Ma famille agricole 7 février 2025

Un nouveau modèle pour inclure la relève

COOKSHIRE-EATON – Andrée Dugal et Paul Villeneuve ont complètement revu le modèle de leur entreprise agricole initialement spécialisée en production bovine. But avoué de l’opération : mettre de l’avant un nouveau projet dans lequel les deux filles du couple, Emma et Annabelle, ont également le goût de s’investir.

Depuis quatre ans, la Ferme La Villandroise, à Cookshire-Eaton, en Estrie, s’est lancée dans la production de « viandes à l’herbe ». Le porc et le poulet ont été ajoutés au bœuf produit sur place. Tous les animaux se nourrissent donc principalement durant la belle saison de l’herbe fraîche des pâturages qui s’étirent à l’arrière de la résidence du couple.  

L’occasion a également été saisie pour mettre en place un circuit court pour la vente des produits de la ferme. La production annuelle est réalisée en fonction des préventes comptabilisées chaque printemps auprès d’une clientèle fidèle et en croissance. 

La production de viande à l’herbe rallie toute la famille.

C’est une viande, j’oserais dire, plus naturelle. Ça va aussi dans l’esprit du bien-être animal et de l’agriculture régénératrice.

Paul Villeneuve

Le projet est né dans la foulée d’un travail de recherche réalisé par Emma, il y a quelques années, dans le cadre de son baccalauréat en sciences et technologie des aliments. 

« Mon père m’avait proposé de le faire sur l’impact de l’alimentation des bovins sur la qualité nutritionnelle de la viande, explique-t-elle. Je l’ai fait et ça a débouché sur une conférence qu’on a faite ensemble aux Journées des élevages au pâturage sur le bœuf à l’herbe. Et tout a déboulé après ça. »

Actifs en production bovine

Pour Paul Villeneuve et Andrée Dugal, ce nouveau modèle de production représente un « virage radical ». Leur ferme de vaches et de veaux de races Angus, Hereford et Simmental, récompensée en 2016 par une médaille d’or de l’Ordre national du mérite agricole, était auparavant spécialisée dans la semi-finition. 

Si cela permettait au couple de s’adonner à sa passion pour l’agriculture, ce n’était toutefois pas sa principale occupation. Son troupeau comptait environ 70 têtes. 

Les deux diplômés de l’Université Laval ont en fait enseigné durant plus de deux décennies au Centre de formation professionnelle de Coaticook. Paul a également agi à titre de consultant en production bovine au sein du groupe Bovi-Experts. La terre qui appartenait à son père a été acquise par le couple en 1994.

Le duo est aujourd’hui retraité… sans l’être réellement, alors que la nouvelle vocation de la ferme l’occupe passablement. Il veille entre autres aux soins ­quotidiens des animaux.

Un volet acéricole, qui emballe particulièrement Andrée, a par ailleurs été développé au cours des dernières années avec 500 entailles. Une cuisine de transformation était également en préparation au moment du passage de La Terre, en décembre, afin d’être en mesure d’ajouter éventuellement des produits ­transformés (terrines, saucisses, etc.) à son offre.  

Modèle modeste

Emma et Annabelle, âgées respectivement de 30 et 26 ans, occupent chacune un emploi à l’extérieur de la ferme. La première œuvre en développement de produits alimentaires dans le secteur laitier et la deuxième enseigne en soins infirmiers au cégep de Sherbrooke. Toutes les deux font en outre à temps partiel des études de maîtrise. 

Cela ne les empêche pas de s’engager dans les activités de la ferme. Les volets du développement des affaires et de l’administration relèvent d’Emma, tandis que sa sœur veille au service à la clientèle et au marketing. Les deux sœurs détiennent chacune 20 % des parts de l’entreprise. Leurs conjoints n’hésitent pas à mettre la main à la pâte au besoin. L’un est d’ailleurs déjà engagé dans un processus de relève familiale agricole à Sainte-Perpétue.

C’est un projet familial et ce qui est inscrit sur la première ligne de notre convention d’actionnaires, c’est qu’on veut avoir du plaisir.

Paul Villeneuve

Le projet déployé à la Ferme La Villandroise, il y a quatre ans, a obtenu une subvention du ministère de ­l’Agriculture, des Pêcheries et de ­l’Alimentation du Québec pour l’achat d’équipements. Une aide de La Financière agricole devrait aussi être obtenue, dans le cadre du processus de relève. 

Le projet est né dans la foulée d’un travail de recherche réalisé par Emma, il y a quelques années, dans le cadre de son baccalauréat en sciences et technologie des aliments. Photo :
Marie-France Létourneau

La ferme commercialise annuellement la viande d’environ 25 vaches, de 300 poulets et d’une quinzaine de porcs, vendus en entier, en demi ou en quart. « C’est un petit modèle qui s’adapte bien à notre situation, fait valoir Emma. On pourrait croître, mais ce n’est pas l’objectif pour le moment. » « On veut garder un petit volume et avoir du plaisir », renchérit son père.  

Fait maison

Dans un souci de bien-être animal, la famille Dugal-Villeneuve a fabriqué des ombrières mobiles pour les porcs et les poulets qui passent l’été au pâturage. En plus de leur permettre de se réfugier à l’ombre, les structures offrent aux animaux un accès à l’eau ainsi qu’aux grains nécessaires pour compléter leur alimentation. « Les mangeoires des poulets sont suspendues au dôme, explique Emma Dugal-Villeneuve. On s’est rendu compte que c’est super important, parce que ça oblige les poulets à se lever pour manger. On a aussi de l’eau avec un système goutte à goutte, branché au réseau d’eau de la ferme. » Les installations sont déplacées régulièrement afin de permettre aux animaux d’avoir de l’herbe fraîche à se mettre sous la dent… ou le bec.

Des ombrières mobiles ont été aménagées pour protéger les porcs et les poulets du soleil lorsqu’ils sont au pâturage. Photo : Gracieuseté de la Ferme La Villandroise

Le bon coup de l’entreprise

Andrée Dugal et Paul Villeneuve ne regrettent pas une seconde d’avoir revu le modèle de leur ferme afin de miser sur la production de viande à l’herbe, un marché très niché, confirment-ils. Dans la foulée, le couple a également mis en place un circuit court favorisant la vente directe aux consommateurs. L’ensemble de leur production est vendu à la ferme. « On a adapté notre modèle pour que la relève se sente interpellée », se réjouit Paul Villeneuve. Et ça a fonctionné. « Ça nous permet de répondre à une certaine demande du marché et aux tendances pour les produits locaux et les viandes à l’herbe, qui sont meilleures pour la santé d’un point de vue nutritionnel. C’est motivant pour nous », ajoute Emma Dugal-Villeneuve. Sa sœur, Annabelle, souligne que cela permet par le fait même de préserver la vocation agricole du territoire. 

Un volet acéricole a été développé au cours des dernières années. Des produits de l’érable sont donc vendus à la ferme. Photo : Marie-France Létourneau
Fiche technique
Nom de la ferme :

Ferme La Villandroise

Spécialité :

Production de viandes à l’herbe

Année de fondation :

1994

Noms des propriétaires :

Andrée Dugal, Paul Villeneuve ainsi que Annabelle et Emma Dugal-Villeneuve

Nombre de générations :

2

Superficie en culture :

91 hectares de prairies, de boisés et d’érablière

Cheptel :

25 vaches et, durant la belle saison, 300 poulets et une quinzaine de porcs

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