Petite superficie, gros profit

NOTRE-DAME-DE-L’ÎLE-PERROT – Depuis qu’ils ont pris la relève de La Ferme Quinn en 2010, Philippe Quinn et Stéphanie Maynard ont multiplié par dix le chiffre d’affaires de la petite ferme maraîchère agrotouristique de 80 hectares en culture en Montérégie.

Le début de saison encore frisquet n’a pas freiné plusieurs familles qui ont sorti leurs poussettes et leurs sacs à dos un samedi matin, à la fin du mois de mai, pour une visite à La Ferme Quinn. Cette clientèle, c’est exactement celle qui a été ciblée, il y a 16 ans, par Philippe et Stéphanie, pour tirer profit du potentiel agrotouristique du site, à quelques kilomètres de Montréal.

Pendant le plus fort de l’achalandage, de la fin juin pour les fraises jusqu’à la saison des pommes à l’automne, la ferme peut accueillir jusqu’à 4 000 visiteurs par jour, pour un total de 100 000 personnes par année en moyenne. Pour gérer ce flux, environ 70 employés, dont une dizaine de travailleurs étrangers temporaires, épaulent la famille. Vêtus de leur chandail rouge emblématique et équipés de walkies-talkies, ils coordonnent, à l’image d’un parc d’attractions, les différentes activités, allant de l’autocueillette de petits fruits et de légumes aux balades en tracteur et de la visite de la fermette jusqu’à la cantine et la boutique. 

Vous n’êtes pas à Walt Disney World, mais plutôt dans l’univers agricole de Philippe Quinn et de sa conjointe, Stéphanie Maynard, qui ont racheté, et « à la valeur marchande », souligne Philippe, l’entreprise maraîchère fondée en 1982 par ses parents, Elwood Quinn et Marie Gourley. Quand ils ont repris la ferme, le chiffre d’affaires était d’environ 350 000 $ par année. Il leur fallait donc rentabiliser l’entreprise pour rembourser le prêt. Miser sur l’expérience client a été la stratégie sur laquelle ils ont misé pour diversifier les sources de revenus de l’entreprise maraîchère, qui fait « zéro vente en gros ». « On a une clientèle cible, et on a vraiment focussé là-dessus : la jeune famille avec des enfants. Si t’entends la maman dire ‘‘ohnnnn!’’ en regardant son enfant devant les petits animaux ou quand le chauffeur de tracteur lui fait un gros salut, c’est yes, mission accomplie : tes frais d’entrée sont justifiés! » lance-t-il. Résultat : le chiffre d’affaires de l’entreprise a aujourd’hui été multiplié par dix, « soit 3,5 M$, avec seulement 200 acres [80 hectares] en culture! » illustre fièrement le maraîcher. 

Une autre stratégie adoptée récemment a été de maximiser les dollars dépensés par visiteur. « On ne voulait pas nécessairement avoir plus de visiteurs, parce que dans nos grosses journées, avec 4 000 personnes par jour, c’est assez à gérer », souligne le producteur.  En augmentant le roulement et le nombre de produits en vente à la boutique, ils ont réussi à faire passer la fourchette de dollars dépensés par visiteur par jour de 20 $ à 36 $ pour les grosses journées d’achalandage.

« On a des clients qui viennent toutes les semaines acheter des produits frais ou transformés, mais reste qu’il y a plus de monde à la boutique quand il y a de l’autocueillette », remarque Philippe. « Ça se divise maintenant également, nos revenus, provenant à 25 % de l’autocueillette, 25 % des frais d’admission, 25 % des ventes de produits à valeur ajoutée fabriqués ici – comme les tartes –, et 25 % des autres produits locaux », renchérit Stéphanie.

L’héritage d’Elwood Quinn

De quoi rendre fier feu Elwood Quinn, décédé en janvier 2026.  « On est très reconnaissants de l’aide qu’il nous a apportée au début, pour les cultures, mais on est tout aussi reconnaissants de l’espace qu’il nous a laissé pour réaliser nos projets », témoigne Philippe. Cet exemple guidera d’ailleurs leur façon d’épauler leurs propres fils, Keith (17 ans) et Alexandre (14 ans), qui souhaitent assurer la relève de l’entreprise. « On veut que les prochains projets soient les leurs, pour investir dans leurs idées, pas les nôtres », souligne leur mère, Stéphanie. 

