La Ferme Vie-Belle de Matane est exploitée par trois générations de femmes : les deux copropriétaires, Sylvie Lacoste et sa fille Joanie Riendeau, accompagnées de Camille et d’Emmy Gendron. Photos : Johanne Fournier
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantMATANE – De la fusion de deux quotas en 2005 à la célébration du 20e anniversaire de l’entreprise, Sylvie Lacoste et Joanie Riendeau ont bâti une exploitation agricole dont elles sont fières. À travers un parcours parfois semé d’embûches, la Ferme Vie-Belle connaît du succès grâce à la détermination et à la complémentarité d’une mère et sa fille.
En 2005, Sylvie Lacoste prend une décision qui changera sa vie. Originaire de Saint-Césaire, en Montérégie, cette passionnée de vaches laitières décide de s’installer à Matane avec 65 kg de quotas fusionnés. « Le prix des terres était moins cher à Matane », explique-t-elle pour justifier ce choix stratégique.
Le défi est colossal : une ferme de 210 hectares liquidée par un commerçant, sans aucune machinerie. « C’était des bâtisses vides », se souvient la productrice laitière. Mère monoparentale de trois enfants, elle doit faire ses preuves auprès des institutions financières. Après quatre années d’efforts, elle obtient le droit de racheter 10 kg de quota supplémentaires.
La renaissance après les flammes
En novembre 2010, après cinq ans d’exploitation, le destin frappe brutalement. La ferme brûle, emportant les trois quarts du troupeau comptant un total de 150 à 160 têtes. « Je l’ai effacé de ma tête », confie Mme Lacoste, encore marquée par l’événement.
La résilience de l’agricultrice prend alors tout son sens. Onze mois seulement après l’incendie, en décembre 2011, elle recommence à traire ses vaches dans une nouvelle installation. L’inauguration se fait en grande pompe le mois suivant avec une activité « portes ouvertes » du Club Holstein.
Complémentarité gagnante
C’est en 2012 que Joanie Riendeau, électricienne de formation, intègre officiellement l’entreprise. Aujourd’hui actionnaire à parts égales avec sa mère, elle apporte des compétences essentielles. « Elle s’occupe de la mécanique, de l’entretien des bâtiments et elle est opératrice de la machinerie », précise Mme Lacoste.

Cette collaboration s’avère indispensable face à un défi régional majeur : l’absence de services de forfait fiables. Entre 2015 et 2018, elles acquièrent donc progressivement un parc complet de machinerie. « Si Joanie n’avait pas été là, ça ne serait pas arrivé », reconnaît Sylvie Lacoste avec gratitude.
Joanie, aujourd’hui âgée de 31 ans et mère de deux fillettes, Camille et Emmy, incarne la nouvelle génération d’agricultrice. Son conjoint, Édouard Gendron, mécanicien industriel à l’usine Sappi de Matane, les rejoint durant les récoltes comme « mécanicien attitré ».
Reconnaissances méritées
Les efforts portent leurs fruits. La Ferme Vie-Belle accumule les distinctions : un certificat IPT 99, onze certificats de très grande distinction pour la qualité du lait, cinq nominations comme finalistes au Club Excellence Agropur. En 2016, Sylvie Lacoste est nommée Agricultrice de l’année lors du Gala reconnaissance coup de cœur des Agricultrices du Bas-Saint-Laurent, avant de recevoir le prix Agricultrice de passion, décerné en 2017 par la Fédération des agricultrices du Québec.
Depuis 2012, l’entreprise continue d’acheter du quota régulièrement. En 2024, l’installation d’un quatrième silo vertical permet d’éviter la production de 1 500 balles rondes, réduisant ainsi l’utilisation de plastique.
Briser les barrières
« Au début, les fournisseurs demandaient à parler à l’homme de la ferme », raconte Mme Lacoste en souriant. Vingt ans plus tard, les mentalités ont évolué. « Mais on ne veut pas être vues autrement que comme deux propriétaires d’une entreprise qui ont la même valeur que si on était deux hommes », tient-elle à préciser.
Le succès des deux agricultrices repose sur un réseau de solidarité féminine. Deux voisines, Suzanne Lavoie et Marie-France Chénard, sont devenues les « mamies adoptives » des filles de Joanie, ce qui a notamment permis à la maman de reprendre le travail un mois après chaque accouchement. « Ces mamies qui prennent les enfants, c’est de l’or dans la vie », s’enthousiasme Sylvie Lacoste.
La Ferme Vie-Belle, c’est aussi une philosophie de vie : partager le jardin avec les « mamies d’adoption » et les travailleurs étrangers, organiser des pique-niques dans les champs, accueillir régulièrement des écoles et des garderies pour « imprégner une image positive de l’agriculture ».
Après 20 ans d’existence, la ferme démontre qu’avec rigueur, persévérance et complémentarité, tous les défis peuvent être relevés.
L’acquisition récente d’un semoir combiné Guttler de 25 pieds a permis d’augmenter l’efficacité du travail au champ.
Équipement techno
Pour Joanie Riendeau, l’acquisition d’un nouvel équipement est une plus-value. L’entreprise agricole s’est dotée d’un semoir combiné Guttler de
25 pieds au printemps, remplaçant un ancien modèle Massey 33 de 10 pieds. Cette modernisation représente bien plus qu’un simple changement d’équipement. « Le nouveau semoir permet de semer les prairies et la plante de couverture simultanément », explique l’agricultrice, visiblement satisfaite de cet investissement qui augmente l’efficacité de l’exploitation, tout en triplant la largeur des semis.
L’intégration de trois travailleurs étrangers a été un bon coup pour la Ferme Vie-Belle. Ils font partie du succès de l’entreprise, tout comme les « mamies adoptives ». Dans l’ordre : Emmy Gendron, Joanie Riendeau, Sylvie Lacoste, Milton Rene Sanic Sanum, Marvin Hermenegildo Sanic Sanum, Suzanne Lavoie, Camille Gendron et Marie-France Chénard.
Le bon coup de l’entreprise
Depuis 2015, la Ferme Vie-Belle bénéficie d’une collaboration internationale qui fait toute la différence. Sylvie Lacoste ne cache pas son admiration pour ses employés venus du Guatemala. « C’est ce qui a fait qu’on a avancé, confie-t-elle avec franchise. Sans eux, on ne serait pas là où on est. » La ferme accueille trois travailleurs étrangers qui se relaient pour maintenir une présence permanente de deux employés à la ferme. Milton Rene et Marvin Hermenegildo Sanic Sanum, deux frères originaires du Guatemala, sont au cœur de l’équipe. Leur contribution dépasse le simple cadre professionnel : ils sont devenus des acteurs essentiels du développement de l’entreprise agricole. Pour Sylvie Lacoste et Joanie Riendeau, cela illustre comment la main-d’œuvre internationale peut s’avérer déterminante pour la pérennité de leur exploitation agricole, créant par le fait même des ponts humains entre elles et l’Amérique centrale.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Vie-Belle |
| Spécialité : | Production laitière |
| Année de fondation : | 2005 |
| Noms des propriétaires : | Sylvie Lacoste et Joanie Riendeau |
| Nombre de générations : | 2 |
| Superficie en culture : | 281,5 hectares, dont 107 en location |
Avez-vous une famille à suggérer?
[email protected] | 1 877 679-7809

Ce portrait de famille est présenté par