Pour l’amour du fromage 

TERREBONNE – Viviane Mathieu a toujours su ce qu’elle voulait faire dans la vie : transformer le lait de la ferme familiale. Avec son projet de fromagerie, la jeune agricultrice de 25 ans se prépare à modeler l’entreprise à son image avec l’appui de ses parents et de ses grands-parents.

Viviane Mathieu se rappelle avoir été fascinée de voir pour la première fois sa grand-mère Claudette transformer du lait en crème. Dès lors, elle a voulu apprendre tous les secrets de cette magie.

« Pouvoir créer un nouvel aliment à partir du lait m’a toujours passionnée », raconte cette grande amatrice de fromages, qui « mangeait du bleu à l’âge de deux ans », selon sa mère. 

« Je suis gourmande », reconnaît la jeune femme, qui se destine depuis son adolescence à prendre les rênes de la Ferme Caribou, qui fêtera son 150e anniversaire en 2027. 

« Prendre la relève de ses parents, ça se fait avec un projet bien à soi », croit Mme Mathieu.

J’ai toujours eu envie de transformer le lait dans lequel mes parents mettent tant d’efforts sans en obtenir le mérite. Avec une fromagerie, nous pourrons voir le plaisir que les gens ressentent à manger ce que l’on produit.

Viviane Mathieu

Après ses études en transformation de produits agricoles à Saint-Hyacinthe, l’apprentie fromagère a suivi des stages de formation en France. Et ces dernières années, elle a passé ses vacances à visiter des fromageries au Québec et en Europe avec son conjoint, Mathew Das-Paul. Ce dernier, diplômé en gestion d’entreprise agricole, s’occupera de la mise en marché.

Le couple prévoit de produire trois fromages affinés : une pâte molle à croûte fleurie, un semi-ferme à croûte mixte et une pâte pressée à croûte lavée. La production devrait commencer en juin.

Viviane Mathieu et Mathew Das-Paul prévoient ouvrir en juin la fromagerie construite au coût de 3 M$.
Viviane Mathieu et Mathew Das-Paul prévoient ouvrir en juin la fromagerie construite au coût de 3 M$.

Carte blanche

Viviane Mathieu bénéficie de l’appui total de ses parents, Jasmin Mathieu et Laure Hanoul, dans la réalisation de son projet. C’est leur façon de s’assurer que l’entreprise demeurera dans le giron familial pour une sixième génération, disent-ils. 

« Tu dois laisser le champ libre à tes enfants si tu veux qu’ils prennent ta relève. Pas juste les laisser sortir les poubelles. Tu dois leur faire confiance, même s’ils commettent des erreurs. C’est ainsi qu’on apprend », estime M. Mathieu, fier de voir sa fille faire preuve d’audace pour concrétiser ses ambitions.

« Si tu n’accomplis pas ton rêve, tu réalises celui d’un autre », croit-il.

Ce dernier parle en connaissance de cause : son propre père lui avait donné carte blanche quand il a acquis la ferme au début des années 1990. « Je voulais une grosse ferme et mon père m’a laissé faire », souligne l’homme de 53 ans.

Sans attendre, il s’était lancé dans l’agrandissement de l’étable en faisant fi des prévisions pessimistes de l’époque. Les nouveaux accords de libre-échange allaient tuer l’agriculture canadienne, disait-on.

Jasmin Mathieu dans l’étable d’origine de la ferme, qu’il a agrandie au début des années 1990 pour adopter un système d’élevage et de traite encore méconnu au Québec à l’époque : la stabulation libre.
Jasmin Mathieu dans l’étable d’origine de la ferme, qu’il a agrandie au début des années 1990 pour adopter un système d’élevage et de traite encore méconnu au Québec à l’époque : la stabulation libre.

Jasmin Mathieu avait profité de la nouvelle construction pour adopter un système d’élevage et de traite encore méconnu au Québec : la stabulation libre. « J’avais pu constater tous ses avantages en matière d’efficacité et de bien-être animal lors d’un stage d’un été en France », se remémore-t-il.

En l’espace de trois décennies, le cheptel de la Ferme Caribou est passé de 80 à 350 vaches de race Holstein. Sa production quotidienne a presque décuplé pour atteindre aujourd’hui 305 kilos avec 154 vaches en lactation.

Fiers de la suite

La ferme familiale était presque à l’abandon lorsque les grands-parents de Viviane Mathieu, Gilbert Mathieu et Claudette Dubois, s’y sont installés en 1975. Ils connaissent eux aussi la satisfaction de s’investir dans un projet de vie, tout comme l’importance d’appuyer la génération suivante. 

« Mon père ne m’a jamais découragé », affirme Gilbert Mathieu, agronome de 80 ans, qui participe encore chaque jour à la traite des vaches. « C’est pourquoi je n’ai jamais dit non à rien. Il faut avoir confiance en nos jeunes. »

« C’est une mine d’or d’avoir des enfants comme eux », souligne pour sa part Mme Dubois, qui, dans les années 1980, s’est battue pour que les agricultrices puissent être considérées au même titre que les hommes dans l’établissement d’entreprises agricoles.

« Il y a une fierté de voir qu’il y a une suite au travail que tu as accompli », dit-elle avec un regard admiratif vers sa petite-fille.

Laure Hanoul a participé à la conception d’une louve qui permet aux veaux de boire du lait à la demande.
Laure Hanoul a participé à la conception d’une louve qui permet aux veaux de boire du lait à la demande.

Fait maison

Les veaux à la Ferme Caribou peuvent boire du lait à satiété grâce à une louve inventée par Laure Hanoul et Jasmin Mathieu. Contrairement à une louve conventionnelle, qui mélange la poudre de lait seulement lorsque le veau s’y présente, celle-ci possède un réservoir de 10 litres de lait relié à une série de tétines placées à la hauteur des veaux. Ces derniers peuvent ainsi boire autant de lait que le nécessite leur croissance, fait valoir Mme Hanoul. 

Le bon coup de l’entreprise

La recherche d’efficacité fait partie de l’ADN de la Ferme Caribou depuis des générations. Le haut niveau actuel de performance de son troupeau résulte d’une série de bonnes décisions prises au fil des générations.

« Mon père faisait venir un inséminateur de L’Assomption pour améliorer la génétique de son troupeau. Personne ne faisait ça à l’époque. Ça coûtait cher, car ce service n’existait pas dans notre région », raconte Gilbert Mathieu, 80 ans.

Son fils Jasmin a hérité de cette culture d’excellence. « Chaque année, on sort nos coûts de production et on se compare à un groupe de producteurs de notre taille. On s’interroge alors pourquoi nous n’avons pas atteint ce taux de rendement. Pas simplement pour faire plus d’argent, mais surtout pour repousser nos limites », explique-t-il.

Dans cette optique, la Ferme Caribou a rejoint un groupe de producteurs laitiers en Ontario et le Regroupement des grandes fermes laitières du Québec pour adopter les meilleures pratiques actuelles. « Il faut que tu sois avec ceux qui se trouvent devant toi si tu veux avancer », croit Jasmin Mathieu, en mentionnant que la quantité de lait par vache a progressé au fil des années, de 1 kg à 2,1 kg de gras par jour. « Et maintenant, on vise 2,5 kg. »

Nom de la ferme :

Ferme Caribou

Spécialités :

Production laitière et agroalimentaire

Année de fondation :

1877

Noms des propriétaires :

Jasmin Mathieu, Laure Hanoul et Viviane Mathieu

Nombre de générations :

6

Superficie en culture :

350 hectares

Cheptel :

350 têtes, dont 154 en lactation

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