François Beauparlant et Sylvie Blain, entourés de leur fille Camille et de leur fils William, sa conjointe Lauriane St-Onge et leurs enfants Léo et Charlie. Photos : André Laroche
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S'abonner maintenantLANORAIE – Était-ce de l’audace ou de l’insouciance? François Beauparlant ne se pose pas la question, car ce producteur d’œufs a gagné son pari : l’achat du pondoir de son père au début des années 1990, dans une industrie au ralenti, a donné naissance à une entreprise florissante.
« Ça passait ou ça cassait », reconnaît aujourd’hui François Beauparlant, qui, à 27 ans, s’est lancé dans la production d’œufs de consommation, à une époque où d’autres producteurs préféraient fermer boutique. Les temps étaient incertains, au tournant de la décennie 1990, pour l’industrie avicole québécoise.
Tout d’abord, pour la première fois en 30 ans, les Québécois consommaient de moins en moins d’œufs par crainte de faire grimper leur cholestérol, à la suite de la publication d’une conclusion scientifique erronée, publiée par le magazine américain Time. En conséquence, les producteurs étaient forcés de réduire leur production.

« Nous nous faisions couper nos quotas de production, et nous devions ensuite racheter du quota pour venir à bout de tenir nos poulaillers pleins », se souvient M. Beauparlant. Au même moment, le Canada concluait, avec les États-Unis, un premier accord du libre-échange. Convaincus que cette entente allait sonner le glas du système canadien de la gestion de l’offre, bien des producteurs de longue date ont choisi de cesser leurs opérations.
Faisant fi de ce vent contraire, ce descendant d’une longue lignée d’agriculteurs a choisi de foncer. Quand son père, Gaspard, a décidé de vendre la ferme familiale, il a acquis sans hésiter le vieux poulailler et ses
5 000 poules.
« Je me suis dit que le monde n’arrêterait jamais de manger des œufs », fait simplement valoir le producteur, qui, avec sa conjointe, Sylvie Blain, a bâti au fil des ans une ferme avicole de 60 000 poules, dotée d’une moulange et de son propre élevage de poulettes.
Contrôler sa destinée
En effet, François Beauparlant n’a pas perdu beaucoup du temps. Il a eu tôt fait de rénover son pondoir pour lui permettre d’augmenter sa capacité jusqu’à 12 000 poules. Quelques années plus tard, il a construit un second poulailler, question de doubler sa production.
Ce sont de soudaines baisses de ponte qui ont poussé ce producteur, qui ne laisse jamais rien au hasard, à vouloir produire sa propre moulée.
Quand il survenait une anomalie, les meuneries rejetaient toujours toute responsabilité. Non seulement ce n’était jamais de leur faute, mais elles se prenaient aussi une bonne marge de profits. Quand j’ai décidé de construire ma moulange, elles m’ont dit que j’allais regretter ma décision. Mais ce n’est jamais arrivé.
C’est aussi dans cette même volonté de contrôler ses coûts et sa qualité que M. Beauparlant a décidé d’élever ses propres poulettes. « J’ai déjà reçu un lot de 500 poules complètement aveugles », confie celui qui possède aujourd’hui un poulailler où il est capable d’élever pas moins de
90 000 oiseaux par année.
Toujours dans cette même logique, ce travailleur infatigable a profité d’une occasion pour acheter des terres afin de produire lui-même les céréales nécessaires à la production de sa moulée. Sans le savoir, du même coup, il s’est assuré une relève.
La relève
« Quand mon père a acheté des terres, j’ai passé l’été de mes 16 ans à me promener en tracteur. C’est là que je me suis dit que cela pourrait être une bonne vie, d’être son propre patron, et de poursuivre ce que ton père et ton grand-père ont bâti », raconte William, le fils cadet de François Beauparlant et Sylvie Blain.
Après ses études collégiales, William a pris sa place dans l’entreprise familiale. Et, comme son père avant lui, il n’a pas chômé pour lancer de nouveaux projets. En l’espace de huit ans, il a contribué à construire quatre nouveaux bâtiments, dont trois pondoirs et une éleveuse de type volière.
Ce virage a donné l’envie à sa sœur Camille de réorienter sa carrière. Après deux ans d’études en soins infirmiers, elle a senti qu’elle trouverait sa place à la ferme. « Avec la volière, c’était tentant de venir », confie-t-elle, heureuse de son choix.
C’est décidément dans la famille de remporter ses gageures.

Fait maison
Recueillir les œufs et soigner les poules dans un pondoir à logements aménagés n’est pas de tout repos. Les cages, plus grosses que dans un poulailler traditionnel, sont plus hautes. Pour travailler à cette hauteur, les producteurs grimpent sur une plateforme à roulettes et se déplacent le long des allées à la force de leurs bras. Fatigué de s’échiner ainsi, François Beauparlant a acheté un quadriporteur usagé pour greffer le moteur, les roues de propulsion et le bras de contrôle à sa plateforme. « Cette invention a sauvé nos épaules, et bien des heures chez le physio », affirme William Beauparlant.

Le bon coup de l’entreprise
Construire , en 2022, un premier pondoir pour des poules en liberté a non seulement permis à l’entreprise de faire une place à Camille, mais aussi de connaître une croissance rapide et de produire des œufs avec une plus-value. « J’ai l’assurance d’avoir fait le bon choix », croit William.
Pourtant, il s’en est fallu de peu pour que la famille Beauparlant opte pour un pondoir à logements enrichis, comme en 2016. « Le contrat était presque signé quand on a décidé de prendre une pause pour réfléchir à ce qu’on voulait faire pour les dix prochaines années », raconte William.
« Nous sommes allés voir d’autres producteurs qui avaient choisi de construire des volières. Cela nous a convaincus que c’était la direction à prendre », poursuit Camille.
Cette décision permet de profiter de belles occasions d’affaires. « Par exemple, quand le classificateur nous appelle pour savoir si nous voulons produire des œufs enrichis en oméga-3, nous sommes équipés pour les produire et toucher une prime. Cela nous permet de nous démarquer », conclut le producteur.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme FSW Beauparlant |
| Spécialité : | Œufs de consommation |
| Année de fondation : | Fin du 19e siècle |
| Nombre de générations : | 6 |
| Superficie en culture : | 141 hectares |
| Cheptel : | 65 000 poules en ponte |
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