Rebelles de génération en génération

ANGE-GARDIEN – Les propriétaires de la Ferme Janibert, des « rebelles » autoproclamés, ont toujours eu l’innovation dans le sang. Si les générations précédentes étaient déjà adeptes de technologies et d’automatisation des pratiques, dans les années 1980, celles qui ont suivi sont fières d’être à l’avant-garde en matière de relations humaines et de travail d’équipe.

À son arrivée à la Ferme Janibert, La Terre est invitée à s’asseoir à la table où se réunissent, chaque lundi, les propriétaires de l’entreprise familiale pour discuter des priorités de la semaine et pour prendre des décisions de groupe. Tant pour Yves Robert et Maryse Forgues que pour leurs trois enfants, Maxime, Xavier et Marjolaine Robert, la bonne communication et la collaboration sont primordiales. Si bien qu’ils ont passé des tests psychométriques, ont fait évaluer la personnalité de chacun et sont accompagnés de consultantes en ressources humaines depuis 2021 pour mieux se comprendre les uns les autres et mieux dialoguer. « Pour nous, le défi, c’est d’apprendre à travailler avec nos parents, et pour eux, c’est d’apprendre à délaisser certaines tâches », souligne Maxime. 

Xavier, Marjolaine et Maxime assurent la relève de l’entreprise de quatre générations, achetée en 1940 par leurs arrière-grands-parents, Lucien Robert et Gilberte Mercure.
Xavier, Marjolaine et Maxime assurent la relève de l’entreprise de quatre générations, achetée en 1940 par leurs arrière-grands-parents, Lucien Robert et Gilberte Mercure.

Avant que leurs enfants soient progressivement intégrés à l’entreprise, entre 2016 et 2021, à la suite d’un incendie qui a ravagé la ferme, cela faisait plus de 20 ans qu’Yves et Maryse dirigeaient l’entreprise à deux. Conscients que la prise de décision à cinq serait un apprentissage et que les conflits familiaux sont une réalité dans bon nombre d’entreprises agricoles, les Robert-Forgues ont préféré être proactifs et entreprendre des démarches concrètes pour favoriser la bonne entente, plutôt que de risquer de voir leur relation se détériorer à petit feu. Bien sûr, ils ont leurs différends à l’occasion, mais ils sont capables de mieux relativiser et de comprendre les agissements des autres.

« On collabore vraiment plus maintenant », ajoute Maryse, qui a en quelque sorte été l’instigatrice de ces démarches d’accompagnement.

Des grands-parents qui prenaient des vacances

Ce n’est pas d’hier que les Robert – qui ont récemment été récompensés par Agropur pour l’excellence dont ils font preuve en matière de bien-être animal dans leurs installations modernes – sont à l’avant-garde en matière de technologie, mais aussi sur le plan humain et psychologique. Lorsque les parents d’Yves, Paul Robert et Jeanine Malo, étaient à la tête de l’entreprise familiale, ils étaient déjà adeptes de mécanisation avancée pour l’époque leur ­permettant de s’accorder des vacances. 

Dès 1986, ils se sont équipés d’un mélangeur RTM pour nourrir le cheptel. Puis, en 1989, ils ont informatisé leurs méthodes en comptabilité et se sont dotés d’un système de retrait automatique de la trayeuse, une fois que la vache a terminé de donner son lait. « Chez nous, mes parents allaient au golf et prenaient des vacances. S’il y avait des nouveautés, ils achetaient », se souvient Yves.

Le confort du troupeau est primordial à l’étable, qui a été entièrement reconstruite et modernisée à la suite d’un incendie qui a emporté la ferme en 2016.
Le confort du troupeau est primordial à l’étable, qui a été entièrement reconstruite et modernisée à la suite d’un incendie qui a emporté la ferme en 2016.

En se modernisant, ça leur a donné du temps pour avoir une vie plus équilibrée que le paradigme de l’agriculture, qu’il faut travailler 365 jours et avoir de la misère.

