ quarante ans, les deux producteurs agricoles Réal et Bernard Beaulieu se sont lancés dans la fabrication de tofu en utilisant le soya qu’ils cultivaient dans leurs champs. Photo : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-ISIDORE – En reprenant la ferme laitière de leurs parents en 1966, les frères Réal et Bernard Beaulieu ne s’imaginaient pas que l’entreprise qu’ils légueraient quelques décennies plus tard à leurs enfants consacrerait la plus grande partie de son activité à la fabrication de tofu.
Vers la fin de l’été, sur l’une de leurs terres en Montérégie, les frères Réal et Bernard Beaulieu montraient fièrement à La Terre la qualité des plants de soya de grade alimentaire qui poussaient. Cette terre, ils l’ont reprise de leurs parents, Émilien Beaulieu et Lucille Vinette, qui y avaient démarré une ferme laitière en 1939, en plus de faire pousser du soya depuis 1960. Après avoir pris la relève en 1966, les frères ont vendu le troupeau laitier pour se consacrer à la production de céréales. Leur parcours a ensuite bifurqué un peu par hasard vers le tofu, alors que Bernard a été interpellé par un reportage diffusé à Radio-Canada sur un producteur artisanal de tofu québécois. « Après, on a fait des démarches pour le rencontrer. L’objectif était de travailler avec lui pour lui vendre notre production et améliorer la qualité du soya alimentaire qu’on cultivait sur un petit lot », raconte Bernard. Un an et demi plus tard, un concours de circonstances les a menés à racheter l’entreprise et à rapatrier les activités dans leur patelin, à Saint-Isidore, en fondant Unisoya en 1986. « À ce moment, on était juste deux fabricants de tofu au Québec, qui avaient commencé à peu près en même temps. C’était très avant-gardiste, surtout parce qu’il n’y avait pas grand monde qui connaissait le produit et qui en mangeait. Mais disons qu’avant de se faire dire qu’on était avant-gardistes, on s’est surtout fait traiter de fous, surtout par nos amis producteurs laitiers! » raconte Réal Beaulieu, qui avoue être aujourd’hui très fier de l’évolution de l’entreprise.
Progressivement, leur tofu a frayé son chemin sur les tablettes jusqu’à atteindre son apogée autour des années 2020, après quoi les ventes en épicerie québécoise se sont diversifiées et stabilisées, observent les fondateurs d’Unisoya.

Le champ comme terrain de jeu
L’entreprise, et les terres agricoles qui l’entourent, sont maintenant entre les mains des deux fils de Réal, Mathieu et Alex, ainsi que de celui de Bernard, Daniel. Ils ont officiellement pris la relève en 2020, après un transfert qui a commencé en 2013. Ceux-ci envisagent d’augmenter la cadence en 2026 pour maximiser la capacité de production de tofu de leur nouvelle usine de transformation construite en 2020. « Les États-Unis, avec les tarifs, ce n’est plus intéressant. Mais on regarde dans les autres provinces canadiennes, notamment en Ontario, où il y a encore un potentiel de croissance du marché », explique Mathieu Beaulieu, président d’Unisoya.
Et la culture de céréales dans tout ça? Elle cohabite toujours avec la transformation de tofu, révèle le président. « Pour nous, aller travailler dans les champs, c’est comme des vacances. On est contents de sortir de l’usine pour aller jouer dans la terre! »
Bien que leurs 135 hectares représentent une superficie de culture plutôt humble, qualifie Mathieu, cela leur permet de cultiver environ 10 % du soya qu’ils transforment à l’usine. Le reste provient de fournisseurs locaux. « On ne veut pas vraiment agrandir notre superficie de culture, parce que les terres sont très chères ici. Mais on veut garder la production agricole. Ça nous permet de vivre les mêmes défis que les producteurs qui nous fournissent le soya, que ce soit avec les prix de vente ou avec la météo changeante. C’est l’fun de pouvoir comprendre leur réalité quand on parle avec eux », mentionne-t-il.
Ce lien de proximité avec les producteurs locaux est un atout pour leur production, ajoute le producteur-transformateur, puisqu’il leur permet de maintenir un standard de qualité constant des fèves de soya, qui doivent avoir une teneur élevée en protéines, soit de 42 à 44 %, tout en s’assurant de la traçabilité du produit.
L’équipement automatisé permet d’accroître l’efficacité et d’assurer une uniformité du produit fini. Photo : Gracieuseté d’Unisoya
Équipement techno
L’entreprise a fabriqué et dessiné plusieurs de ses machines, qui sont différentes de celles utilisées dans les méthodes de fabrication japonaise du tofu. Ces innovations ont permis de développer un tofu plus ferme avec un taux de protéines plus élevé (17-18 %), ce qui permet au produit de se distinguer de la compétition, chez qui le taux de protéine du tofu tourne autour de 14-15 %. L’introduction de l’automatisation du côté de la production de boisson de soya, qui consiste à tremper les fèves, les broyer, les cuire, puis centrifuger le liquide pour obtenir la boisson blanche, a également permis d’assurer une constance et une uniformité du produit fini.
La nouvelle usine à la fine pointe d’Unisoya est située non loin des champs de soya de la famille, en Montérégie. Photo : Gracieuseté d’Unisoya
Le bon coup de l’entreprise
En 2020, Unisoya a inauguré une nouvelle usine, érigée à l’arrière de la première. Ces installations à la fine pointe de la technologie ont permis de tripler la capacité de production, qui est passée d’environ 45 000 à près de 130 000 livres de tofu par semaine. L’usine est désormais entièrement automatisée. L’objectif principal est d’alléger la tâche de la quarantaine d’employés, dont plusieurs sont fidèles à l’entreprise depuis 20 à 25 ans. Mathieu Beaulieu, président d’Unisoya, insiste sur l’importance de l’approche humaine et du maintien de bonnes relations pour fidéliser cette main-d’œuvre. Grâce à l’automatisation des opérations les plus répétitives ou lourdes, l’augmentation anticipée de la production dans les prochaines années pourra donc être gérée en grande partie par l’équipe actuelle. Cet atout représente un avantage incontestable pour l’entreprise dans le contexte actuel de rareté de la main-d’œuvre.
| Nom de la ferme : | Unisoya et Ferme Berada |
| Spécialités : | Culture de soya, de maïs-grain et fabrication de tofu |
| Année de fondation : | 1939 (Ferme Berada) et 1986 (Unisoya) |
| Noms des propriétaires : | Alex, Daniel, Mathieu, Réal et Bernard Beaulieu |
| Nombre de générations : | 3 |
| Superficie en culture : | 135 hectares |
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