Ma famille agricole 21 novembre 2025

Tout le monde à bord chez les Richard


RIVIÈRE-HÉVA –
Chez les Richard, la relève ne donne pas dans les demi-mesures : c’est quatre sur quatre. Les quatre membres de la fratrie sont de retour au bercail pour assurer la relève de la ferme avicole qui approvisionne en œufs tout le marché de l’Abitibi-Témiscamingue.

« C’est même cinq sur quatre! », répondent sans se consulter leurs parents, Maurice Richard et Diane Vaillancourt, pour souligner l’implication de Marie-Ève Côté, la conjointe de leur fils Jean-Philippe. 

« Marie-Ève fait un gros travail, c’est notre responsable des ressources humaines et elle fait la gestion de la production », fait valoir Diane. Sa belle-fille a aussi un gros jardin et des ruches, mais elle s’assure surtout que tout roule rondement pour les quelque 100 000 poules pondeuses de l’entreprise. Et elle veille à ce que la trentaine d’employés des quatre entreprises – dont cinq Camerounais – soient heureux au travail. 

Chaque jour, de 90 000 à 95 000 œufs sont ramassés dans les deux fermes avicoles de la famille Richard. Photo : Émilie Parent-Bouchard
Chaque jour, de 90 000 à 95 000 œufs sont ramassés dans les deux fermes avicoles de la famille Richard. Photo : Émilie Parent-Bouchard

Tissés serré

« C’est parfaitement familial. Les patrons travaillent avec les employés, on met la main à la pâte. Et les fins de semaine, on se fait appeler encore souvent. On ne pense pas déménager tant qu’on travaille! » illustre Diane Vaillancourt, qui vit, comme plusieurs membres de la famille, à deux pas de la ferme.

Mariée à Maurice Richard, à l’âge de 18 ans, elle l’a suivi à Rivière-Héva, alors que le patriarche de la famille Richard avait besoin de l’aide de son fils à la Ferme avicole Paul Richard. Après avoir ramassé, empaqueté et classé des œufs, elle a pris la responsabilité de la comptabilité et de l’administration. « Je suis le trésor de tout le monde! » lâche Diane Vaillancourt. Au tournant des années 1980, le couple a repris l’entreprise familiale. Ils y sont encore, 47 ans plus tard.

L’aînée, Isabelle Richard, est la dernière à s’être jointe à l’équipe familiale. « C’est elle qui est censée m’envoyer à la retraite! » dit Maurice Richard en rigolant, heureux de céder du terrain à ses enfants. Son fils Jean-Philippe prend le relais comme président-directeur général des Œufs Richard. Alexandre, celui des Meuniers Richard, qui fabrique des moulées tant pour les pondeuses et les poussins d’élevage que pour les vaches laitières, dont il s’occupe avec son frère William. 

Engagés pour l’environnement

La troisième génération imprime déjà ses couleurs, notamment par l’entremise du virage biologique. « Les poules consomment des grains conventionnels. On est allés vers le biologique parce qu’on avait des camions qui allaient chercher le maïs et le soya à l’extérieur de la région, alors ça nous prenait du stock pour les remplir. Donc, on a décidé d’aller vers l’agriculture biologique », explique Alexandre Richard, qui s’occupe des 607 hectares de terres cultivées, dont 404 sont détenues par l’entreprise. Le reste est en location. 

Les œufs qui sont emballés dans les installations de Jean-Philippe Richard et de sa famille approvisionnent toute la région d’Abitibi-Témiscamingue. Photo : Émilie Parent-Bouchard
Les œufs qui sont emballés dans les installations de Jean-Philippe Richard et de sa famille approvisionnent toute la région d’Abitibi-Témiscamingue. Photo : Émilie Parent-Bouchard

Ses rotations incluent le blé, l’avoine, l’orge et les pois jaunes, en plus de vivaces utilisées comme engrais verts, dont le trèfle, la fétuque et le mélilot. « Les légumineuses vont ramener beaucoup d’azote à mon sol. Et je pense essayer de le faire en bande pour laisser le temps au mélilot et au trèfle de venir en fleur pour aider les abeilles », fait-il valoir en précisant que les fumiers de poule contribuent à la fertilisation de ses champs, comme à celle de nombreux producteurs de l’Abitibi-Témiscamingue qui s’impliquent dans le développement de la filière des grandes cultures biologiques.  

