Réal Roy, Jocelyne Henry, Vicky Morin, Jean-François Roy, Richard Roy et les enfants, Arielle, Antoine, Philippe et Édouard. Photos : Maurice Gagnon
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S'abonner maintenantSAINT-ANSELME — Depuis 90 ans, la Ferme Réjori, à Saint-Anselme, dans Chaudière-Appalaches, perpétue la tradition laitière amorcée par François Roy, en 1935. Deux générations plus tard, Jean-François Roy, aujourd’hui copropriétaire avec son père, Réal, et son oncle Richard, poursuit l’expansion de l’entreprise familiale, alliant rigueur, innovation et intuition.
Tout a commencé en 1935, lorsque François Roy a fondé la ferme laitière sur des terres à Saint-Anselme. À cette époque, l’exploitation comptait une trentaine de porcs et quelques vaches laitières. En 1975, la relève a été assurée par ses fils, Réal et Richard. « Ce sont eux qui ont arrêté les cochons et se sont lancés dans le laitier à temps plein », raconte Jean-François Roy. L’entreprise a connu un nouveau tournant en 2008, lorsque Jean-François, alors âgé de 18 ans, est devenu actionnaire. « C’est à ce moment-là que j’ai ajouté les grandes cultures, en même temps que je suis revenu à la ferme, » précise-t-il. Ce choix stratégique allait transformer l’entreprise.

Croissance soutenue et modernisation
À son arrivée, les 45 vaches en lactation de la ferme produisaient 79 kilos de quotas. Aujourd’hui, le troupeau de 410 animaux, dont 175 en lactation, produit 296 kilos de matière grasse par jour. La superficie cultivée est passée de 91 hectares à 558 hectares, incluant le maïs, le soya et le blé. Tous trois sont destinés à l’alimentation du troupeau et à la vente.
« Quand j’ai commencé, on tirait encore les vaches à la trayeuse. Maintenant, tout est robotisé, » résume Jean-François fièrement.
La ferme s’est dotée de quatre robots de traite Lely, deux en 2013 et deux autres en 2018, ce qui a marqué la transition complète vers la stabulation libre. L’investissement a permis de gagner en efficacité et d’alléger la charge de travail au quotidien. « On a beaucoup plus de flexibilité, explique Jean-François. Les robots nous permettent de mieux occuper notre temps, surtout avec une jeune famille. »

Alors que l’entreprise compte aujourd’hui deux employés guatémaltèques, les proches demeurent au cœur des opérations. Jean-François gère l’entièreté de la ferme, Jocelyne Henry, sa mère, s’occupe des veaux et de la comptabilité, tandis que Vicky Morin, sa conjointe, administre les comptes à payer et prête main-forte à la ferme. Son père et son oncle demeurent actifs, mais la relève se prépare déjà à leur succéder. « Je suis conscient qu’un jour, leur départ va paraître. Mais quand mes enfants seront plus vieux, ma blonde pourra s’impliquer davantage et on va retrouver un nouvel équilibre », dit-il. Le couple a quatre enfants : Édouard (8 ans), Philippe (6 ans), Antoine (4 ans) et Arielle (2 ans). « Ils sont jeunes, mais déjà, le plus vieux veut toujours me suivre, » confie Jean-François en souriant.
Une ferme performante et bien gérée
La Ferme Réjori s’est imposée comme l’une des plus importantes exploitations laitières de la région. Cette réussite repose sur une gestion serrée et une recherche constante de performance. « Je suis assez strict pour le suivi des champs, admet Jean-François. Je veux des rendements élevés, surtout dans le maïs. Cette année encore, les champs ont assez bien produit malgré la saison difficile. » Depuis cinq ans, tout est semé, récolté et épandu avec l’assistance du GPS.
Chaque hectare est drainé tous les 25 pieds, et l’entreprise continue d’investir dans l’achat et la location de nouvelles terres. « On veut toujours agrandir, mais sans se mettre à risque », explique-t-il. La ferme poursuit également l’achat mensuel de quotas, sans être contrainte par l’ajout de nouveaux bâtiments. « On a encore de la place pour produire jusqu’à 350 kilos par jour, » calcule le jeune producteur.
Des choix stratégiques payants
En 2024, la Ferme Réjori a été nommée dans la catégorie Entreprise de l’année par la municipalité de Saint-Anselme, un honneur qui vient saluer une croissance exemplaire et une gestion prudente. Il y a huit ans, elle avait été primée par la chambre de commerce régionale. « Je ne cours pas après les prix, mais c’est toujours valorisant, » confie Jean-François. L’agriculteur préfère concentrer ses efforts sur la rentabilité et la solidité à long terme.
Ce qui nous distingue, c’est la propreté, la rigueur et le fait qu’on en fait beaucoup par nous-mêmes.
Pour lui, l’avenir passe par la stabilité : investir au bon moment, sans compromettre la santé financière de la ferme.
Le bon coup de l’entreprise
Pour Jean-François Roy, le meilleur coup de la Ferme Réjori réside dans le moment choisi pour investir. « On a bâti et acheté au bon moment, avant que les prix explosent, » souligne-t-il. En 2018, l’entreprise a doublé le nombre de robots de traites et modernisé ses installations, alors que les coûts de construction étaient encore raisonnables. « Ce que nous avons payé deux millions à l’époque, ça vaudrait facilement le double aujourd’hui», fait-il valoir. De même, l’achat de terres avant la flambée des valeurs foncières a permis d’assurer la croissance sans alourdir le fardeau financier. Ces décisions prudentes ont permis à la ferme d’accroître ses volumes, de diversifier ses productions et de maintenir un fonds de roulement sain. « C’est ce qui nous donne aujourd’hui la liberté d’investir sans stress», mentionne le producteur.

| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Réjori |
| Spécialités : | Lait et grandes cultures |
| Année de fondation : | 1935 |
| Noms des propriétaires : | Réal, Richard et Jean-François Roy |
| Nombre de générations : | 3 |
| Superficie en culture : | 558 hectares |
| Cheptel : | 410 vaches, dont 175 en lactation |
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