Le couple Denise Karsh et Jean-François Lajoie continue à épauler leur fille Véronique alors qu’elle s’apprête à prendre seule les commandes de l’exploitation familiale. Photos : Gracieuseté de Ferme horticole Lajoie
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S'abonner maintenantMême si le printemps se laisse désirer, l’équipe de la Ferme horticole Lajoie est à pied d’œuvre dans les serres de l’entreprise pour préparer les couleurs éclatantes de la belle saison. À l’entrée ouest du village de Saint-Vallier, au bord du fleuve, trois générations de Lajoie se côtoient depuis une douzaine d’années, dans les succès comme dans les épreuves.
L’année 2026 sera celle où une troisième génération de Lajoie s’installera aux commandes de l’exploitation horticole.
Pour le moment, Véronique Lajoie s’affaire dans les serres avec ses parents, Denise Karsh et Jean-François Lajoie, avec qui elle partage les titres de propriété, aux côtés de ses grands-parents Gemma Roy et Clément Lajoie, les fondateurs de l’exploitation horticole.
« J’ai vraiment beaucoup de chance parce qu’il est plutôt rare de voir trois générations de producteurs à l’œuvre côte à côte », indique la jeune femme, qui agit pour l’instant comme directrice générale de l’entreprise.
Véronique Lajoie détient 20 % des parts de l’entreprise, mais elle devrait être seule aux commandes d’ici la fin de l’année à la fin du processus de transfert.
« On ne sera plus aux commandes, mais on reste dans l’entreprise, dit son père Jean-François Lajoie. On va toujours être là parce qu’on a encore de l’intérêt. » D’une certaine façon, les parents reproduisent l’exemple des grands-parents, toujours présents et actifs lorsque les besoins le commandent.

Du lait… aux fleurs
Parents, et grands-parents, affichent leur fierté en constatant à quel point l’entreprise a évolué. Au point de ne plus rien avoir en commun avec la petite ferme laitière achetée par
l’arrière-grand-père Paul-Émile, venu du Bas-Saint-Laurent.
« Mon père a fait les allers-retours en tracteur depuis Kamouraska pour déménager la famille [avec 11 enfants] », se souvient Clément Lajoie. Très tôt, ce dernier a eu un penchant pour la production maraîchère, en serre comme au champ. Au début des années 1950, il en a d’ailleurs fait l’objet de ses études à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec (ITAQ) de La Pocatière, pour ensuite développer une spécialité en horticulture. Mais, c’est à l’insu de son père qu’il a entrepris la construction de la première serre. En 1959, la production horticole était lancée. De son côté, en 1982, Jean-François, après ses études à l’ITAQ de Saint-Hyacinthe et quelques expériences de travail à Montréal, est revenu dans l’exploitation familiale, dont il a pris les commandes en 2004.
L’épreuve du feu
Mais la nouvelle orientation de l’entreprise n’a pas été un long fleuve tranquille. La famille a connu son lot d’épreuves. D’abord avec un premier incendie en 2004, alors que la vieille grange est partie en fumée. Puis un second en 2011, qui a entraîné la perte de trois des six serres, causant une véritable commotion en raison de l’approche de la belle saison.
« Ça a été une période difficile », reconnaît Clément Lajoie.
« On a fonctionné sur l’adrénaline pendant l’année qui a suivi », ajoute Jean-François, qui se rappelle les efforts déployés dans le but de poursuivre les activités pour garder la clientèle.
L’épreuve a été l’occasion de revoir les aménagements pour optimiser l’organisation du travail et de réaliser des travaux de drainage et l’installation d’un système de captation d’eau de pluie.
Cette résilience des producteurs, leur dynamisme et les innovations implantées dans leur exploitation a valu à la Ferme horticole Lajoie d’être lauréat régional, catégorie argent, de l’Ordre national du mérite agricole en 2017.
La révélation
Cette épreuve du feu marque aussi un tournant pour l’avenir de l’entreprise avec l’arrivée inopinée… de la relève.
« À l’adolescence, avec ma sœur Catherine, je donnais un coup de main dans les périodes plus intenses, mais je ne me voyais pas m’investir dans l’entreprise », a souligné Véronique.
Au moment de faire leur choix de carrière, les deux sœurs se sont orientées dans des domaines sans lien avec la production horticole. Ainsi, Véronique a opté pour une formation en administration des affaires, gestion internationale, et une fois son diplôme en main, elle a filé travailler à l’étranger. Jusqu’à ce que survienne le terrible incendie de 2011. Profitant d’une accalmie dans son emploi, la jeune femme est revenue à Saint-Vallier pour épauler ses parents. C’est à ce moment que la révélation est survenue.
« J’ai vraiment exploré toutes les facettes de l’entreprise, j’ai compris ce que c’était et j’ai aimé ça », mentionne-t-elle. Ce qui a eu pour effet de lui faire reconsidérer son orientation professionnelle pour s’impliquer davantage dans l’entreprise.
« Mes parents ne le croyaient pas », dit-elle.
« C’est vrai que ça a été toute une surprise », avouent ces derniers.
La future maîtresse des lieux est maintenant bien établie dans la région avec son conjoint, Charles-Hugo Maziade, qui agit comme consultant, et leurs trois jeunes enfants. Véronique souhaite poursuivre l’exploitation des serres, des terres de la ferme et vise à aménager une érablière dans la terre à bois familiale.
Équipement technologique
La récente mise en place d’un système de convoyeur dans les serres de l’entreprise a marqué une réelle avancée dans l’organisation du travail en facilitant la manutention. Pour Véronique, les bénéfices sont considérables. « On a considérablement réduit les efforts en augmentant l’efficacité au travail tout en diminuant les risques de blessures », explique-t-elle. Ces améliorations ont été réalisées grâce à une aide financière du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Elles s’inscrivent dans une série d’investissements réalisés au cours des dernières années, notamment dans la conversion à l’électricité du système de chauffage à l’huile et l’installation d’un système en réseau MAXIMUS pour le contrôle intégré du climat en serre. « Ça aide vraiment à la croissance et à la qualité de nos plants. On a aussi réduit de beaucoup les coûts de chauffage », conclut la productrice.
Au centre, Véronique, Gemma et Denise, trois générations de femmes qui ont joué et jouent toujours un rôle marquant dans la fondation et le développement de l’entreprise familiale.
Le bon coup de l’entreprise
Si les trois générations de Lajoie constituent le noyau de l’entreprise, elles sont entourées d’une équipe d’employés et de collaborateurs qui peut compter jusqu’à une trentaine de personnes en haute saison.
Alors qu’elle prend les commandes de l’entreprise, Véronique s’est adjoint un conseiller en gestion des ressources humaines. « Je souhaite consolider mon équipe pour que tout le monde ait du plaisir à travailler et soit motivé autant que moi à faire grandir l’entreprise », dit-elle en donnait l’exemple de René Bolduc, un employé présent depuis près de 40 ans et maintenant chef d’équipe.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme horticole Lajoie |
| Spécialités : | Production horticole et aménagement paysager |
| Année de fondation : | 1959 |
| Noms des propriétaires : | Jean-François et Véronique Lajoie |
| Nombre de générations : | 3 |
| Superficie en culture : | 30 000 pi2 de culture en serre, plus de 40 ha en grandes cultures et une terre à bois de 5,7 ha |
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