Stéphane et Alexandre Bernier cultivent des sapins, ainsi que des épinettes pour la transplantation, à Lac-Brome. Photos : Marie-France Létourneau
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S'abonner maintenantLAC-BROME – L’appel de la terre et du travail manuel au grand air se transmet de père en fils chez les Bernier, à Lac-Brome, en Estrie. Et c’est dans la culture d’arbres de Noël, mais aussi d’épinettes pour la transplantation, qu’ils ont trouvé leur bonheur.
« J’ai planté mon premier sapin à cinq ans avec mon père. J’ai toujours fait ça », lance Stéphane Bernier, copropriétaire, avec son fils Alexandre, de la plantation qui porte leur patronyme.
Les Bernier, dont la propriété est située sur le flanc est du mont Brome, près de Bromont, n’ont toutefois pas choisi la voie la plus facile. Si l’Estrie est la région où il se produit le plus de sapins au Québec, leur terre n’est pas entièrement favorable à cette culture.
« C’est plus montagneux ici, plus accidenté, donc moins facile pour la culture du sapin que dans d’autres secteurs de l’Estrie, explique Stéphane Bernier. Mais on s’est adaptés à la terre. Il y a des endroits trop humides et moins bons pour les sapins. On draine constamment. »
Des épinettes ont également été mises en terre. La culture de ces conifères, vendus avec leurs racines pour des travaux d’aménagement paysager, a d’ailleurs, lentement mais sûrement, pris le pas sur celle des arbres de Noël. Seule culture au démarrage de l’entreprise, les sapins représentent désormais le quart de la plantation.
Et s’il n’en tient qu’à Alexandre Bernier, la production d’arbres pour la transplantation est appelée à croître. « La demande augmente d’année en année », fait valoir le producteur de 26 ans.
Vaches, motel et sapins
La sylviculture n’a pas toujours fait partie du quotidien des Bernier. Arthur et Claude, respectivement grand-père et père de Stéphane, étaient des producteurs laitiers. Aux prises avec une douleur au genou et incapable de veiller aux soins des animaux, Claude Bernier a toutefois dû faire une croix sur cette production.
Il en a profité pour changer « de domaine » en faisant l’acquisition… d’un motel, à Lac-Brome, raconte son fils. C’est pour ne pas laisser la terre en friche que Claude Bernier a décidé de planter des sapins il y a près de 50 ans.
L’aventure hôtelière du patriarche, aujourd’hui décédé, a duré une dizaine d’années, soit le temps que les premiers sapins soient prêts à être récoltés et commercialisés. Son motel vendu (et son genou opéré), Claude Bernier s’est par la suite consacré à cette production.

À l’époque, l’industrie québécoise des arbres de Noël comptait plusieurs petits producteurs, explique Stéphane Bernier. Mais elle est dominée, depuis 10 ans, par de plus gros joueurs. La Plantation Bernier ne fait pas partie de ce groupe, dit son copropriétaire. Elle continue à produire à petite échelle et a choisi de diversifier ses activités par des arbres à transplanter.
Bon an mal an, elle vend de 1 500 à 2 000 sapins, notamment par le biais de l’autocueillette. À cela s’ajoutent les quelque 400 couronnes de Noël confectionnées, autrefois par la mère de Stéphane Bernier, et aujourd’hui par la conjointe de celui-ci, Louise Latendresse.
Nombreux défis
Stéphane Bernier a travaillé deux ans en Abitibi comme ingénieur forestier avant de décider de poursuivre le travail de son père à la plantation. Il a acquis 50 % des parts de l’entreprise familiale en 1997 et la portion restante en 2007. Ce scénario semble aujourd’hui vouloir se répéter avec son fils, Alexandre.
Les défis sont malgré tout nombreux pour l’actuel duo père-fils. Parmi ceux-ci : la main-d’œuvre. « Il ne faudrait pas qu’on perde nos travailleurs étrangers temporaires, laisse tomber Stéphane Bernier. On emploie trois travailleurs mexicains et on va en accueillir un quatrième l’an prochain. »
L’accès à la terre représente un autre enjeu. « On loue déjà des terres dans les environs et on cherche à en louer d’autres, mais c’est de plus en plus difficile », déplore le producteur agricole.
Les changements climatiques jouent aussi les trouble-fêtes. Selon Stéphane Bernier, les périodes de sécheresse ou de pluies abondantes se traduisent inévitablement par des mortalités.
« On remplace les (arbres) morts l’année suivante », soupire-t-il.
Mais ce n’est rien pour freiner l’enthousiasme de la troisième génération de Bernier dans les conifères.
Même si Alexandre a toujours su qu’il aimait le travail à la plantation et la variété de tâches qu’amène le changement des saisons, cela ne l’a pas empêché d’entreprendre des études collégiales en génie mécanique, pour finalement terminer une technique en gestion de commerce. Mais ce n’était que pour mieux revenir à ses premières amours, conclut-il.
Fabriquée à la main il y a trois décennies, l’emballeuse de sapins de la Plantation Bernier fonctionne encore comme un charme.
Fait maison
L’emballeuse de sapin, qui permet d’enrouler l’arbre dans un filet pour faciliter son transport, a non seulement été fabriquée il y a plus de 30 ans par Claude Bernier, le défunt père de Stéphane, mais elle est l’un des équipements les plus utiles de l’entreprise. « Ça ne se vendait pas, dit-il. La plupart de ces machines-là sont fabriquées par les producteurs. Mon père a emprunté l’emballeuse d’un autre producteur et il l’a copiée. Il l’a ajustée à son goût, avec les diamètres [d’arbres] qu’il voulait. » L’équipement, fabriqué entre autres avec les pièces d’un épandeur à fumier, fonctionne encore comme un charme, assure Stéphane Bernier.
La culture d’épinettes occupe environ 75 % de la superficie de la plantation Bernier.
Le bon coup de l’entreprise
Ajouter la production d’arbres pour la transplantation, comme les épinettes, à celle des arbres de Noël s’est révélée une très bonne idée. D’autant plus que les secteurs de la construction et du paysagement sont très vigoureux dans la région de l’Estrie. « Certains propriétaires de grandes propriétés achètent plus d’arbres à la fois que l’ensemble de ma clientèle de paysagistes », dit Stéphane Bernier. Selon lui, les conifères ont la cote, car ils assurent une certaine intimité à longueur d’année. Ses arbres sont également parfois mis à profit pour l’aménagement de clubs de golf privés.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Plantation Bernier |
| Spécialité : | Production d’arbres |
| Année de fondation : | 1990 |
| Noms des propriétaires : | Stéphane et Alexandre Bernier |
| Nombre de générations : | 3 |
| Superficie en culture : | 48 hectares |
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