Gabriel Beauchemin a pris la relève de la ferme Canard du village, à Saint-Pie, avec sa conjointe, Alice de Guise, et leurs enfants, Léo et Laurence. Photo : Marie-France Létourneau
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S'abonner maintenantSAINT-PIE — Depuis 2017, La Terre publie chaque semaine un portrait de famille agricole. Certaines d’entre elles ont connu des changements majeurs ces dernières années, ce qui nous a donné envie de prendre de leurs nouvelles. Voici un suivi du portrait des Ravenelle-Beauchemin, de Saint-Pie, en Montérégie, à la tête de la ferme Canard du village.
L’eau a coulé sous les ponts de la rivière Noire, à Saint-Pie, depuis la rencontre avec cette famille en 2018. À cette époque, la propriétaire de la ferme, Jocelyne Ravenelle, était aux prises avec un beau problème : ses quatre enfants, qui portent le patronyme Beauchemin, démontraient de l’intérêt à prendre la relève de l’élevage de canards de Barbarie qu’elle avait démarré en 1994.
Or, cela représentait un défi. Comment faire vivre quatre familles, sans rien sacrifier à l’aspect artisanal de la production, cher à tous? La vie – et la pandémie – a toutefois fait son œuvre. Trois des quatre enfants ont décidé de suivre d’autres routes.

Gabriel, l’aîné des garçons, a officiellement pris la relève. Le transfert a été finalisé l’an dernier. Et il fait les choses à sa façon. Les grandes cultures biologiques ont pris le pas sur l’élevage de canards. Les projets en ce sens se multiplient.
Le jeune producteur s’est entre autres lancé dans la coexploitation. Cela signifie qu’il exploite conjointement, avec un autre agriculteur, 120 hectares de maïs, de soya et de blé, appartenant à leur ferme respective (60 hectares chacune).
L’entreprise Biochemin a été fondée pour gérer et partager les coûts de la machinerie, du carburant, des semences et autres, ainsi que les revenus de la vente des grains cultivés sous régie biologique ou en transition. À la fin de l’année, les revenus sont répartis selon les superficies de chacun des partenaires.
La formule a fait ses preuves, puisqu’un troisième producteur ajoutera 55 hectares à l’entreprise de coexploitation, en 2026. « Ça répartit les risques. Il faut que tout le monde se fasse confiance, estime Gabriel. Ça pourrait être délicat, mais ça va bien. » « Ça crée un réseau de support entre les agriculteurs, souvent seuls chacun de leur côté », relève sa conjointe, Alice de Guise.
Sortir des sentiers battus
Selon Gabriel, la ferme, qui appartient à sa famille depuis cinq générations, tire la majorité de ses revenus du travail de la terre. Depuis quelques années, il réalise des travaux à forfait sur quelque 280 hectares, toujours en régie biologique.
Dans ses champs, le tournesol s’est ajouté aux rotations des traditionnels maïs, soya et blé. Gabriel et Alice ont d’ailleurs profité de la beauté des tournesols en fleurs pour organiser un événement familial de type portes ouvertes en août dernier. Une occasion parfaite pour faire découvrir, au même moment, leur élevage de canards.

Animé par le désir de « nourrir l’humain », Gabriel a expérimenté, en 2025, la culture de lentilles, semées en association avec l’avoine, sur cinq hectares. Le fruit de sa récolte sera commercialisé par la coopérative de producteurs biologiques Agrobio, dont il occupe un siège au comité de vente au détail.
« Il y avait un enjeu d’approvisionnement en lentilles l’an dernier, dit-il. Cette année, quatre producteurs en ont cultivé. »
Gabriel Beauchemin caresse l’idée de commercialiser un jour ses produits (huile et graines de tournesol, lentilles et autres) sous sa propre étiquette, Biochemin.
Visiblement, celui qui est également le papa de Léo, huit ans, et Laurence, quatre ans, ne craint pas de sortir des sentiers battus. Avec la firme Éco-Alternativ, il a par ailleurs implanté cette année sur sa terre une haie brise-vent de 1,7 km, composée d’une quinzaine d’espèces de végétaux.
« Je ne peux pas concevoir qu’un désert de terre plate, avec juste du maïs, c’est bon pour notre écosystème », laisse tomber celui qui se passionne pour la santé des sols.
Ses prochains projets? Expérimenter le travail en bandes, pour « mieux gérer le trèfle et moins labourer », en est un. Avec un partenaire, il se lance également dans la production porcine en reprenant une exploitation de 3500 porcs d’engraissement. Une autre histoire à suivre dans quelques années.
Les canards de retour au village
La pandémie et un incendie survenu dans un des bâtiments de la ferme ont porté un dur coup à la production de Canard du village. Si bien qu’elle a été inexistante durant deux ans. Les volatiles ont retrouvé leurs quartiers à la ferme depuis 2024, mais en plus petit nombre.
Alors que la production annuelle de l’entreprise a déjà atteint près de 10 000 canards, elle est actuellement d’environ 300. Deux lots de 150 canards sont en fait produits chaque année. Et ils sont pratiquement tous vendus à l’avance, en précommande.
Cela facilite les activités de commercialisation, car les grandes cultures et la vie familiale occupent déjà grandement Gabriel Beauchemin. Ce modèle de vente directe et de petits lots ressemble d’ailleurs à la formule initiale développée par sa mère, Jocelyne Ravenelle. Retraitée, celle-ci est toujours prête à donner un coup de main, au besoin.
À l’époque où les deux sœurs de Gabriel (Marie et Élise) ainsi que son frère (Antoine) s’investissaient également dans l’entreprise, le volet restauration avait pris de l’ampleur, entraînant une hausse importante de la production. La pandémie et la fermeture forcée des restaurants ont toutefois changé les plans.
C’est parce qu’ils trouvaient triste de voir les bâtiments d’élevage vides en 2022 et 2023 que Gabriel et sa conjointe, Alice, ont opté pour cette nouvelle formule de production. Elle leur permet, par le fait même, de transmettre à leurs enfants ce pan de leur histoire familiale. « Ça a remis de la vie [dans la grange] et c’est zéro stress », dit Gabriel.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Canard du village/Biochemin |
| Spécialités : | Production de canards/Grandes cultures biologique |
| Année de fondation : | 1994/2022 |
| Nom du propriétaire : | Gabriel Beauchemin |
| Nombre de générations : | 5 |
| Superficie en culture : | 120 hectares en coexploitation, dont 30 à lui et 30 loués |
| Production : | Annuellement, 300 canards de Barbarie |
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