Maryse Forgues

Cette façon de penser s’est perpétuée par la suite. Animés par cette même volonté de faire différemment, Maryse et Yves, qui ont racheté la ferme en 1992, se sont rapidement équipés d’un détecteur de vêlage. En 1993, ils ont commencé les semis directs, soit un autre exemple de pratique avant-gardiste pour l’époque.

Encore aujourd’hui, la famille accorde de l’importance aux vacances et à son bien-être. D’ailleurs, la visite de ferme s’est déroulée après la semaine de relâche, car Xavier était en congé, puis ce sera bientôt au tour de Marjolaine de partir.

« On est tous très travaillants, mais il faut aussi se permettre d’arrêter et de prendre soin de nous », croit cette dernière.  

Les vaches de la Ferme Janibert, dont la gestion revient surtout à Marjolaine, sont toutes munies d’un collier que détecte la barrière de tri, pour mieux les diriger, une fois la traite terminée.

Les vaches de la Ferme Janibert, dont la gestion revient surtout à Marjolaine, sont toutes munies d’un collier que détecte la barrière de tri, pour mieux les diriger, une fois la traite terminée.

Équipement techno

Les propriétaires de la Ferme Janibert se sont récemment munis d’une technologie qui dirige les animaux au bon endroit après leur passage au salon de traite. Une barrière de tri détecte leur collier, qui a été programmé la veille, et détermine où ira l’animal après la traite. Les vaches qui ont besoin de soin ou qui doivent être inséminées, par exemple, sont déviées vers une aire de traitement, de sorte qu’elles sont séparées des autres vaches. Ce système, qui leur a valu un prix en matière de bien-être animal, facilite la gestion de troupeau, selon ce qu’explique Marjolaine Robert, et enlève beaucoup de stress aux animaux. Car il évite de déranger l’intégralité du cheptel lorsque des manipulations doivent être faites sur quelques vaches en particulier.

Chaque lundi, les cinq propriétaires de la ferme se réunissent autour d’une table pour discuter de la semaine à venir.

Chaque lundi, les cinq propriétaires de la ferme se réunissent autour d’une table pour discuter de la semaine à venir.

Le bon coup de l’entreprise

Les Robert-Forgues sont fiers d’être allés chercher des outils pour mieux communiquer et mieux collaborer. Ils ont fait évaluer leur personnalité, ce qui leur permet de mieux se comprendre les uns les autres. Yves, par exemple, est principalement un « accomplisseur », c’est-à-dire qu’il n’arrêtera pas de travailler tant que la tâche ne sera pas terminée. Marjolaine et Xavier ont beaucoup de traits de « supporteurs », c’est-à-dire qu’ils sont prêts à lâcher leur tâche à tout moment pour aider quelqu’un d’autre. Maxime, de son côté, est plutôt analyste, et réfléchit beaucoup avant d’agir. En prenant connaissance des traits caractéristiques prédominants des autres membres de leur famille, chacun parvient à mieux comprendre le comportement de chacun. Par exemple, Marjolaine sait maintenant pourquoi Maxime ne délaisse pas sa tâche immédiatement pour venir l’aider, si elle en a besoin, comme le ferait son autre frère, Xavier. Elle comprend qu’il a besoin de suivre le plan établi et de terminer ce qu’il a commencé avant d’aller la voir, ce qui l’aide, elle, à relativiser certaines situations. 

Fiche technique
Nom de la ferme :

Ferme Janibert

Spécialités :

Lait et grandes cultures

Année de fondation :

1940

Noms des propriétaires :

Yves Robert, Maryse Forgues ainsi que leurs trois enfants, Maxime, Xavier et Marjolaine Robert

Nombre de générations :

4

Superficies :

222 hectares, dont 69 hectares en régie biologique

Quota laitier :

265 kg de matières grasses (MG)/jour

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