Tournés vers l’avenir

« C’est sûr que les jeunes ont une tendance vers la diminution de gaz à effet de serre, l’environnement. On travaille sur un projet de station de gaz naturel comprimé à Rivière-Héva. Le but des Meuniers, c’est d’avoir des camions avec des moteurs au gaz naturel qui vont sauver environ 30 % de gaz à effet de serre, toujours dans l’idée, tant pour les enfants que pour les parents, d’essayer d’améliorer l’environnement », assure Maurice Richard. 

Les Richard sont aussi à l’affût des nouvelles technologies, notamment les drones, l’automatisation et l’intelligence artificielle. « Ceux qui n’embarquent pas dans l’intelligence artificielle vont être en retard et se faire bouffer par ceux qui vont avoir pris le pas. Il y a tellement de facettes. Ça peut faire de l’analyse de tendances, travailler pour nous. C’est sûr que ça ne remplacera jamais l’humain, mais ça sauve du temps », illustre Jean-Philippe Richard.   

Le penchant pour l’informatique et la programmation de Jean-Philippe Richard a été mis à profit pour l’aménagement et le fonctionnement de la meunerie. Photo : Émilie Parent-Bouchard

Le penchant pour l’informatique et la programmation de Jean-Philippe Richard a été mis à profit pour l’aménagement et le fonctionnement de la meunerie. Photo : Émilie Parent-Bouchard

Équipement techno

La technologie fait partie de l’ADN des Richard, dont la ferme a été la première du Québec, dès 2011, à se doter d’un poulailler avec un système de logement enrichi. Elle se distingue aussi aux champs par le recours au système RTK – real time kinetic –, un suivi des tracteurs par satellite qui permet de rationaliser les « intrants, les semences, les passages au sol, donc moins de compaction », fait valoir Alexandre Richard. Versé dans la programmation et l’électronique, Jean-Philippe Richard s’est amusé à automatiser tant la meunerie que le poste de classement et les poulaillers. « Je suis parti de rien, j’ai tout installé, les sondes, etc. J’ai tout modélisé ça en 3D pour voir ce qui allait être placé où et optimiser. Et c’est l’fun de mettre ça en 3D parce qu’à un moment donné, tu arrives à la fin et tu dis : ‘‘Wow! C’est ce que j’avais en tête. Ça prend forme, ça prend vie pour vrai’’ », illustre-t-il.    

Le bon coup de l’entreprise

Avec la pénurie de main-d’œuvre, la Ferme avicole Paul Richard & Fils n’a pas eu le choix de se tourner vers l’immigration. « Dans notre région minière où on sait quels sont les salaires des mineurs, venir travailler à la ferme dans la poussière, ce n’est pas si glam que ça »,
illustre Diane Vaillancourt, qui se réjouit de pouvoir compter sur cinq employés camerounais. La dernière venue, Flore, s’occupe des commandes d’œufs. « Une chance qu’on les a », ajoute sa fille Isabelle, qui salue leur loyauté.   

Nom de la ferme :

Ferme Avicole Paul Richard & Fils, Ferme Avicole Héva, Les Œufs Richard, Les Meuniers Richard

Spécialités :

Œufs, moulées animales, engrais et grandes cultures biologiques

Noms des propriétaires :

Maurice Richard, Diane Vaillancourt, Jean-Philippe, Isabelle, William et Alexandre Richard

Année de fondation :

1954

Nombre de générations :

3

Superficie en culture :

607 hectares (orge, blé, avoine, pois jaunes, etc.)

Cheptel :

100 000 pondeuses

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