Alexandre Quinn a hérité de la même passion que son grand-père, Elwood, pour la préservation des races ovines et bovines patrimoniales. Photo : MAPAQ

Un volet gastronomique en préparation

Les intérêts culinaires de l’aîné, Keith, ont d’ailleurs déjà inspiré un projet de salle de réception qui devrait sortir de terre dans les prochains mois. Cette nouvelle installation viendra optimiser l’espace repas actuel, trop restreint les jours de grande affluence. « Ça nous permettra de servir plus de gens et de diversifier encore plus notre offre sur le site, pour maximiser les sources de revenus », confie Keith, qui s’oriente vers des études en cuisine en septembre prochain.

Son frère Alexandre a, quant à lui, hérité de la passion de son grand-père pour la génétique des races ancestrales (moutons, bovins). Il veille déjà sur la petite fermette du site et aimerait étudier en boucherie. Cela lui permettrait de valoriser leur petit élevage d’une cinquantaine d’agneaux en vendant de la charcuterie à la boutique et au futur restaurant de son frère.  

Des attraits comme la fermette ont permis de créer un engouement ajoutant à l’expérience de l’autocueillette de fruits et de légumes. Photo : Patricia Blackburn/TCN

Des vulgarisateurs agricoles de génération en génération

Dès 1980, le regretté cofondateur de La Ferme Quinn, Elwood, est devenu le porte-parole agricole auprès des médias anglophones montréalais, où il a multiplié les interventions. Aujourd’hui, c’est au tour de son fils Philippe de poursuivre cette mission, alors que son téléphone sonne « facilement une fois par semaine » pour des questions de journalistes, rapporte-t-il. « Souvent sur des sujets qu’on ne connaît même pas, comme le sirop d’érable ou le secteur laitier, mais on nous demande des contacts. Notre proximité avec Montréal nous rend plus accessibles », explique-t-il. Cet engagement est équivalent au sein de leur communauté, avec qui la famille estime important de partager son quotidien agricole, en accueillant par exemple des membres de l’organisation des 4-H Canada, qui propose à des jeunes des programmes axés sur l’agriculture.

« Juste de pouvoir accueillir les gens à la ferme, ça permet de vulgariser ce qu’on fait ici tous les jours. […] Et nos visiteurs sont souvent fascinés, parce qu’ils sont tellement déconnectés de la terre », constate Stéphanie Maynard. 

Elwood Quinn, cofondateur de La Ferme Quinn, avait une passion pour la préservation des races patrimoniales, mais il était également un visage connu dans la région de Montréal, puisqu’il prenait souvent la parole dans différents médias anglophones pour parler d’agriculture. Photo : Gracieuseté de la Ferme Quinn

Le bon coup de l’entreprise

La Ferme Quinn a été à l’avant-garde en étant l’une des premières au Québec et en Amérique du Nord, selon ses propriétaires, à imposer un droit d’entrée à ses visiteurs. Cette stratégie a permis de financer de meilleures infrastructures (salles de bain, aires de pique-nique et de jeu, stationnements, cantine) pour améliorer l’expérience client. « Dans les années 1980, c’était surtout la vente de fraises en gros volume, mais là, ça a changé, car les gens font moins de cannages ou de grosses batchs de confiture. Maintenant, ils viennent pour l’expérience, et quand tu dis expérience, tu peux demander plus cher en misant sur la valeur ajoutée », soutient Philippe Quinn. 

Fiche technique
Nom de la ferme :

La Ferme Quinn

Spécialités :

Fraises, bleuets, framboises, pommes, asperges, maïs sucré, courges, sapins de Noël

Année de fondation :

1982

Noms des propriétaires :

Philippe Quinn et Stéphanie Maynard

Nombre de générations :

2

Superficie en culture :

80 hectares

Cheptel :

Quelques moutons et bovins de races patrimoniales

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